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Somalie - Le rap comme arme de combat contre les milices islamistes

«Les shebab m’ont dit “ton message est anti-djihad. Tu appelles la jeunesse à abandonner"», explique Shine Ali, membre du groupe de Hip-Hop Waayaha Cusub, qui enregistre en studio à Nairobi.

«Quand ils m’ont tiré dessus, témoigne le Somalien de 29 ans exilé dans la capitale kenyane, je savais que si j’arrêtais de faire de la musique, ils auraient gagné. Mais, si je continue, c’est moi qui suis le plus fort», raconte-t-il dans un reportage du journal londonien Guardian dans la capitale kenyane. Pour les mêmes raisons, une autre membre de son groupe vit aujourd’hui avec le visage balafré.

Le groupe Waayaha Cusub, littéralement «Nouvelle ère» ou «Nouvelle aube», est composé de 11 membres. Des Somaliens, des Kenyans, un Ethiopien et un Ougandais. Il défie la milice islamiste somalienne des shebab ainsi que les problèmes politiques épineux de la Corne de l’Afrique, depuis 2004. En 2010, il provoquait la milice islamiste avec leur titre No to al-Shabaab (Non aux shebab). Voici leur clip:

 

Leur but, comme l’affirme Shine Ali: «la prise de conscience»

«Ces jeunes ont une mauvaise idéologie. Si on leur transmet une bonne idéologie, qu’on leur parle de la vie, du mariage, des enfants… Si on leur montre tout cela, on peut les arrêter [les jeunes]», explique-t-il.

Comme Shine Ali, des milliers de Somaliens ont fui leur pays en proie à une guerre civile depuis la chute du président somalien Mohamed Siad Barre en 1991. Depuis le début des années 2000, les shebab militent pour renverser le gouvernement fédéral de transition soutenu par l’ONU. Même s’ils ont concédé aux autorités le contrôle de la capitale Mogasdiscio en aout 2011, ces islamistes contrôlent toujours de larges zones dans le sud et le centre de la Somalie. Ils poursuivent leurs actions en optant plutôt pour des attaques-suicides sur le même modèle que celles perpétrées par al-Qaida avec qui ils auraient certains liens.

Depuis l’offensive lancée en octobre par l’armée kenyane contre les shebab, accusés d’être à l’origine des enlèvements d’Européens au Kenya, les Somaliens expatriés à Nairobi craignent à la fois les représailles des islamistes dans le quartier de Eastleigh («Little Mogadishu») mais aussi la discrimination à leur encontre, puisqu’ils sont suspectés par les Kenyans d’appartenir à la milice islamiste.

C’est contre cela que se bat le groupe Waayaha Cusub qui réalise à Nairobi ses nouveaux morceaux, au risque d’être de nouveau pris entre les feux de ce conflit qui s'internationalise.

Lu sur The Guardian

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