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Emblème lors du 16e sommet de l'Union Africaine à Addis, 2011. © REUTERS/Thomas Mukoya  Abeba, Ethiopie.
Emblème lors du 16e sommet de l'Union Africaine à Addis, 2011. © REUTERS/Thomas Mukoya Abeba, Ethiopie.

Où en sont les Etats-Unis d’Afrique?

Après Kadhafi, le continent se cherche un porte-voix pour relancer le vieux projet des Etats-Unis d’Afrique.

Les Etats-Unis d’Afrique sont orphelins de l’ex-guide libyen Mouammar Kadhafi. Il avait en effet repris le vieux rêve du panafricanisme qui consistait en la création d’un grand ensemble politique et économique africain. Résultat: la naissance de l’Union africaine sur les cendres de l’ancienne Organisation de l’unité africaine (OUA) créée en 1963. Avec la mégalomanie qu’on lui connaissait, Kadhafi s’était fait le chantre de l’unité de l’Afrique. Sa démarche était cependant mue par la seule volonté de devenir, par tous les moyens, le président des Etats-Unis d’Afrique. Et sa stratégie pour ce faire n’a pas abouti au résultat escompté. En dépit de ses multiples dons et libéralités à l’endroit de certains chefs d’Etat, rois et autres organisations de la société civile.

Certes, beaucoup d’écueils restent à surmonter pour la réalisation de ce rêve qui apparaît comme le mythe de Sisyphe pour les Africains. Mais de toute évidence, l’ex-guide libyen n’avait pas l’étoffe de cette grande et noble ambition. Avec la disparition de celui qui s’était fait couronner «roi des rois d’Afrique», faute d’être président des Etats-Unis d’Afrique, les Africains attendent leur nouveau porte-flambeau. La crise économique actuelle qui oblige l’Europe à la réflexion sur son union ne doit pas laisser l’Afrique indifférente. Bien au contraire. Plus que jamais, l’Afrique doit œuvrer contre vents et marées à la réalisation de grands ensembles économiques et politiques.

Qui pour succéder à Kadhafi?

En observant attentivement les dirigeants actuels de l’Afrique, ils ne sont pas légion à pouvoir prétendre à ce leadership. Et pour cause, outre le charisme nécessaire pour jouer ce rôle, il faut réunir un certain nombre de conditions:

Primo: le prétendant doit être élu de manière démocratique dans son pays et respecter les fondamentaux en la matière. Toute chose qui lui permettrait d’avoir les coudées franches à la fois sur l’échiquier continental et international.

Secundo: son pays doit être économiquement stable afin qu’il puisse conduire sereinement sa mission de leadership.

Tertio: il doit pouvoir faire le consensus autour de lui dans sa sous-région d’abord et être doté de qualités diplomatiques nécessaires à la cohésion pour avancer vers l’unification.

Sans ces trois conditions réunies, il lui serait évidemment difficile de mener à bien toute entreprise. Sauf si par extraordinaire sursaut, la Conférence des chefs d’Etat de l’Union africaine décidait de faire un grand bond en avant pour l’Afrique, au nom de l’intérêt des peuples africains. Ce qui reste une chimère.

De tous les chefs d’Etat au pouvoir en ce moment, il apparaît que John Atta Mills du Ghana, Jacob Zuma d’Afrique du Sud,  Mohamed VI du Maroc, Yoweri Museveni d’Ouganda et Meles Zenawi d’Ethiopie sont les mieux placés pour prétendre emboucher la trompette du panafricanisme. Après le premier président du Ghana, Kwame N’Krumah, un des pères-fondateurs du panafricanisme et auteur de: Africa must unite (l’Afrique doit s’unir), le Ghana de John Atta Mills présente les meilleurs atouts pour la relève. Néanmoins, il en faut bien plus, à savoir la volonté politique des dirigeants et l’engagement citoyen des Ghanéens. Au cours d’un voyage au Canada, le président ghanéen s’est déjà érigé en apôtre des pays africains en dénonçant devant les diplomates africains la politique interventionniste de l’Occident en Afrique. Il a par ailleurs critiqué les déclarations du Premier ministre britannique, David Cameron, qui cherche dorénavant à lier l’aide aux pays africains au respect des droits des homosexuels en Afrique. Comme on peut le constater, John Atta Mills occupe déjà le terrain du panafricanisme laissé libre au lendemain de la mort de Kadhafi. Même si beaucoup d’Africains appréhendent différemment maintenant la possibilité pour l’Afrique de pouvoir s’unir.

Le rêve des pères-fondateurs

La vision des précurseurs du panafricanisme comme Edward Wilmot Blyden, William Dubois et autres se résumaient dans cette pensée de Marcus Garvey:

«Quand le noir de sa propre initiative se haussera de sa condition inférieure au plus haut archétype humain, il pourra enfin cesser de mendier et de supplier, et exiger une place qu’aucun individu, peuple ou nation ne pourra lui refuser.»

Mais cette vision a évolué de la veille des indépendances à nos jours en faveur des Etats-Unis d’Afrique qui fusionnera l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. Les 6e et 7e conférences panafricaines l’ont confirmé. Le dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser (deuxième président de l’Egypte, après Mohamed Naguib) ayant été le père de ce rapprochement du Maghreb avec la vision initiale du panafricanisme. Son tandem avec Kwame N’Krumah constituait le groupe dit de Casablanca (Ghana, Egypte, Tunisie, Maroc, Libye, Guinée-Conakry, Soudan, Mali et Gouvernement provisoire de la République algérienne, GPRA) tandis que celui d’Houphouët-Boigny (premier président de la Côte d’Ivoire) avec Léopold Sédar Senghor était celui de Monrovia (composé essentiellement de pays francophones).

L’héritage de ces premiers dirigeants de l’Afrique post-coloniale sera repris, bien des années plus tard, par le jeune et sémillant capitaine-président Thomas Sankara du Burkina Faso. Avec son homologue et ami John Jerry Rawlings du Ghana, ils formeront un tandem dès sa prise du pouvoir en 1983. Mais le rêve de Thomas Sankara d’une Afrique unie, fière et debout ne va pas durer. Car il sera assassiné le 15 octobre 1987.

Le réalisme de la nouvelle génération

Aujourd’hui, la jeune génération d’Africains n’a manifestement plus la même vision de l’Afrique et du panafricanisme que leurs aînés. Si certains Africains en infime minorité sont encore habités par le vieux rêve des Etats-Unis d’Afrique, en revanche ils ne voient plus le continent en un grand ensemble Afrique subsaharienne et Maghreb. Est-ce par réalisme ou retour passéiste? C’est une grande question qui mérite réflexion et débat.

A y regarder de près, les Africains du Maghreb ne se sentent pas plus concernés par l’Afrique subsaharienne que l’Europe ou l’Amérique et vice-versa. En ce sens, on peut déjà dire que les Etats-Unis d’Afrique avec un seul président et un seul gouvernement dans un seul ensemble politique resteront un mythe. Quant à la coexistence de deux ensembles distincts, le rêve est encore possible. A condition d’y croire et de le vouloir. Autrement, l’évolution du monde moderne finira par amener un jour, de gré ou de force, ces deux blocs africains politiquement, économiquement et culturellement différents à se convaincre de la nécessité d’évoluer vers ces deux grands ensembles.

Marcus Boni Teiga

 

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

Ses derniers articles: Lettre à mon cousin Barack  A-t-on vraiment voulu tuer Boni Yayi?  Il faut privilégier les Bleus évoluant en France 

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