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Soudan du Sud - Le bétail au cœur des violences interethniques

Des milliers de Soudanais du Sud ont fui la localité de Pibor, située dans l'Etat de Jonglei, à l'est du pays, le 2 janvier, après que les rivalités interethniques entre deux communautés rivales au Soudan du Sud ont fait une dizaine de morts le week-end du 31 décembre.

Selon l'ONU, les deux communautés rivales s'affrontent pour une affaire de vol de bétail. L'ethnie des Murle a été contrainte à la fuite après l'attaque de 6.000 jeunes hommes de l'ethnie des Lou Nuer. Fin décembre, un groupe se faisant appeler l'Armée blanche de la jeunesse Nuer, avait promis «d'éradiquer totalement la tribu Murle [...], seule façon d'assurer la sécurité à long terme du bétail Nuer».

Selon France 24, ces hommes qui appartiennent à l'ethnie des Lou Nuer ont brûlé des huttes en bordure de village et ont pillé un hôpital de Médecins sans frontières (MSF). 130 membres de MSF qui se trouvaient à Pibor lors des attaques n'ont pas donné signe de vie depuis plusieurs jours, rapporte la BBC. L'ONG se dit «très inquiète» pour son personnel.

Parthesarathy Rajendran, chef de mission de l'ONG au Soudan du Sud, a déclaré à propos des civils: «Ils ont fui en toute hâte, sans eau ni nourriture, certains d'entre eux ayant sûrement des blessures ou des lésions. Et maintenant ils sont seuls et se cachent, hors de portée de toute aide humanitaire», rapporte l'AFP.

Le gouvernement de Juba et les Nations unies ont déployé un bataillon de 3.000 Casques bleus et de 8.000 policiers dans la ville de Pibor. «L'objectif est de prévenir la violence et d'aider le gouvernement à protéger sa population», a indiqué la coordinatrice de l'action humanitaire des Nations Unies au Soudant du Sud, Lise Grande dans un entretien à la radio de l'ONU.

Le groupe de l'Armée blanche de la jeunesse Nuer accuse les Murle d'attaquer leurs troupeaux et de tuer les Lou Nuer depuis 2005, année de la signature de l'accord de paix qui a mis fin à la guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan. Malgré ces accords de paix, l'Etat de Jonglei est toujours le théâtre d'une série d'attaques et de contre-attaques entre ces deux ethnies, qui s'affrontent depuis des décennies sur des questions de pâturages, d'accès à l'eau et de bétail.

S'exprimant sur les ondes de Sudan Radio Service, le président sud-soudanais Salva Kiir, a déclaré:

«Le comportement insensé qui consiste à mener, tour à tour, des raids pour du bétail ne peut plus être toléré. Tout homme politique ou chef de communauté qui encouragerait par ses discours l'hostilité ethnique devra rendre des comptes»

La semaine du 26 décembre, la ville de Lukangol, située à environ 30 km de Pibor, avait déjà été entièrement brûlée. Environ 20.000 personnes avaient fui la ville et des dizaines d'autres avaient trouvé la mort. En 2011, les violences interethniques ont fait plus de 1.100 morts dans l'Etat de Jonglei et forcés 63.000 personnes à quitter leurs maisons selon un rapport de l'ONU.

Les rivalités ethniques sont l'un des principaux défis auxquels le jeune Soudan du Sud —qui a acquis son indépendance le 9 juillet 2011— doit faire face.

Lu sur UN.org, Sudan Radio Service, France 24, BBC

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