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Abdelhakim Belhadj le 28 novembre 2011. Reuters/Ismail Zetouni
Abdelhakim Belhadj le 28 novembre 2011. Reuters/Ismail Zetouni

Abdelhakim Belhadj, le nouveau maître de Tripoli

L'islamiste et ancien djihadiste Abdelhakim Belhadj s'impose comme le patron de la capitale libyenne.

Mise à jour du 11 avril 2012: Le MI6, les services de renseignement britanniques, a offert 1 million de livres (1,2 million d'euros) de compensations à Abdelhakim Belhadj pour éviter d'avoir à s'expliquer devant une cour sur le rôle joué par le Royaume-Uni dans la remise en 2004 aux autorités libyennes du dissident islamiste libyen. Les avocats de ce dernier accusent Londres de complicité de torture.

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Abdelhakim Belhadj serait-il le nouvel homme fort de Tripoli? Commandant du conseil militaire de la ville, il s’est donné une mission, plus d’un mois après la mort de l’ex-guide libyen Mouammar Kadhafi: que le calme revienne à Tripoli et que les anciennes milices rebelles déposent enfin leurs armes.

Agé de 45 ans, la barbe courte, vêtu d’un treillis de camouflage, Belhadj se prête facilement à l’exercice de l’interview. Surnommé l’homme de la bataille de Tripoli, dont la plus grande victoire fut de bouter Mouammar Kadhafi hors de son camp retranché de Bab al-Azizia, Abdelhakim Belhadj s’est doté d’un pouvoir considérable en quelques mois. Les politiciens eux-mêmes semblent attendre le feu vert du commandant militaire pour pouvoir enfin siéger dans la capitale. Le commandant promettait dernièrement sur la chaîne Al-Arabiya  qu’un retour au calme était un préalable à la venue du gouvernement provisoire libyen.

 

L'ancien djihadiste demande réparation au gouvernement britannique

Fort de sa position, l’ancien djihadiste, passé par les camps d’entraînement en Afghanistan et les geôles du régime Kadhafi, menace de porter plainte contre le gouvernement britannique qu’il accuse de complicité de détention illégale et d’actes de torture. Il reproche en effet au Foreign Office de l’avoir livré au régime dictatorial libyen. Les services de renseignements britanniques, le MI6 auraient facilité son arrestation à Bangkok en 2004. Les documents qui l’attestent ont été saisis après la chute de Tripoli dans le bureau de Moussa Koussa, l’ancien chef des renseignements libyens, rapporte le quotidien français Le Monde.

Que la Grande-Bretagne ait joué un rôle dans la guerre contre le régime ne pèse pas dans la balance de l’ancien djihadiste. L’islamiste d’hier jouit aujourd’hui d’une posture militaire et politique suffisante pour dénoncer la complicité des chancelleries occidentales avec le régime Kadhafi, au nom de la guerre contre le terrorisme.

Cadre du Groupe islamique combattant en Libye (Jama‘îyya al-islamiyya al-muqatila) dans les années 1990, Abdelhakim Belhadj et des centaines d’islamistes basés à Benghazi, étaient dans la ligne de mire des Britanniques et du régime. «Il n’était pas bon d’être islamiste en Libye à cette époque», confiait Belhadj dans une interview à la chaîne qatarie Al-Jazeera. On parlait alors d’un noyau djihadiste à Benghazi, une ville qui devint le chef lieu de la rébellion libyenne vingt ans plus tard. Pure coïncidence?

Le passé djihadiste de l’actuel homme fort de Libye interpelle. Dans une récente interview donnée en arabe à la chaîne France 24, Abdelhakim Belhadj déclinait comme un bon élève son identité, de sa naissance à Tripoli en 1966 à la chute du régime Kadhafi. Il y relatait par ailleurs son expérience en Afghanistan, sa lutte contre les Soviétiques, aux côtés des Mudjahidins entre 1988 et 1992.

Un proche de Ben Laden?

Concernant ses liens avec la nébuleuse al-Qaida, la réponse de l’actuel chef est sans appel:

«Nous n’avions aucune relation avec le mouvement salafiste et djihadiste al-Qaida.»

Lors de son arrestation en 2004, c’est pourtant son passé de djihadiste qui est mis en cause à la fois par les autorités britanniques et les autorités libyennes.

«Quand j'ai été arrêté, j'ai d'abord été soumis à un traitement barbare, aux mains des agents de la CIA à l'aéroport de Bangkok. Le même traitement a été donné à ma femme, qui était enceinte à l'époque. Plus tard, en Libye, j'ai été soumis à de nombreux types de tortures physiques et mentales», affirmait Abdelhakim Belhadj à la chaîne Al-Jazeera en septembre 2011.

Six ans plus tard, Belhadj est libéré de la prison d’Abou Selim avec une centaine d’islamistes. Et son salut, il le devait alors à… Mouammar Kadhafi. Le fils du guide libyen, Seif Al Islam, annonçait devant les médias d’Etat la libération d’une centaine d’islamistes dans le cadre d’une politique dite libérale. Abdelhakim Belhadj lui-même avait salué la démarche du régime, celle d’un dialogue avec les islamistes.

Belhadj n'a rien oublié

Un an plus tard, le même homme œuvre activement pour la chute de Kadhafi et devient l’islamiste fréquentable aux yeux des Occidentaux. Aujourd’hui, à l’épreuve du pouvoir et des craintes occidentales, l’homme troque parfois son treillis pour un costume trois pièces et polit son verbe, notamment sur la question de l’islam mais sans jamais désavouer l’identité islamique de la Libye. «Au nom de Dieu le très Clément, le Miséricordieux», invoque Belhadj avant chaque interview.

Le caractère musulman de la Libye, Abdelhakim Belhadj ne le cache pas. Il l’affirme même et s’apprête semble-t-il à régler ses comptes avec des chancelleries occidentales qui s’étaient trop longtemps acoquinées avec le régime de Mouammar Kadhafi.

Nadéra Bouazza

Article publié le 23 décembre 2011

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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