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Simone Gbagbo, le 15 janvier 2011 à Abidjan. REUTERS/Thierry Gouegnon
Simone Gbagbo, le 15 janvier 2011 à Abidjan. REUTERS/Thierry Gouegnon

A quoi jouent les partisans de Gbagbo?

Le FPI (Front populaire ivoirien), l'ex-parti de Laurent Gbagbo a adopté une étrange stratégie. Boycotter les législatives de décembre 2011, tout en prétendant avoir remporté ce scrutin.

La Côte d’Ivoire vient de se doter enfin d’un parlement, après près de six années de législature dont la légalité fut fortement contestée par les partis regroupés au sein du RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix).

Après également plus d’une décennie de troubles sociopolitiques qui ont profondément déstructuré et désorganisé nos administrations, nos infrastructures économiques et sociales et sérieusement affaibli nos institutions nationales, cette élection représente un espoir de renouveau de la vie politique ivoirienne. Après aussi tant d’années de souffrances, de frustrations, de manipulations psychologiques et politiques des uns et des autres, mais également de deuils et de traumatismes en tout genre, les enjeux qui découlent de cette élection sont aujourd’hui considérables.

En dépit du boycott du FPI (Front populaire ivoirien), à la suite du transfèrement de Gbagbo à la CPI, cette élection s’est déroulée sans incidents majeurs, ni violences post-électorales. Cela traduit sans doute une maturité du peuple ivoirien qui aspire désormais à ne plus se laisser prendre en otage par ses dirigeants politiques, dans leurs stratégies de conquête du pouvoir.

Les Ivoiriens ont bravé la peur, la mort et les brimades. Ils ont traversé les entrailles les plus effroyables d’un monde de violence et de destruction que plus personne n’est près à revivre. Au regard du bon déroulement de ce scrutin et de l’absence de violences post-électorales, on peut espérer que ces épreuves ont aguerri le peuple ivoirien et lui ont forgé une solide conscience politique et citoyenne.

Comment peut-on gagner une élection à laquelle on n’a pas participé?

Au lendemain de ces élections, les médias proches du parti de Gbagbo ont annoncé la victoire du FPI aux élections législatives qu’il a lui-même boycottées. Comment peut-on gagner une élection à laquelle on n’a pas participé? Bien sûr, ces grands titres médiatiques font allusion au faible taux de participation de cette consultation élective. Pour le FPI et ses organes de presse, le manque d’engouement des Ivoiriens pour ce scrutin est dû au mot d’ordre de boycott donné.

Or, toutes les élections législatives en Côte d’Ivoire comme dans la plupart des pays africains et occidentaux ne suscitent pas le même intérêt que l’élection présidentielle. Nous le savons, en Côte d’Ivoire, le taux de participation aux législatives a très souvent tourné autour de 35%, y compris lorsque le FPI est arrivé au pouvoir en 2000.

Le FPI joue à «qui perd, gagne»

Alors, en quoi ce taux de participation serait dû au boycott du FPI et traduirait de fait une «Victoire» pour ce parti ? A moins que le FPI joue à «qui perd, gagne». C’est-à-dire, celui qui perd a gagné et celui qui gagne a perdu. Dans ce cas, il n’y a pas de doute, ce parti est bien le «vainqueur» de ces législatives ivoiriennes.

Encore plus curieux, plusieurs cadres du FPI se sont présentés à cette élection sans l’étiquette de ce parti et certains ont été élus. Cette stratégie du FPI de présenter des candidats «indépendants» en dépit du boycott est une ruse. Il ne fallait pas donner l’impression de «trahir» les cadres de ce parti en résidence surveillée et leur chef à la CPI.

La constitution d’un groupe parlementaire FPI avec ses «indépendants» est déjà engagée afin de pouvoir bénéficier du financement des partis politiques par l’Etat. A cela, il faut rajouter, les 125 millions de franc CFA (190.000 euros) qu’a perçus le FPI pour financer les campagnes électorales de «ses candidats» non officiels. On peut déjà imaginer la surprise, voire même la colère des militants et sympathisants de ce parti qui verront bientôt se former un groupe FPI à l’Assemblée Nationale en dépit du boycott ordonné par le FPI et suivi aveuglement par la base.

En politique, nous le savons, tout est une question d’interprétation, à un moment donné, face à un évènement ou une situation précise. De ce fait, on ne peut pas reprocher au FPI et à ses médias de titrer la «victoire illusoire» de ce parti, sans aucun fondement légal ou juridique. En politique, certaines «déclarations» n’engagent que ceux qui y croient. Et ça aussi, nous le savons. Malheureusement beaucoup de nos frères et sœurs se font encore tuer, en croyant naïvement à tout ce qui est dit en meeting politique et dans les médias politiquement engagés.

Macaire Dagry

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Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

Ses derniers articles: Les Ivoiriens ont déjà les yeux rivés sur la présidentielle de 2015  La France ne peut plus faire l'impasse sur son passé esclavagiste  Les jeunes ivoiriens, prisonniers du désespoir et de la violence 

Henri Konan Bédié

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