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Gbagbo investi président, 4 décembre 2012, en dépit du rejet de cette élection par l'ONU. REUTERS/Thierry Gouegnon.
Gbagbo investi président, 4 décembre 2012, en dépit du rejet de cette élection par l'ONU. REUTERS/Thierry Gouegnon.

Faut-il vraiment juger Gbagbo?

Le transfert de Laurent Gbagbo de la prison de Korhogo en Côte d’Ivoire au tribunal de La Haye aux Pays-Bas, créé un clivage fort entre ceux qui pensent que ce jugement est nécessaire et ceux qui le fustigent.

28 novembre 2010 – 29 novembre 2011: la boucle est bouclée entre la crise post-électorale qui a suivi le refus du président Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à Alassane Ouattara, et son renvoi devant la Cour Pénale internationale (CPI). L’ancien président ivoirien est accusé d’avoir «engagé sa responsabilité pénale en tant que co-auteur indirect, pour quatre chefs de crimes contre l’humanité à raison de meurtres, de viols et d’autres violences sexuelles, d’actes de persécution et d’autres inhumains», selon la CPI.

Son transfert de la prison de Korhogo en Côte d’Ivoire au tribunal de La Haye aux Pays-Bas, créé un clivage fort entre ceux qui pensent que ce jugement est nécessaire et ceux qui le fustigent. Un débat soulevé notamment par nos auteurs, comme l’écrivain ivoirien Venance Konan dans «Pourquoi il faut juger Gbagbo» et ceux Marcus Boni Teiga dans «Pourquoi il ne faut pas juger Gbagbo». En décembre, les lecteurs de Slate Afrique ont exprimé, eux aussi, des avis bien tranchés sur la question.

Comment peut-on encore être pro-Gbagbo?

«Qu’est-ce que Laurent Gbagbo a fait pour notre pays pour continuer à le défendre ainsi?», demande Wop. Pour lui, il faut être «aveuglé ethniquement» (Gbagbo est du Sud chrétien et Ouattara du Nord musulman) ou avoir «une haine primaire de l’occident (…) et être persuadé que tous les malheurs de l’Afrique viennent de l’ancien colon». Il est vrai que Gbagbo a beaucoup critiqué l’intervention française de la force Licorne en Côte d’Ivoire. Il a d’ailleurs déclaré à la CPI: «J'ai été arrêté le 11 avril sous les bombes françaises. (…) C'est l'armée française qui a fait le travail.»

Les soutiens inconditionnels de l’ancien président ne manquent pas de dérouler leurs arguments. Certains avancent effectivement des positions anticolonialistes et sont partisans de la théorie du complot. Leur première cible: la CPI comme outil d’influence occidentale: «La CPI comme bien des voix l'ont signifiées avant moi est un outil impérialiste au service de l'occident pour bâillonner cette Afrique qui veut retrouver sa gloire, sa dignité!», écrit sie. Point de vue qui a quelque peu irrité Hervé20: «Mais de grâce arrêtez la supplique qui veut que la CPI soit faite pour les prisonniers africains», réplique-t-il. Avant que sebdepog n’emboîte le pas:

«Au lieu de nous amener à des débats sans fin, ceux qui s’offusquent de voir de nombreux Africains devant cette cour de justice devraient justement se poser cette question: pourquoi ces Africains sont-ils jugés par la CPI? La réponse, ils feignent de l’ignorer. Dans la plupart des pays d’Afrique la justice est aux ordres. Nos tribunaux n’ont jamais rendu justice aux milliers de victimes de nos régimes anti-démocratiques. Sachez que la CPI ne se saisit que des crimes les plus graves et si et seulement si les tribunaux nationaux ne veulent pas ou sont incapables de le faire.»

Coupable idéal

Au-delà de la critique de l’institution internationale, certains affirment que Gbagbo est le coupable idéal, le bouc-émissaire parfait pour occulter la complexité de cette crise où le clan Ouattara est aussi accusé d’avoir commis des exactions. Queenpokou explique dans une longue tirade en forme d’inventaire qu’on incombe à Gbagbo toutes les maux de la Côte d’Ivoire:

«40 ans de parti unique, c'est sa faute; le coup d'Etat contre Bédié [ président ivoirien de 1993 à 1999] c'est encore lui, ce "boucher"; la rébellion en 2002, c'est lui , c'est sa faute; (…) la mort de tous ces policiers et leurs familles, c'est encore lui; à Douékoué, c'est encore Gbagbo et Simone [son épouse]. On s'est habitué à tout lui mettre sur le dos. Pourquoi changer maintenant ...? Non, continuez à charger», écrit-il.

D’autres sortent du thème de la victimisation en décrivant l’inculpé comme un résistant, à l’image d’Adamajo:

«Gbagbo n'a rien à faire la Haye parce qu'il n'a fait que défendre une partie de la population ivoirienne contre une autre, c'est un chef de guerre d'une guerre triste, mais légitime». D’après lui, il ne pouvait pas «laisser la partie sud du pays aux mains des ethnies du nord».

Des droits garantis 

L’un des lecteurs favorables au jugement de Laurent Gbagbo affirme justement avec un brin d’ironie que si leur chef n’a rien fait de mal, les pro-Gbagbo devraient se réjouir car son procès sera l’occasion de prouver son innocence:

«De toutes les façons, ce procès sera une tribune pour Gbagbo et pour ses défenseurs. Nous attendons la démonstration de l'innocence de Gbagbo. Moi, c'est la légèreté de son argumentation qui me fait honte depuis qu'il est à la CPI, pas qu'il y soit.»

Pour beaucoup, l’inculpation de Gbagbo par la CPI, lui offre en effet la garantie que ses droits seront respectés. Les propos de Devinas vont dans ce sens. Pour lui, l’ancien président peut s’estimer heureux de ne pas avoir été exécuté sommairement lors de son arrestation, le 11 avril dernier, comme l’a pu être le colonel Kadhafi en Libye:

«Dans les circonstances les plus confuses, ADO [le président Alassane Ouattara] a épargné la mort à son adversaire Laurent Gbagbo. Reconnaissons-le, ce n'était pas évident, car un soldat surmené en mission aurait pu tirer sur lui dans cette confusion».

Quoiqu'il en soit, Laurent Gbagbo pourra assurer sa défense lors de sa prochaine audition devant la Cour Pénale Internationale, le 18 juin 2012.

Fanny Roux

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Fanny Roux

Journaliste à Slate Afrique

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