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Emmerson Mnangagwa, le crocodile aux portes du pouvoir zimbabwéen

Surnommé le "crocodile" pour son caractère impitoyable, Emmerson Mnangagwa a longtemps attendu son heure. A 75 ans, cet ancien bras droit de Robert Mugabe est en passe d'atteindre son but: succéder au maître jusque-là incontesté du Zimbabwe.

La démission du chef de l'Etat, après trente-sept ans d'un règne sans partage, le place en pole position pour accéder aux instances suprêmes.

D'autant qu'il a déjà été choisi dimanche pour remplacer Robert Mugabe à la direction du parti au pouvoir, la Zanu-PF.

Deux semaines plus tôt, pourtant, son avenir semblait compromis. Victime des ambitions politiques de la Première dame, Emmerson Mnangagwa était limogé de la vice-présidence du pays et perdait ainsi son statut de dauphin naturel du chef de l'Etat.

Sa déchéance n'aura duré que quelques jours. Son limogeage a entraîné un coup de force de l'armée, hostile à l'ascension de Grace Mugabe. Lui est resté prudemment loin de la crise, en exil dans un pays inconnu.

Ce qui n'a pas empêché son nom de résonner dans tout Harare au cours des sept derniers jours.

Mercredi matin, Emmerson Mnangagwa est sorti de son silence pour appeler son ancien mentor à "tenir compte" des appels à la démission. Dans son communiqué, il a mis les formes afin de ne pas apparaître comme le cerveau de l'intervention militaire. Comme celui qui aurait tué le père.

Se hisser à la tête du Zimbabwe constituerait un aboutissement pour ce fidèle serviteur du régime, aux rêves de pouvoir longtemps contrariés.

Dès l'indépendance du Zimbabwe en 1980, Robert Mugabe a mis Emmerson Mnangagwa sur orbite en lui confiant d'importants postes ministériels (Défense, Finances...).

En 2004, il est victime une première fois de son ambition. Accusé d'intriguer pour le poste de vice-président, il est retrogradé dans la hiérarchie de la Zanu-PF. Et sa rivale Joice Mujuru remporte la course.

Il n'accède finalement qu'en 2014 à la vice-présidence, lorsque Joice Mujuru est victime d'une campagne de dénigrement orchestrée, déjà, par Grace Mugabe.

- 'Détruire et tuer' -

Né le 15 septembre 1942 dans le district de Zvishavana, dans le sud-ouest d'un Zimbabwe alors britannique, le jeune Emmerson a grandi en Zambie.

Fils d'un militant anticolonialiste, il rejoint en 1966 les rangs de la guérilla indépendantiste contre le pouvoir de la minorité blanche. Arrêté, il échappe à la peine capitale et purge dix ans de prison.

M. Mnangagwa garde de ces années de lutte des liens très étroits avec les militaires du pays.

Le "crocodile" ne verse guère de larmes et n'est connu que pour sa dureté. Il expliquera un jour que ses années de guérilla lui ont appris à "détruire et tuer".

Alors chef de la Sécurité nationale, il dirige en 1983 la brutale répression des forces de l'ordre dans les provinces dissidentes du Matabeleland (ouest) et des Midlands (centre). Son bilan n'a jamais été confirmé, mais elle aurait fait environ 20.000 morts. 

En 2008, il est chargé des élections auprès du président et dirige les fraudes et les violences qui permettent à Robert Mugabe de conserver le pouvoir malgré sa défaite au premier tour.

Son zèle lui vaudra des sanctions américaines et européennes. Mais aussi le poste stratégique de chef du Commandement des opérations de tout l'appareil sécuritaire.

Takavafira Zhou, analyste politique à l'université d'Etat de Masvingo (sud), décrit Emmerson Mnangagwa comme un "jusqu'au-boutiste par essence".

Il serait aussi l'un des hommes les plus riches d'un régime critiqué pour sa corruption, avec des intérêts dans les mines d'or. 

Un câble diplomatique américain datant de 2008, révélé par WikiLeaks, évoquait "un patrimoine extraordinaire", en partie amassé lorsqu'il a aidé le président Laurent Kabila à combattre les rebelles en République démocratique du Congo (RDC).

Après son éviction de la vice-présidence la semaine dernière, il a spectaculairement rompu avec Robert et Grace Mugabe en les accusant de se prendre pour des "demi-dieux" et en dénonçant un président "qui pense être en droit de diriger jusqu'à sa mort".

L'hypothèse de son retour au pouvoir inquiète toutefois ceux qui n'ont pas oublié son passé.

"Personne ne veut d'une transition qui verrait un tyran non élu remplacé par un autre", a résumé la semaine dernière le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson.

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