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4103.jpg jewish cemetery (Fès), by imolcho via Flickr CC
4103.jpg jewish cemetery (Fès), by imolcho via Flickr CC

L'étrange ascension du maire de Fès

Le maire de Fès, membre du parti conservateur et ultranationaliste de l’Istiqlal, se réfère aux Protocoles des Sages de Sion pour expliquer les révolutions arabes. Il a été élu le 23 septembre à la tête de l'Istiqlal.

Mise à jour du 24 septembre 2012: Le député-maire de Fès, Hamid Chabat, a été élu le 23 septembre 2012 nouveau chef de l'Istiqlal, un des plus vieux partis du Maroc et deuxième force au sein de l'actuelle coalition gouvernementale, au terme d'un scrutin interne inédit.

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L’affaire fait déjà scandale: Hamid Chabat, maire de Fès et député influent de l’Istiqlal (Indépendance, en arabe), le parti conservateur et ultranationaliste vainqueur des dernières législatives de 2007 (et dont le premier ministre Abbas El Fassi est le secrétaire général) a doctement expliqué lors d’une conférence donnée à ses militants que les révolutions arabes sont inscrites dans l’agenda des Protocoles des Sages de Sion, le très célèbre faux diffusé au début du siècle sous la Russie tsariste et se présentant comme un plan de conquête du monde par les Juifs et la franc-maçonnerie.

La thèse du complot sioniste mondial 

«Auparavant, le colonialisme et le protectorat assuraient leur suprématie grâce à la force militaire et à l’invasion. Aujourd’hui, c’est avec les idées, Facebook et le progrès scientifique. Et cela est expliqué dans un livre que connaissent bien les chercheurs, je vais vous en lire quelques extraits, il s’agit des Protocoles des Sages de Sion», martèle ce polémiste professionnel.

Chabat ajoute que les «jeunes révolutionnaires arabes ont été manipulés par des éléments étrangers qui haïssent nos valeurs et notre société (…), d’ailleurs, s’il s’agissait de réelles révolutions, les jeunes se devaient de prendre leurs responsabilités. Or, ceux qui ont pris le pouvoir (en Tunisie et en Egypte) sont âgés d’au moins 70 ans et sont issus de la nomenklatura, ce qui confirme les prédictions des Protocoles des Sages de Sion: lorsque les événements arrivent à un seuil déterminé, les sionistes, sur instructions de leur organisation mondiale, désignent ceux qui doivent nous gouverner».

Un discours raciste, antisémite, qui fait écho à celui de Kadhafi qui attribue la responsabilité de la révolution libyenne en cours à Oussama Ben Laden, qui téléguiderait des cellules dormantes et une jeunesse droguée.

Ce thème de «l’ennemi extérieur» fait malheureusement florès au Maroc. Il est même relayé par les médias officiels qui encouragent le repli identitaire. Lorsque le pouvoir est critiqué, on accuse pêle-mêle l’Espagne, l’Algérie, le Polisario d’être en embuscade, voire même les services de renseignement occidentaux et israéliens qui soutiendraient journalistes, bloggeurs, activistes et révolutionnaires en herbe décidés à miner la stabilité du royaume.

Une honte absolue pour un maître de l’esbroufe

«Une honte absolue. Cet homme est le maire de Fès. Cette ville qui a tant apporté à la civilisation humaine, qui abrite la plus ancienne université du monde et le manuscrit d'Al Muqaddima d'Ibn Khaldoun. Chabat est le produit de ce système bête et méchant Makhzano-istiqlalien. Non, on ne mérite pas ça!», réagit le journaliste Aboubakr Jamaï sur sa page Facebook.

Une énième manœuvre médiatique et politicienne de la part de ce maître de l’esbroufe, qui chasse sur les terres des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) et avec lesquels il croise souvent le fer?

Hamid Chabat n’en est pas à sa première sortie de route. Volontiers gouailleur, le patron de l’Union générale des travailleurs marocains (UGTM) ne craint pas de choquer. Il avait, le 17 février dernier, mis à l’ordre du jour du conseil communal de la ville de Fès une mesure de fermeture des débits de boissons alcoolisées.

«Plus de 10.000 citoyens m’ont interpellé sur le problème des boîtes de nuit», s’était-il exclamé.

Provocateur, comme à son habitude, il a rappelé à ses détracteurs que «celui qui veut boire n’a qu’à le faire ailleurs. Fès est la capitale spirituelle du royaume et doit être à l’image des lieux saints de l’islam comme La Mecque et Al-Qods». Depuis, il est parvenu à s’attirer la sympathie des islamistes, ses ennemis jurés d’hier. Ces derniers font bloc derrière lui.

Sur le thème populiste de l’alcool, bien sûr, mais aussi en raison de ses diatribes récurrentes contre ce qu’il considère comme «l’acculturation de notre jeunesse et son asservissement par l’Occident» lorsqu’il stigmatisera notamment le Mouvement MALI qui défend les libertés individuelles contre l’intolérance et l’inquisition socio-religieuse.

Il veut aussi en finir avec les cafés servant le narguilé, des «lieux de débauche», comme il aime à le répéter. En 2009, il avait accusé l’icône de la gauche Mehdi Ben Barka, disparu à Paris en 1965, d’avoir commandité l’assassinat de militants nationalistes, ce qui lui avait valu un procès en diffamation.

«Où étaient ces gens qui m’accusent lorsqu’il y a eu les caricatures du Prophète, alors qu’ils n’ont pas réagi quand des journaux les ont publiées?
Pourquoi n’ont-ils pas porté plainte? On dénonce bien ce qu’ont fait Hitler ou Mussolini
. Et leurs familles ne portent pas plainte pour autant. Pourquoi pas Ben Barka?», répliquera-t-il.

Il s’en est aussi pris aux magistrats de la Cour des comptes qui enquêtaient sur les finances de sa mairie, qu’il avait qualifiés de «terroristes».

Chabat, incorrigible provocateur? «Pas du tout, répondait-il récemment à Jeune Afrique, dans un éclat de rire. J’ai seulement le courage de créer du débat !»

Ali Amar

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Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

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