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Vote_Feminist, by ocean yamaha via Flickr CC
Vote_Feminist, by ocean yamaha via Flickr CC

Manuel à l’usage des hommes qui veulent prouver leur féminisme

Comment célébrer la journée de la femme tous les jours.

Règle numéro un: ne pas confondre féminisme et séduction

Lorsqu’il s’agit de la gent féminine, les hommes ont tendance à perdre tout sens logique. Le cerveau masculin, d’habitude si bien ordonné quand s’agit de science ou de sport, perd ses repères lorsqu’il pense «féminin».

Ainsi, certains hommes croient agir en féministes en prêtant attention aux femmes… A toutes les femmes. Lancer un regard soutenu à sa secrétaire, à la meilleure amie de sa femme, offrir des fleurs à une femme à qui l’on veut plaire ne suffit pas à faire de vous un féministe —ce serait même plutôt le contraire.

Regarder une femme comme un boa regarde une poule suffit à vous aliéner de la plupart d’entre elles. Evitez donc de jouer les jolis cœurs. Le féministe n’a pas à séduire par son sourire et ses petits cadeaux. Il plaît parce qu’il respecte l’autre sexe. Si vous ne prenez pas en compte cette première règle, alors ce manuel n’est pas pour vous!

Règle numéro deux: le féminisme n’est pas soluble dans les tâches ménagères

Chacun vous dira qu’un homme qui s’occupe du foyer est un animal domestiqué par sa femme. Préparer un plat, ranger la maison, changer les draps, aller au marché… Si vos copains vous surprennent au beau milieu d’une de ces activités, vous ressentirez immanquablement une forte gêne. C’est là où vous avez tort. La virilité ne s’est jamais diluée dans l’eau de vaisselle. L’homme moderne est celui qui assume et qui partage. Et pour ceux qui s’obstinent à avoir honte, à eux d’ennoblir les tâches du quotidien.

Afin que vos amis ne se moquent pas de vous lorsque vous faites la cuisine, expliquez-leur qu’il s’agit d’un art majeur, pratiqué de par le monde par des chefs cuisiniers raffinés. En tout état de cause, les féministes ne confondent pas femme et bonne à tout faire. Ils ne se transforment pas pour autant en toutou à chaque fois qu’ils participent aux travaux ménagers ou à la gestion du quotidien.

Règle numéro trois: être féministe, ce n’est pas seulement tenir des discours pour la galerie

Il y a des féministes de salon comme il y a des sportifs en chambre: ils enfilent la tenue mais ne pratiquent jamais. Certains prétendus féministes se répandent dans les médias, n’ont pas de mots assez élogieux pour défendre la cause des femmes, savent aiguiser leur discours  —en particulier politiques— lors des campagnes électorales… Mais dès les micros fermés ou les élections remportées, ils oublient de nommer des femmes à des postes à responsabilité ou de faire voter des lois en leur faveur.

Le féminisme est une valeur sûre à la bourse électorale, un filon très riche auprès des bailleurs de fonds; bref c’est un fonds de commerce intéressant. Après tout, pourquoi pas, dès l’instant où les actes suivent? Or, les hommes —politiques en particulier— trouveront toujours des excuses à leur inaction, comme au Mali où, si l’on a renoncé à moderniser le code de la famille, c’est «parce que la société n’y est pas prête» (et pour ne pas fâcher les religieux conservateurs). Le féminisme suppose une dose de courage: celle qu’il faut lorsque l’on nage à contre-courant.

Règle numéro quatre: être féministe, c’est admettre que la femme a un cerveau

Aussi surprenant que cela puisse paraître à certains, la femme ne fait pas que dépenser, elle pense. Oui, les femmes peuvent être remarquables (et pas seulement pour se maquiller ou s’habiller). Pour peu qu’on les laisse aller à l’école, elles deviennent de grands médecins, des chefs d’entreprises performantes, des cadres compétentes, des avocates, des banquières etc.

L’Afrique urbaine et moderne donne d’ailleurs une place croissante aux femmes et aux filles dans les professions intellectuelles supérieures. Dès lors, certains hommes perpétuent en sous-main le dogme de «la femme au foyer», histoire d’éviter une concurrence d’autant plus mal vécue qu’elle porte le jupon.

Certain hommes redoutent par-dessus tout les femmes «long crayon». Les intellos. Celles qui savent tenir une conversation et défendre leurs points de vue. Celles-là sont dangereuses, pensent-ils. Être un homme féministe, c’est abandonner les outils de domination masculine que sont l’ignorance et l’analphabétisme.

Règle cinq: l’exemple doit venir d’en haut, c’est-à-dire notamment du couple présidentiel

Lorsque l’on est élu(e) président(e), on devient un exemple pour la nation. La vie privée et l’attitude envers le conjoint font l’objet des attentions du public. Imaginez un chef d’Etat africain marié à une historienne de renom. Imaginez les discussions à table à la maison. Voilà qui relève un peu le niveau et devrait servir d’exemple à ceux qui se contentent d’épouses décoratives, ou qui divorcent dès le lendemain de leur élection pour épouser dans la foulée une jeune beauté, mannequin, artiste voire les deux.

Certaines épouses de chefs d’Etat ne font rien, il est vrai, pour faire progresser la cause des femmes. Se teindre les cheveux dans une couleur extravagante et piller les boutiques de luxe ne contribue pas à accroître le respect masculin envers la gent féminine.

Règle numéro six: être féministe, c’est considérer que certains métiers ne sont pas forcément réservés aux hommes ou dévolus à la femme

De même qu’il n’y a pas de sot métier, il n’y a pas de métiers d’homme ou de métiers de femme. C’est un autre mythe qui ne devrait pas survivre à la modernité. Il ne s’agit pas de plaider ici pour le remplacement de toutes les jolies serveuses dans les bars par de jolis garçons, mais plutôt de faire admettre qu’une femme peut exercer un métier nécessitant de l’autorité aussi bien qu’un homme.

Par exemple, il est de fort mauvais goût, au tribunal, de s’exclamer «Où est l’avocat? Y a qu’une femme!» quand votre défenseur est une défenseuse. C’est pourtant ce qui est arrivé récemment à une grande avocate spécialiste des droits de l’Homme, au Tchad.

Règle numéro sept: en finir avec la misogynie rampante

Si vous avez habitué vos amis à vos blagues phallocrates et autres remarques machistes, vous allez désormais leur sembler beaucoup moins drôle. Car pour être féministe, il faut bannir certaines habitudes langagières. C’est parfois très subtil et très ancré dans l’imaginaire social.

Ainsi, pourquoi parle-t-on, pour une femme qui fait de la politique, de «dame de fer»? Pourquoi «masculiniser» la femme dès lors qu’elle exerce une occupation réputée masculine, comme la politique?

Dans le même ordre d’idées, pourquoi demander constamment aux femmes comment elles s’y prennent pour «concilier [leur] vie professionnelle et [leur] vie de mère?» Qui penserait à poser ce type de question à un homme?

Mais au-delà du discours, il y a le regard accusateur que la société jette sur les femmes qui privilégient leur carrière professionnelle avant leur vie familiale. Là, il y a encore du boulot…

Règle numéro huit: être féministe, c’est accepter la différence

Si votre femme ne s’intéresse à la mécanique automobile qu’au moment où le moteur tombe en panne —et bien souvent pour vous le reprocher—, ce n’est pas une raison pour bouder son univers. Si celui-ci n’est que mode, coiffure et séries télévisées ce n’est pas une raison pour ne pas y entrer, ne serait-ce que pour ne pas avoir l’air complètement ahuri lors de réunions féminines à la maison.

Mais, de même que tous les hommes ne sont pas des monuments de sagesse ou d’intelligence, toutes les femmes ne sont pas des féministes à l’avant-garde du combat pour l’émancipation. Toutes ne sont pas non plus des monstres de culture et d’érudition. Inutile donc de le leur faire sentir en affichant un mépris souverain pour ce que vous considérez comme de coûteuses futilités.

L’éducation que, bien souvent, vos aînés vous ont réservée est un bien qu’il faut partager au sein du couple, surtout si l’autre n’a pas eu la chance de naître dans un pays où les femmes bénéficient d’un degré d’éducation comparable à celui des hommes.

Règle numéro neuf: bannir la violence

On ne peut refermer ce manuel sans évoquer les violences faites aux femmes. Dites-vous que de la gifle au viol il n’y a pas de différence de nature, mais simplement de degré. Les vrais hommes ne frappent pas les femmes. C’est une règle d’or. Pas une règle féministe, mais une règle tout court. Ça ne se discute pas, il est donc inutile d’argumenter à ce propos.

En conclusion

Vous l’aurez compris, pour devenir féministe il faut vous lancer dans une réforme complète de votre être et de votre manière de penser. Du moins si vous «venez de loin», comme on dit. Car beaucoup d’hommes vivent heureusement avec leur temps et appliquent déjà ce que l’ONU appelle l’«approche genre».

Alors, si comme beaucoup d’hommes modernes vous vous sentez féministe, convenez avec nous que les femmes valent bien mieux qu’une fête annuelle, et prouvez-le dès maintenant!

Kidi Bebey et Alex Ndiaye

Kidi Bebey et Alex Ndiaye

Kidi Bebey est une journaliste franco-camerounaise. Elle a longtemps dirigé la rédaction de Planète Jeunes. Elle a également produit et animé des émissions pour RFI (Reines d'Afrique) et France Culture (L'Afrique des femmes). Alex Ndiaye est un journaliste sénégalais, spécialiste de l'Afrique.

Ses derniers articles: Les dix règles pour écrire sur «les noirs»  La preuve par dix que Wade va partir!  Pourquoi la commémoration de l’esclavage est passée inaperçue 

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