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Monopoly money at Christmas, by Howard Lake via Flickr CC
Monopoly money at Christmas, by Howard Lake via Flickr CC

Les tueuses du salaire de décembre à Abidjan

En décembre, le salaire des Ivoiriens est mis à rude épreuve par le voisinage.

Mon salaire me donne un «sale air»

Hommage à Enock, mon ami et poète pour ce titre tiré d'un de ses poèmes. Ceci dit, on revient à nos cabris. Le salaire donne non seulement un sale air, c'est-à-dire énerve mais en plus, nous pompe l'air. Franchement! Parce que c'est à cause de lui que les gens font rang chaque jour devant notre porte pour demander crédit, service et que sais-je encore.

A cause du salaire, tu es obligé de te mettre toujours sur ton 31 pour aller au travail. Quand tes voisins voient ça, ils disent:

«Djo, allons le voir. Il va nous démoisir (nous donner de l'argent), allons le voir il va être parrain de notre association, parrain de notre mariage etc.»

Ainsi de suite, et puis tu te retrouves avec zéro comme un rat d'église, pardon, de mosquée car à l'église au moins, il y a communion! Surtout en ce mois de décembre, mieux vaut ne pas avoir de salaire, si tu ne veux pas fêter dans un sale air.

Décembre ou le retour des tisons

J'ai un ami, dont je tairai volontiers le nom, qui a une drôle de manière de passer le mois de décembre. Quand ce mois arrive, il arrive, se maquille, marche... en un mot se déguise en femme.

On le prenait pour un gay. Mais en réalité, c'était sa technique à lui pour fuir le mauvais temps de ce mois. Ainsi déguisé, on le prend pour une «daille» (une meuf) donc c'est lui qu'on drague et à qui on fait des cadeaux. Comme ça, il est sûr de traverser ce vilain mois avec moins d'égratignures à la poche.

Bref, je vous parlais des tisons. Ce sont celles qui ont mangé votre «marigot» (argent) jusqu'à ce que vous soyez tchasse (fauché), elles se sont barrées. Mais décembre pointe le nez, du coup elles retrouvent leurs esprits et ne font que vous envoyer des SMS et coups de fil:

«Chéri, ça fait longtemps dêh! Tu m'as oubliée, c'est moi Rita, Affoué, Mariam. Est-ce qu'on peut se voir? Je rêve de toi depuis un certain temps.»

Autant de phrases magiques qui ne laissent aucun «bandant» serein. L'autre nuit, j'ai été réveillé par un coup de fil d'une inconnue à 00h45. En temps réel, je t'envoie balader avec des formules du genres:

«Tu n'as donc pas le savoir-vivre? Respecte au moins le repos des autres! Qu'est-ce qui est si urgent pour que tu gâtes sommeil des gens?»

Mais comme je suis un bandant (un chaud lapin), j'ai attrapé mon coeur et j'ai répondu. En espérant qu'elle ne soit pas une fossoyeuse de poche.

Qui que vous soyez, en décembre, vous dépensez, dépensez...

Garçon avare, ça n'existe pas en décembre. Car, qu'il le veuille ou pas, il va dépenser. S'il refuse quelque chose à Adjoua, c'est parce qu'il a tout réservé pour Djénéba. Même ceux qui chassent toutes les «go» (femmes) en décembre mentent; ils dépensent quand- même. Le cadeau des enfants, des neveux, cousin...et les poulets des différentes belles-familles sont obligatoires. Où est donc son avarice?

Pour fuir les ennuis de décembre, mon pote a une technique très originale. Il donne tout son blé à sa femme et lui soumet ensuite ses problèmes de décembre. Bien sûr, ses problèmes dépassent toujours la somme qu'il a remise à sa femme! Mais parce qu'il a eu confiance en elle au point de lui remettre tout son salaire, elle-même grouille et complète ce que monsieur lui a remis.

A la fin, au lieu de  son salaire de 150 mille francs CFA (228 euros), notre homme se retrouve avec 200 (304 euros) ou 250 mille francs CFA (381 euros) en décembre. Génial non! Mais attention, ça ne marche pas avec toutes les femmes dêh!

En décembre, elles sont toutes souriantes

Il y a peu, j'étais à Adjamé 220 logements. Chemin faisant, je vois une go métisse, sexy comme ce n'est pas permis. Dans ma culotte, comme d'habitude, quelque chose s'est dressée. Mais timide comme je suis, je n'ai pu lui adresser la parole, même si j'en avais une grande envie. Et comme le regard est comme un pistolet qui fusille, elle a tout de suite compris que le gentleman voulait lui parler. Elle s'est alors mise à marcher rapidement pour atteindre mon niveau. Puisqu'elle était derrière moi et que je me retournais à chaque fois pour la déshabiller, pardon, dévorer du regard.

Je n'ai pas pu lui dire un mot. Bien qu'une fois à mon niveau, elle m'envoya des signaux à travers un sourire qui m'était directement adressé.

Au quartier, quand j'ai expliqué ça à mes gars, ils m'ont dit que c'est Dieu qui m'a fermé la bouche afin que mon salaire de décembre ne meure pas prématurément. Sinon on le sait, à tous les coups, il va mourir. Car avec ces sourires assassins de salaire, nul n'y échappe.

Sacré Abel (Gbich)

 

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Sacré Abel

Journaliste à Gbich, magazine satirique ivoirien.

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