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Au Niger et au Tchad, la France veut repérer les réfugiés déterminés

Aller chercher des réfugiés au Niger et au Tchad pour éviter qu'ils ne meurent en mer: c'est le pari de l'opération de réinstallation lancée par la France, avec un "critère migratoire" inédit pour les 3.000 personnes attendues.

"La nouveauté de ces opérations est qu'il s'agit de prendre en charge des personnes relevant du droit d'asile en Afrique, mais aussi qui ont vocation à se lancer dans la traversée vers l'Europe", explique à l'AFP Pascal Brice, le directeur général de l'Ofpra à l'issue d'une mission d'identification au Niger.

En clair, il s'agit de repérer, parmi les réfugiés déjà sélectionnés par le HCR, les personnes qui tenteront de toute façon le voyage.

A Niamey, où l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) a examiné les dossiers de 72 personnes, cette détermination à partir revient régulièrement dans le récit des réfugiés.

"En 2015, on s'est dit: soit on part tous, soit on meurt tous ensemble", explique Gebere (les prénoms ont été changés), une Erythréenne de 30 ans qui était jusqu'à l'automne réfugiée en Libye. 

"Le montant était exorbitant et on n'était pas capables de payer tout de suite", ajoute-t-elle. Mais elle l'assure: "s'il n'y avait pas eu le HCR" (Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies), "on serait partis".

Même raisonnement chez Mahmoud, un de ses compatriotes âgé de 44 ans: "on a économisé, j'avais très peur pour mes quatre enfants". Pour qu'il renonce toutefois, il a fallu que le HCR lui parle de ce programme de réinstallation de réfugiés.

Il ne s'agit pas, pour la France, d'aller ouvrir son propre guichet à Agadez, mais d'entendre des réfugiés sur des listes fermées, pré-établies par le HCR.

Introduire un "critère migratoire" dans ce processus est une nouveauté. Emmanuel Macron avait posé les bases du projet fin août, lors du mini-sommet entre Européens et Africains qui avait acté le principe des missions au Tchad/Niger.

"Cela permettra d'éviter à des femmes et des hommes de prendre des risques inconsidérés dans une zone extrêmement dangereuse puis en Méditerranée", avait-il dit.

- "Lien avec la migration" -

Les annexes à la déclaration précisaient le propos, évoquant un "lien avec la migration vers l'Europe" dans les critères envisageables, à côté de la "pertinence du dossier au regard du droit d'asile".

Mais comment apprécier a priori cette probabilité de migrer?

"Quand on voit des hommes jeunes avec une formation, ou des gens sans perpective de retour dans leur pays, d'autres qui ont de la famille en Europe, on peut penser qu'ils seront tentés de traverser", explique M. Brice.

Pour cette opération de réinstallation, un critère de vulnérabilité pourra également être pris en compte, assure-t-il. Mais il faut aussi que les personnes concernées nourrissent bien ce projet de gagner l'Europe.

Plus largement, les associations s'inquiètent d'un risque d'"externalisation de l'asile" avec ces missions menées depuis le sol africain. Quid de ceux qui se présentent aux frontières pour demander l'asile? 

"Ce type d'opération n'est pas exclusif du respect absolu du droit d'asile pour ceux qui arrivent en France", assure M. Brice.

Du côté du HCR, la responsable à Niamey, Alessandra Morelli, rappelle qu'"au Niger on a besoin de réinstallation mais aussi de beaucoup de choses" comme l'assistance, la coopération...

Autre nouveauté, inaugurée avec ce programme, mais en France cette fois: l'ouverture de "sas d'hébergement" en structure collective, où les réfugiés réinstallés resteront "de trois à quatre mois" avant d'être orientés vers des logements classiques, indique-t-on à la DGEF (Direction générale des étrangers en France).

Il s'agit de "leur donner un certain nombre de clés sur la vie en France", avec un accompagnement par des travailleurs sociaux pour la langue, l'accès aux droits... 

Ce type d'hébergement transitoire avait déjà été expérimenté pour les réfugiés syriens que la France était allée chercher en Allemagne, en septembre 2015. Nécessaire pour faciliter l'insertion, il suppose de trouver assez de structures adaptées, et le dispositif est en cours d'élaboration.

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