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Des partisans de l'ANC célèbrent l'anniversaire de leur parti. REUTERS/SIPHIWE SIBEKO
Des partisans de l'ANC célèbrent l'anniversaire de leur parti. REUTERS/SIPHIWE SIBEKO

Afrique du Sud: l'avenir incertain de l'ANC

L'ANC (Congrès national africain) fête ses cent ans. Mais n'a-t-elle pas trahi l'héritage des grands anciens?

L’African national congress (ANC) d’Afrique du Sud fête ses cent ans. C’est en effet un 8 janvier qu’est né le parti dans une église d’un township de la ville de Bloemfontein. Dans le contexte africain, il s’agit d’une longévité exceptionnelle. Mais l’ANC d’aujourd’hui est-il celui d’hier? Les échos parvenant quotidiennement du pays de Mandela ne sont guère rassurants. Certes, par l’ANC, les Noirs, principalement la majorité numérique, détiennent le pouvoir politique. Mais ils constituent une minorité au plan économique, l’essentiel des leviers étant entre les mains des Blancs.

Criminalité, sous-scolarisation et chômage

Il s’ensuit que les conditions de travail et d’existence de la majorité noire frisent la catastrophe. La criminalité, la sous-scolarisation, le chômage, la délinquance sous toutes ses formes, sont le lot des Noirs. Ceux-ci sont au pouvoir; mais à l’exception d’une partie de l’élite dirigeante, leur statut n’a pas beaucoup évolué. Pourtant, d’énormes sacrifices ont été consentis par les fondateurs du parti, les combattants de la liberté et les nombreux militants et sympathisants de l’organisation. Mais que reste-t-il vraiment de leur héritage ? Les dirigeants actuels de l’ANC défendent-ils vraiment les principes et valeurs de leurs prédécesseurs?

Se préoccupent-ils sérieusement des questions de ségrégation raciale? Que font-ils pour annihiler les injustices sociales et réduire le taux de pauvreté? Investissent-ils autant d’efforts à mobiliser comme par le passé? Cent chefs d’Etat étaient attendus pour fêter l’ANC. Viennent-ils célébrer cent ans de lutte contre l’apartheid, ou soutenir l’ANC? Plutôt que de croire à une quelconque onction, il faut espérer que ces dirigeants, surtout ceux du continent, viennent s’inspirer de l’exemple sud-africain en matière d’ouverture et d’alternance politiques, mais aussi de réussite en affaires. L’ANC qui a évolué comme un front, ne doit pas faire le jeu des adeptes de partis et de pensées uniques. En effet, si l’ANC a cent ans, le parti n’est cependant pas à l’abri de l’aventurisme.

Comme dans toute organisation de masse, il existe des divisions internes, des luttes de clan, etc… La classe dirigeante se trouve également divisée entre les militants issus de la diaspora, les idéologues de l’ANC et les militants de base. C’est le drame des partis et mouvements de libération qui vivent de véritables crises de croissance après la conquête du pouvoir d’Etat. Ils ont toujours mal à leur cohésion interne. Cela, du fait des ambitions qui naissent ou qui se confirment au gré de la démocratisation et de l’ouverture. Preuve de l’existence de luttes d’influence au sein de l’ANC: le refus du président Jacob Zuma de recevoir le Dallaï Lama, dirigeant spirituel du Tibet.

Zuma demeure un personnage controversé

Zuma, à la tête de l’Etat, demeure un personnage controversé en dépit d’une certaine popularité. Au sein du parti, il fait régulièrement face aux débordements sur sa gauche, en raison de sérieuses divergences de vue avec le mouvement syndical. Des voix de plus en plus discordantes se font également entendre ailleurs. Il y a les anciens combattants qui se plaignent d’avoir été oubliés et marginalisés, malgré l’immensité du service rendu à la patrie. Julius Maléma, autre figure de proue des contestataires, soutient que les jeunes sont las d’attendre des changements promis qui tardent à venir. Toutefois, le fait que les dissidents de l’ANC ruent dans les brancards, confirme que l’Afrique du Sud vit effectivement la démocratie. C’est aussi un signe de vigilance et de maturité. En particulier, par leurs cris de révolte, les jeunes militants de base de l’ANC expriment leur refus d’une minorité qui tend à s’embourgeoiser à leurs dépens.

En haussant le ton et en manifestant leur dépit, ils dénoncent en même temps les errements des nouvelles élites dirigeantes qui semblent emprunter une voie susceptible de mettre la nation arc-en-ciel en danger. La profondeur des divergences au sein de la société sud-africaine est telle que l’on s’interroge parfois sur la qualité des hommes qui gouvernent les destinées du parti et du pays. Parvenu au sommet de l’Etat, l’ANC a progressivement été gagné par les luttes d’influence qui tendent habituellement à miner les efforts déployés en vue de satisfaire la demande sociale. Certes, les dissidences peuvent conduire au désagrégement de l’ANC, et donc à la création de forces politiques rivales. Mais n’est-ce pas aussi le prix de l’ouverture et de la démocratisation? En fait, l’ANC est à un tournant décisif. Il lui faut travailler sa cohésion interne et se hisser au rang des partis des Blancs rompus aux tâches d’organisation et de gestion. Il pourra dès lors produire, distribuer des richesses et répondre aux aspirations des plus démunis. Le parti a donc de nouveaux défis à relever. Ils sont liés à la défense de la démocratie républicaine, et aux luttes contre la discrimination sous toutes ses formes. L’ANC doit faire son introspection et corriger rapidement ses imperfections. Il lui faut s’adapter au contexte de la nouvelle Afrique du Sud et à celui du continent.

Démagogues camouflés qui usent du discours anti-impérialiste

D’autant que nombreux sont les démagogues camouflés qui usent du discours anti-impérialiste. Aux générations montantes d’en tirer des leçons et de bien gérer l’héritage reçu des pionniers. Sans doute, l’ANC a-t-il un passé glorieux. Le parti a su résister au temps et a survécu aux régimes blancs dont celui de l’apartheid, bien connu pour ses monstruosités. Toutefois, l’avenir de l’ANC paraît plein d’incertitudes, au regard des nombreux défis à relever. Le doyen des partis, mouvements et formations politiques du continent, doit donc œuvrer de manière à lutter contre les discriminations au plan économique, financier, social et juridique qui continuent de miner l’Afrique du Sud. Tout en luttant contre la longue suprématie blanche, il lui faut instaurer un monde de partage et d’égalité des chances.

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