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Les basketteuses somaliennes dribblent les shebab

Pour assouvir leur passion du sport, les Somaliennes doivent prendre tous les risques. Défiant la menace des shebab, des Somaliennes veulent écrire l'Histoire du basket-ball somalien. Or, dans leur pays, ces militants islamistes armés leur ont interdit d'y jouer sous peine de mort. Qu'importe, les joueuses de l'équipe nationale somalienne de basket-ball féminin ont décidé de ne pas se laisser impressionner et d'affronter d'autres équipes aux Jeux Pan-Arabes 2011 (l'équivalent des Jeux Olympiques pour les pays arabes) organisés du 6 au 23 décembre à Doha, la capitale du Qatar.

Les sportifs somaliens sont des cibles régulières des shebab, qui voient le sport comme une activité non islamique. A l'été 2006, l'Union des Tribunaux Islamiques (UTI) avait caractérisé le sport «d'acte satanique» et avait émis une ordonnance interdisant aux femmes de faire du sport. Depuis, l'UTI a été destituée, mais les shebab se battent toujours pour imposer leur propre vision de la loi islamique.

Pour préparer les Jeux, les joueuses ont donc dû s'entraîner dans des locaux du quartier général de la police à Mogadiscio, la capitale de la Somalie. A Dogha, elles sont sous haute protection policière durant tout le déroulement des Jeux Pan-Arabes.

Duran Ahmed Farah, vice-président chargé des Relations internationales pour le Comité olympique national somalien, explique à CNN:

«La menace est toujours présente. Il y a des gens qui, en voyant les filles jouer, verront l'incarnation du mal et qui ne tolèront pas cela.»

Dans un pays où des femmes ont été lapidées à mort pour adultère, où les amputations et décapitations à l'encontre des femmes sont fréquentes et où dans certaines régions les shebab interdisent d'écouter la radio, ces joueuses de basket-ball apparaissent comme des «filles courageuses. Même dans ce contexte, elles continuent à pratiquer leur sport, le sport qu'elles aiment», explique Duran Ahmed Farah.

D'autant plus courageuses que ces basketteuses ne font pas cela pour la gloire. L'interdiction islamiste, couplée au manque d'équipement et aux installations détruites auraient pu les décourager. Pourtant, rien n'y a été fait. Malgré le manque de moyens, avec un uniforme modeste, elles ont joué. De quoi redonner un vrai sens au sport.

Le président du Comité National Olympique, Aden Hagi Yeberow affirme à CNN que le succès de l'équipe à Doha peut agir comme un facteur d'unification dans un pays en proie à l'insécurité, l'instabilité politique et au manque d'unité.

«Nous voulons utiliser le sport comme un outil de consolidation de la paix pour unir le peuple somalien», explique-t-il. «Ce que ces jeunes filles font dans ce tournoi a jeté les bases, espérons-le, d'un bel avenir pour notre peuple.»

Les Somaliennes n'ont pas démérité durant ces Jeux: malgré trois défaites, les basketteuses ont remporté deux victoires, contre le Koweit et surtout contre le Qatar, le pays hôte.

Lu sur CNN

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