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Le malaise de la haute noblesse malgache

C’est un malaise qui ne passe pas inaperçu à Madagascar. Des représentants de la haute noblesse de la Grande Île ont manifesté leur indignation lors d’une cérémonie traditionnelle à laquelle fut conviée la presse. Ces descendants des rois et reines malgaches se sont réunis le 29 décembre à Antananarivo, la capitale malgache, dans la cour du Palais de la Reine. Appelé Rova Manjakamiadana, cet édifice qui surplombe la ville est un symbole majeur de la royauté à Madagascar qui a été détrônée par la colonisation française avec la loi d’annexion de 1896. Un siècle plus tard, son incendie criminel en 1995 avait créé un vrai traumatisme.

Ces représentants de la haute noblesse ont tenu à dénoncer «les séries de profanations des sites sacrés et royaux d'Antananarivo», rapporte l’Express de Madagascar.

«Le ton monte chez les nobles de la capitale et ceux des autres régions venus en renfort».

Leur inquiétude est renforcée par la récente affaire du vol de la couronne de la Reine dont l’enquête semble au point mort. «Le Rova est parti en fumée, personne n’a vu, personne ne sait. Les vestiges royaux se perdent ou partent en fumée sans explication. Ce sont des signes qu’un pays n’a plus de sages», fait remarquer un des représentants de la noblesse lors de la manifestation.

D’après le Courrier de Madagascar, l’attitude des autorités de la transition à Madagascar à l’égard du patrimoine historique suscite une certaine méfiance voire un désavoeu.

«Ce qui a choqué les Tananariviens, c'était cette tentative par la présidence de la Transition et la ministre de la Culture de vouloir célébrer le premier anniversaire de la 4ème République au Rova de Manjakamiadana, alors que l'on n'a pas encore élucidé le vol et que les blessures engendrées n'ont pas encore été cicatrisées. Le silence volontaire du Président Rajoelina sur cette affaire étonne le milieu aristocratique malgache, ou pêche-t-il par ignorance de l'histoire ; aurait-il oublié que des chefs d'Etat sont tombés d'après les ''mpimasy'' [devins] pour avoir bafoué les rites royaux de nos souverains.»

Ce n’est pas la première fois que le président de la Transition à Madagascar Andry Rajoelina fait l’objet d’interrogations concernant son rapport avec l’histoire de la royauté et ses symboles. Ainsi, les Andriana et Ampanjaka -les descendants des lignées royales- ont fait part de leur désaccord sur certaines initiatives du pouvoir. Ils s’étaient opposés à l’organisation des festivités pour la célébration au palais de la Reine Manjakamiadana du premier anniversaire de la Quatrième République. Un sujet d'autant plus sensible que cette Quatrième République est issue d'un référendum constitutionnel dont la valeur est sujette à caution dans la mesure où son organisation, le 17 novembre 2010, au coeur de la longue crise malgache, n'avait pas fait l'objet d'un consensus politique.

«Ces Andriana et Ampanjaka ont souligné qu’aucune festivité ne devrait avoir lieu dans l’enceinte du palais de la Reine parce que le pays traverse encore une phase sombre après le vol de la couronne royale au palais d’Andafiavaratra», rapporte la Gazette de la Grande Île.

De plus, «beaucoup s’interrogent sur l’attitude du président de la Transition Andry Rajoelina, celui qui est descendu du palais de Manjakamiadana dans un costume princier (presque identique à celui de Radama 1er) pour rejoindre l’Avenue de l’Indépendance pour inaugurer l’Hôtel de Ville après la promulgation de la Constitution de la Quatrième République au palais d’Iavoloha».

De son côté, Andry Rajoelina a promis la poursuite des travaux de réhabilitation de Manjakamiadana:

«La réhabilitation de ce patrimoine non seulement national mais aussi mondial, qui recèle toute une Histoire, toute la vie de la Nation, figure parmi les priorités du régime transitoire », avait-il annoncé-t-il en marge de sa visite de l'exposition marquant la célébration du premier anniversaire de la IVe République.

Reste que la méfiance est de mise et la blessure, symbolique, du vol de la couronne de la reine n’est pas près de s’effacer, du moins tant que le préjudice n’aura pas été réparé. Le Courrier de Madagascar analyse l'impact non négligeable de ces traumatismes: 

«Le vol de cette couronne royale, tout comme l'incendie criminel du Palais de Manjakamiadana du 6 novembre 1995, est donc un acte politique qui vise non seulement à diviser pour régner mais aussi une tentative d'effacer de la mémoire collective un symbole de fierté et de souveraineté nationales ainsi qu'une trace de la victoire contre les invasions étrangères. On ne peut pas gommer d'un trait une période de l'histoire de Madagascar.»

Lu sur L'Express de Madagascar, Courrier de Madagascar, Gazette de la Grande Île

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