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Des troupes de l'ONU à Koumassi, le 11 décembre 2011. REUTERS/Thierry Gouegnon
Des troupes de l'ONU à Koumassi, le 11 décembre 2011. REUTERS/Thierry Gouegnon

Cote d'Ivoire: 2012 année de la réconciliation?

Les Ivoiriens ne sont pas encore réconciliés. Comment faire comprendre aux partisans de Laurent Gbagbo qu'il est temps d'enterrer la «hache de guerre».

L’année 2012 sera celle de la réconciliation ou ne sera pas. Il n'y a pas un seul discours, une seule proclamation qui ne l'affiche. Nous voulons la réconciliation. Tous? C'est un autre débat. Et sur ce terrain, tout est attendu de la commission présidée par Charles Konan Banny. Mais sans doute qu'avant de parler de réconciliation, il serait bon de savoir qui réconcilier, et pour quels palabres. Qui réconcilier ? A priori, il s'agit de réconcilier les partisans de Laurent Gbagbo avec le reste des Ivoiriens.

Ce sont les premiers qui sont fâchés. Pourquoi? C’est là que le problème se pose. Je crois comprendre, en lisant leurs déclarations, qu’ils estiment que c’est Laurent Gbagbo qui a gagné l’élection présidentielle, qu’il a été évincé de son poste par une force étrangère, et injustement envoyé en prison à La Haye. Laurent Gbagbo a-t-il gagné l’élection présidentielle? Ses partisans ont fait un dogme du fait que c’est ce que Yao n’dré (Président du Conseil constitutionnel) a dit qui est la loi à laquelle tout le monde doit se conformer. Pour eux donc, dès lors que le président du conseil constitutionnel a dit que le vainqueur de l’élection est Laurent Gbagbo, quand bien même il aurait auparavant pris le soin de bien tordre le cou au droit et au bon sens, c’est ça qui est la vérité, et il ne saurait en avoir d’autres.

Même Jacques Chirac, le tout puissant

Jusqu’à ce jour, aussi bien les cadres que les militants de base du FPI (Front populaire ivoirien) se sont intellectuellement bloqués sur ce dogme: Yao n’dré a proclamé Gbagbo vainqueur; ainsi soit-il. Pour eux donc, tant que cette vérité première ne sera pas reconnue, il ne saurait y avoir de réconciliation faudrait, sans doute, donc que Charles Konan Banny s’attelle, en premier lieu, à expliquer aux gens fâchés d’en face ce que dit le code électoral, ainsi que tout le mécanisme de la proclamation des résultats et de leur certification. Je connais de nombreuses personnes qui croyaient, de bonne foi, que dans l’histoire de notre élection présidentielle, la loi a été violée, non pas par le conseil constitutionnel, mais par le représentant spécial du secrétaire général des nations unies et par la communauté internationale qui n’ont pas voulu respecter notre constitution qui proclame que seul le résultat donné par le président du conseil constitutionnel est valable.

Et souvent, après de longues explications, certaines de ces personnes finissent par dire : «han han… donc c’est comme ça ! » après cette série d’explications de texte, la commission de Banny devrait aussi, sans doute, expliquer ce qu’est la justice dans une démocratie ; parce que l’autre grief des partisans de Laurent Gbagbo est son emprisonnement à La Haye. « Comment peut-on parler de réconciliation lorsque le représentant du camp des personnes fâchées est déporté à La Haye? », entend-on aussi souvent dire.

Et lorsque j’en ai l’occasion, je tente d’expliquer à mes amis d’en face que Jacques Chirac, tout puissant président de la France durant deux mandats, a récemment été condamné à deux ans de prison avec sursis pour avoir fait embaucher des personnes par la ville de paris lorsqu’il en était le maire, alors que ces personnes travaillaient en réalité pour son parti, le rpr  (Rassemblement pour la République) et non pour la ville.

Un ancien chef d’État n’est pas au-dessus des lois

Péché véniel, dirions nous ; nous qui en avons vu d’autres sous nos tropiques. Mais dans une démocratie, même un ancien chef d’État n’est pas au-dessus des lois, et lorsqu’il a commis une faute, il paie. En Israël, un ancien président croupit, en ce moment, en prison, parce que la justice de son pays l’a condamné à sept ans de prison pour une affaire de mœurs. Péché véniel pour nous autres?

En Israël, ce n’est pas le cas, et tout ancien président qu’il est, celui qui a été reconnu coupable d’un crime ou d’un délit paie. Et aucun des partisans des anciens présidents français et israélien n’a dit qu’il ne parlera plus au reste des citoyens du pays parce que son chef a été condamné par la justice. Dominique Strauss-Kahn, le tout-puissant patron du Fmi (Fonds monétaire international) et potentiel président de la France, s’est retrouvé menotté et emprisonné parce qu’une femme de chambre l’a accusé d’agression sexuelle.

Celui qui a refusé de reconnaître le résultat de l’élection

Bill Clinton, le tout aussi puissant président des Etats-Unis, avait, en son temps, failli perdre son poste pour avoir utilisé un cigare de manière, disons, inappropriée sur la personne d’une stagiaire de la Maison-Blanche.

Et c’est en côte d’ivoire que l’on voudrait que celui qui a refusé de reconnaître le résultat de l’élection, qui a entraîné son pays dans une guerre qui a causé plus de 3000 morts, n’ait pas à répondre devant la justice ! Certains de ses partisans ont dit qu’ils se retiraient du processus de réconciliation. Donc quoi? Ils ne parleront plus jamais aux autres ivoiriens? Ou attendent-ils que ce soient les autres Ivoiriens qui leur demandent pardon?

 Venance Konan

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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