Pourquoi la dévaluation du franc CFA fait peur aux Africains
Même si elle n'a pas été annoncée officiellement, peu d'Africains doutent de la dévaluation imminente du franc CFA et de ses conséquences dramatiques.
Marché de Gorom Gorom, Burkina Faso. Flickr/C.hug.
Depuis quelque temps, de folles et persistantes rumeurs annoncent un passage turbulent pour le franc CFA. A compter de 2012, sa parité avec l’euro devrait changer. Certaines parlent d'une conversion de 1 euro pour 1.000 francs CFA. La perspective de la dévaluation du franc CFA inquiète déjà nombre de citoyens des pays ayant en commun cette monnaie: les anciennes colonies françaises d'Afrique. EIles sont les seules sur le continent à disposer encore d’une monnaie arrimée à une monnaie étrangère: le franc français hier et l’euro aujourd’hui.
Les monnaies indépendantes gagnantes
Les pays anglophones, lusophones et arabes, quant à eux, se sont évertués à asseoir leurs propres institutions et à battre leurs propres monnaies. Ce qui ne les empêche pas de faire leur petit bonhomme de chemin au plan économique, en toute indépendance vis-à -vis des anciennes puissances coloniales. Le Ghana et le Nigeria, entre autres, utilisent ainsi respectivement le Cedis et le Naira. Ces monnaies autrefois trop fluctuantes ont fini par se stabiliser. C’était des monnaies faibles aux yeux des Africains francophones qui s’en moquaient par rapport au franc CFA artificiellement fort. Mais actuellement, elles sont les principales monnaies des grands échanges de l’Afrique de l’ouest. Elles pourraient même devenir des monnaies fortes si la perspective de la dévaluation se confirmait. Cependant que les pays francophones de l’espace CFA se contentent toujours, pour leur part, de leur parapluie monétaire français ou européen. C’est selon.
En dépit de la dévaluation brutale intervenue en 1994, les pays de la zone CFA n’ont pas cru devoir tirer des enseignements. Résultat: le traumatisme psychologique de cette époque resurgit et sème la panique partout. Seuls ceux qui ont la possibilité de placer leur argent en Europe ne s’en inquiète pas outre mesure. Bien au contraire. Mais ils ne sont pas légion.
Une hausse des prix inévitable
La grande majorité des ressortissants de la zone CFA s’attend donc à vivre des mésaventures pires que celles de la précédente dévaluation. Outre la baisse du pouvoir d’achat, il y a de surcroît la flambée anarchique des prix sur les marchés qui sont à craindre. Et surtout l’incapacité des Etats à les réguler afin de juguler l’inflation consécutive. Pour les commerçants peu scrupuleux, c’est une aubaine. Les prix des produits importés vont passer du simple au double, voire au triple. Y compris ceux des anciens stocks. Face aux réactions des marchés, même les produits locaux qui n’ont rien à voir avec la dévaluation connaîtront également une hausse de prix vertigineuse. Au motif que les prix des produits importés ayant grimpé, il doit en être de même.
«La dévaluation, tout le monde en parle présentement. Cela nous fait peur. Mais qu’est-ce qu’on peut faire contre. Si ça arrive, nous les commerçants de Dantokpa nous allons augmenter aussi les prix de nos produits. C’est normal. Même les produits locaux…oui, même les produits locaux. Pourquoi pas? Pourquoi voulez-vous que les autres haussent leurs prix et que nous nous n’en fassions pas autant. On est sur le même marché», réagit Yao Ablavi qui vend des produits vivriers au marché international Dantokpa de Cotonou (capitale économique du Bénin) en dit long sur la tendance à venir des marchés.
Conflits sociaux en perspective
Les organisations syndicales affûtent déjà leurs armes face aux inflations éventuelles. Concernant le pouvoir d’achat des travailleurs, les explications risquent fort d’être houleuses avec les gouvernements. Une mauvaise gestion des conséquences de la dévaluation peut à tout moment entraîner des crises sociopolitiques. Lesquelles sont susceptibles de dégénérer, si l’on n’y prend garde, en des crises graves. Au point même de menacer la paix sociale et la stabilité politique de certains pays. Autant dire que c’est une mauvaise période que les Africains s’apprêtent à traverser, avec de grandes interrogations.
Mais la question que l'on se pose de plus en plus est de savoir pourquoi il faudrait continuer à arrimer le franc CFA à l’euro. Non sans caricature et humour, Gilbert Koayema, un enseignant du primaire au Bénin qui redoute la dévaluation donne son point de vue:
«Nos dirigeants sont incapables de retenir une seule bonne leçon. Ils iront s’asseoir comme de petits écoliers devant Nicolas Sarkozy et il va leur dire : bon, voilà , à partir de demain 1 euro = 1.000 francs CFA. La leçon est terminée. Ils diront merci maître et ils reviendront nous la répéter comme des perroquets. C’est ça encore hélas, notre Afrique, 50 ans après les indépendances. Comment voulez-vous que l’Afrique se développe ainsi?»
En attendant, les rumeurs de la dévaluation n’ont de cesse d’enfler. Sans que des voix autorisées ne viennent formellement les démentir. C’est qu’en réalité, les Africains eux-mêmes n’en doutent plus. Dans le contexte de crise économique actuelle en Europe, il ne peut en être autrement. Sauf par extraordinaire retournement de situation. Un miracle auquel plus personne ne croît, même en Afrique.
Marcus Boni Teiga
A lire aussi
Faut-il une dévaluation du franc CFA?
Le franc CFA sera-t-il dévalué?
La Françafrique n'est pas un astre mort
Les tueuses du salaire de décembre à Abidjan
Même en Egypte, les agences de notations font la loi







SINON RIEN QU'A PARLER D'UNE POSSIBLE DÉVALUATION,LE GRAND MAITRE ICI T'AURAI JETER EN PRISON.MOTUS ET BOUCHE COUSUE SUR LE SUJET. LES JOURNALISTES DE L'OPPOSITION L'ONT APPRIS A LEUR DÉPEND.SUR QUE VOTRE ARTICLE NE SERA JAMAIS REPRIS PAR UN JOURNAL DE LA PLACE. C'EST LA LIBERTÉ D’EXPRESSION DANS LES VRAIES ET GRANDES DÉMOCRATIES!
POUR EN REVENIR AU SUJET, C'EST VRAI QUE C'EST VRAIMENT FLIPPANT CETTE PERSPECTIVE;BON ON N'A PAS D'AUTRE CHOIX (pardon les préfets à la tête de nos différents pays n'ont pas d'autres choix que de l'accepter)ON MANGERA MOINS ET DIFFICILEMENT MAIS EUX CONTINUERONT DE NOUS DIRIGER. C'EST CELA L'ESSENTIEL !
Je me dis souvent, a quel moment ces pays comprendront qu avoir une monnaie forte qui ne se base pas aux réalités économiques de ces pays est un désastre qui aura dans l avenir, des conséquences indéniables.
Des pays qui n ont même pas une structure économique saine et diversifiées, avec des institutions démocratiques. la plupart des pays concernés sont soit des pays rentiers des richesses naturelles soit des pays agricoles qui ne prennent même pas en compte les fluctuations des prix sur les marchés mondiaux.
l auteur l a si bien montré que seuls les pays ayant un e monnaie fluctuant sont plus en même à entrevoir, prévoir et revoir leur système économique.
Dieu seul sait ce qui arrivera à ces pays féodaux.
Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (C.F.A.) n'est pas seulement arrimé à l'Euro. il est géré par la banque de France et imprimé en France.
La dévaluation du Franc C.F.A. est tout a fait normal. On sait tous qu'il est sur-évalué et ne correspond en rien aux économies de nos pays et nous interdit de commercer avec les pays non CFA (nos produit sont trop chers pour eux)
Une monnaie reflète l'économie d'un pays. Si l'économie va bien, la monnaie est forte, si l'économie va mal, la monnaie est faible. Certains pays comme la Chine sous évaluent leur monnaie pour favoriser les exportation et limiter les importations.
Dans les Colonies Françaises d'Afrique, la monnaie ne reflète rien du tout des réalités des pays. Que l'économie se porte bien ou pas, il n'y a pas de fluctuations. Pire: Il y a fluctuation avec le reste du monde selon la situation économique de la zone Euro. Quand l'Europe se porte bien, l'Euro augmente face au dollars et par conséquent, le CFA augmente face au dollars, alors qu'il n'y a aucun rapport entre l'économie européenne et UEMOA.
Nous restons de simples serviteurs de l'Europe malgré 50 ans de pseudos indépendances ....
Bel exercice de spéculation que cet article ! A part la spéculation, on reste sur notre faim en ce qui concerne l'information. L'article part du principe que le franc CFA sera dévalué, pour broder des scenarii aléatoires. Or, rien de sérieux ne permet de penser qu'une dévaluation va intervenir à moyen-terme (pour le long-terme, tout peut bien sûr arriver). Tout d'abord, il faut rappeller d'où vient l' "info" d'une prochaine dévaluation : un journal ivoirien pro-gbagbo (c'est leur droit bien sûr) très disposé à taper sur ce qui peut représenter l'ombre française sur l'Afrique, même si pour cela il faut s'accommoder avec la réalité et la déontologie journalistique. En ce qui concerne la dévaluation, on ne voit pas très bien les raisons qui pourraient la justifier. Qu'est-ce qui a motivé la triste dévaluation de 1994 ? Une dévaluation des termes de l'échange des matières premières et donc une très faible compétitivité des économies africaines, et des dettes monstrueuses. Est-ce que ces conditions sont réunies aujourd'hui ? Non : les dettes des pays d'Afrique de l'Ouest sont deux fois moins importantes que celles de l'Allemagne ou de la France (ne parlons même pas de la Grèce ou de l'Italie), par ailleurs les cours des matières premières exportées par les pays de la sous-région sont bien (coton, cacao, etc.), voir très bien orientées (pétrole, or, etc.). Reste, j'en conviens et je m'en attriste, des balances commerciales déficitaires (mais pas non plus de façon dramatique, le cadrage macroéconomique reste pas mauvais), qui s'explique par une compétivité globalement toujours assez faible. L'ancrage à l'euro pèse sur cette compétivité, mais il est loin d'être la seule raison (l'état des routes et des infrastructures commerciales, le climat des affaires, la faiblesse du capital humain ...). A noter tout de même que la facture pétrolière, avec une dévaluation compétivite, s'alourdirait alors qu'elle est déjà très conséquente. Dans tous les cas, je pense qu'on peut légitimement penser à sortir de l'ancrage à l'euro, en tout cas ça mérite d'être débattu. Si, à mon sens, il n'est pas l'espèce d'horrible fardeau qu'on décrit, il me semble légitime d'envisager que les pays de la sous-région gèrent eux-mêmes et de manière tout à fait indépendante leur monnaie. Toutefois, là encore, il faut noter que les accords avec le Trésor Français, la BCEAO peut décider dans la limite de 20% d'augmenter la masse monétaire (ce qui permettrait d'alimenter l'activité ... dans un contexte où l'inflation est assez faible dans la sous-région ... sauf bien sûr pour quelques produits clés) ..... or elle ne le fait pas ! La BCEAO est plus orthodoxe que la BCE et n'utilise pas les marges d'autonomies des accords avec le Trésor français. Pour en revenir à la dévaluation, il n'y a pas de raison impérative pour qu'elle arrive plus aujourd'hui qu'il y a 2 ou 3 ans, la crise de la dette en Europe n'a pas grand chose à voir avec. Une dévaluation, ça se prépare pendant plusieurs années (celle de 94 était discutée depuis le milieu des années 80), ça n'arrive pas en quelques semaines ou mois. Et puis, par définition, une dévaluation ne s'anticipe pas (hormis pour ceux qui la prépare), il n'y a pas de fuites .... sinon elle ne sert à rien et entraîne une fuite des capitaux. tout ce qu'on entend depuis quelques semaines, c'est des rumeurs infondées portées par des gens avec des intentions politiques plus ou moins cachées ou affichées ou qui ne comprennent pas grand chose à la monnaie ou à la macroéconomie. Ce qui est affolant c'est de voir que celle-ci circule comme une trainée de poudre, alors qu'à la base c'est une feuille de choux dont le professionalisme est très douteux qui l'a lancé.
PS : le Franc CFA n'est pas géré par la Banque de France, comme dit dans un commentaire, c'est sa parité qui est garantie par le Trésor français (ce qui à proprement parler ne veut pas dire géré).
PS2 : contrairement à ce que dit l'auteur, d'autres pays ont leur monnaie ancrée sur l'euro : le Cap-Vert par exemple, qui est une success story économique.
"le Franc CFA n'est pas géré par la Banque de France"
Je le redis: le Franc des Colonies Françaises d'Afrique est géré par la banque de France:
-Au conseil de l'UEMOA il y a un représentant de la France qui a un droit de véto sur toutes les décisions.
- La décision de dévaluer le franc CFA ne vient pas des chefs d'Etats africains, mais de la France qui gère le Franc CFA. (on le sait tous)
- La banque de France décide du nombre de CFA qu'elle va mettre en circulation
- Le Franc CFA est imprimé à Clermont Ferrand.