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Ethiopie - Onze ans de prison pour deux journalistes suédois

Ils sont journalistes et ont été reconnus coupables de «soutien au terrorisme» et d'entrée illégale en Ethiopie. La sentence est tombée le 27 décembre: les deux journalistes suédois Martin Schibbye et Johan Persson, arrêtés le 1er juillet 2011 près de la frontière avec la Somalie, ont écopé de 11 ans de prison. La justice éthiopienne avait réclamé 18 ans de prison.

«Cette peine remplit l'objectif de paix et de stabilité», a déclaré le juge Shemsu Sirgaga, lors de l'audience d'un tribunal de la capitale éthiopienne, Addis Abeba.

Les deux reporters s'étaient fait arrêter alors qu'ils accompagnaient des rebelles du Front national de libération de l'Ogaden (ONLF), un mouvement créé en 1984 qui lutte pour l'indépendance de l'Ogaden, une région du sud-est de l'Ethiopie à majorité somalienne. Une vidéo les montrant avec des armes à la main les auraient accablés. Au cours du procès, les deux hommes avaient admis avoir pénétré illégalement sur le territoire éthiopien et être entrés en contact avec l'ONLF, mais uniquement pour enquêter sur les activités du groupe pétrolier suédois Lundin Petroleum. Ils ont toujours plaidé non coupables des accusations de terrorisme.

«Cette sentence est un verdict d'une grande cruauté», a déclaré Thomas Olsson, avocat des deux journalistes.

La Suède et l'Union Européenne (UE) par la voix de Catherine Ashton, le Haut-représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, ont condamné cette décision de la justice éthiopienne.

Les organisations de droits de l'Homme ont également vivement condamné le verdict. Les deux Suédois «sont emprisonnés en raison de leur travail légitime de journaliste et doivent être libérés immédiatement et sans condition», a réagi Amnesty International.

«Que cherchent les autorités éthiopiennes? A décourager quiconque voudra désormais se rendre en Ogaden, comme l'avaient fait ces deux journalistes. A envoyer un signal à la presse, tant nationale qu'internationale, sur les risques de se voir lourdement condamner pour terrorisme quand vos enquêtes dérangent», a de son côté dénoncé l'association Reporters sans frontières.

L'Association des journalistes suédois a quant à elle demandé à Stockholm d'intervenir, estimant que le procès avait été «politique».

«Une lourde responsabilité repose maintenant sur les épaules du gouvernement suédois pour régler l'affaire au niveau politique,» a estimé son président, Jonas Nordling.

Les rebelles de l'ONLF ont eux-mêmes qualifié d'«injuste» le verdict de la justice.

Le Président de la République éthiopienne, Girma Volde Giorgis, a pour sa part accordé une interview à la télévision suédoise en déclarant:

«Ils sont entrés dans le pays de la mauvaise façon et avec les mauvaises personnes, mais ce ne sont pas des ennemis de l'Ethiopie, ce sont juste des journalistes.»

Selon TV5 Monde, le chef de l'Etat a même laissé sous-entendre qu'une grâce présidentielle pourrait être envisagée si Martin Schibbye et Johan Persson demandaient pardon aux Ethiopiens.

L'avocat des deux journalistes doit s'entretenir ce jeudi 29 décembre pour décider si les deux reporters font appel ou non de cette décision.

Vu et lu sur TV5 Monde, Amnesty International, Reporters sans Frontières

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