SlateAfrique

mis à jour le

«Juju», la première marque de vêtements qui fait de la politique

Il fait encore parler de lui. Pourtant cette fois, il n'y est pour rien. Ou presque. Le sulfureux Julius Malema, ancien président de la Ligue jeunesse de l'ANC (Congrès national africain) réputé pour ses dérapages verbaux, va bientôt bénéficier de sa propre ligne de vêtements. «Juju», c'est le nom de la gamme lancée par le créateur sud-africain Obakeng Ramabodu.

«Ca va être sensationnelle, avec plein de couleurs, beaucoup de bling bling.» a-t-il indiqué au quotidien sud-africain The Sowetan.

Tee-shirts, lunettes de soleil, montres, vêtements pour enfants, bérets (le nouvel accessoire de mode opté ces derniers mois par Malema en hommage au Che Guevara) sont autant de produits qui porteront le logo «Juju» et seront mis en vente dès le mois de février.

Obakeng Ramabodu a expliqué les raisons de cette création de ligne de vêtements: «Il s'agit de célébrer mon héros». La messe est dite.

«Juju» a pourtant failli ne jamais voir le jour comme l'a avoué Obakeng Ramabodu à The Sowetan: «Personne ne voulait supporter mon projet parce que c'était hautement politique.»

Le créateur sud-africain avait à l'origine prévu de lancer sa nouvelle gamme controversée lors des célébrations du 100e anniversaire de la création de l'ANC à Mangaung le 8 janvier prochain, mais il a finalement décidé de la lancer à Johannesburg «pour ne pas manquer de respect à l'ANC», a-t-il précisé.

A 30 ans, Julius Malema est un personnage controversé dans le champ politique de l'Afrique du Sud. Critiqué par son train de vie fastueux alors qu'il se veut le défenseur des pauvres, il s'est fait remarquer ces dernières années pour ses positions à l'encontre des Blancs en déclarant vouloir «mener une guerre économique contre la "minorité blanche" toujours privilégiée.»  En septembre dernier, il avait été condamné pour incitation à la haine raciale après avoir chanté l'hymne anti-Blancs «Tuez les Boers». Il est aussi contesté pour avoir demandé en juillet 2011 un changement de régime au Botswana voisin, l'un des rares pays de l'Afrique australe à critiquer le régime de Robert Mugabe, président du Zimbabwe dont Malema fait régulièrement l'éloge.

Des déclarations sous formes de provocations qui mettent l'ANC dans l'embarras. Faut-il se débarasser de lui? La question est posée. Et visiblement, la réponse est oui au vu de sa récente suspension de ses fonctions de président de la Ligue jeunesse de l'ANC en novembre 2011 pour cinq ans, reconnu coupable de semer la division au sein du parti au pouvoir en Afrique du Sud.

Pourtant, Julius Malema avait été réélu à l'unanimité l'été dernier lors de la Conférence annuelle de la Ligue de Jeunesse, et le lancement de cette marque de vêtements reflète le paradoxe des sentiments suscités par ce personnage, qui reste apprécié par une partie de la population.

Reste donc à savoir si ces vêtements trouveront preneurs. Car avant même son lancement officiel, la marque essuit déjà des critiques:

«Obakeng Ramabodu utilise le nom de Malema pour se faire du fric facile. Il produit volontairement sa gamme en Chine alors que les ouvriers sont exploités et que les conditions de travail sont proches de l'esclavage, voilà pourquoi c'est si peu cher de produire des biens là-bas» a déclaré la Secrétaire générale de Cosatu, Zwelinzima Vavi.

Par intermédiaire interposé, Malema réussit encore à créer la polémique. Il n'a pas souhaité prendre part au sujet mais a tout de même indiqué «ne pas avoir de problèmes avec cette marque de vêtements.»

Lu sur The Sowetan, Mail&Guardian

A lire aussi

Malema, symbole d'une jeunesse en colère

Les jeunes de l'ANC, plaie sud-africaine?

Le président Zuma veut-il vraiment lutter contre la corruption?