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Immolation en Tunisie, pourquoi ça continue?

Comme un air de déjà vu... Il voulait protester contre le chômage. Voulait s'insurger contre la misère sociale. Il souhaitait rencontrer des ministres en déplacement dans sa ville, Gafsa, située au centre ouest de la Tunisie, pour leur faire part de sa frustration. La délégation officielle n'a pas pu le rencontrer, il s'est immolé par le feu. Il est âgé de 48 ans.

Plus d'un an après l'immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, qui avait conduit au départ de Zine el Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011, un Tunisien au chômage, père de trois enfants, a lui aussi voulu marquer les esprits par cet acte de désespoir. Selon le site Maghreb Emergent, l'homme s'appelerait Ammar Gharsalla. Il faisait partie d'un groupe de chômeurs qui faisait un sit-in devant le gouvernorat de Gafsa depuis plusieurs jours.

«Il s'est arrosé d'essence et s'est enflammé, sans rien dire», a déclaré un témoin de la scène à l'AFP.

L'homme s'est immolé en plein après-midi le 5 janvier. Brûlé au troisième degré, il a été transféré dans un état très grave à l'hôpital des grands brûlés de Ben Arous, près de Tunis, a indiqué un syndicaliste local, Amar Amroussia.

«La situation est très inquiétante et risque de dégénérer», selon ce même syndicaliste, qui a fait état d'affrontements entre des groupes d'habitants de la ville et les forces de l'ordre.

Le porte-parole du ministère tunisien de l'Intérieur, Hichem Meddeb, a confirmé l'immolation et a indiqué que, selon lui, environ deux cents jeunes se sont alors rassemblés et ont jeté des pierres sur les forces de l'ordre.

La région de Gafsa est l'une des plus défavorisées et des plus frondeuses du pays, affirme Maghreb Emergent. Elle est en proie à des violences récurrentes, exacerbées fin novembre après la publication des résultats d'un concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), quasiment l'unique employeur de la région. Deux localités avaient été mises à sac et des locaux de la CPG incendiés, indique Le Monde.

Les ministres des Affaires sociales, Khalil Zaouia, de l'Industrie,  Mohamed Lamine Chakhari, et de l'Emploi, Abdelwahab Maatar, étaient en visite à Gafsa pour se rendre compte de la situation de cette région minière tunisienne sinistrée par le chômage.

Dans ce contexte troublé, la délégation ministérielle a donc été plutôt mal accueillie. Conspuée, huée, elle a n'a pas pu rencontrer les habitants de la ville. Si le nouveau pouvoir tient à démontrer qu'il est impliqué dans la résolution de la crise sociale du bassin minier, les habitants de Gafsa semblent avoir perdu toute patience. Ils réclament des emplois, affirme RFI. Plus d'un an après la chute de Ben Ali, les Tunisiens veulent désormais de vraies avancées.

Lu sur France 24, Maghreb Emergent, Le Monde

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