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RDC - De nouvelles violences post-électorales meurtrières sont à craindre

Vingt quatre personnes ont été tuées par les Forces de sécurité de la République démocratique du Congo (RDC) depuis que le président Joseph Kabila a été réélu après le scrutin du 28 novembre selon l'ONG Human Rights Watch. Des victimes tuées entre le 9 décembre —jour de l'annonce officelle de la victoire de Kabila— et le 14 décembre, dont vingt à Kinshasa, deux dans le Nord-Kivu et deux dans la province du Kasaï Occidental, a affirmé l'ONG le 21 décembre.

Une dizaine de personnes seraient également placées en détention au motif de «désordre public, vol, incendie volontaire et incitation à la désobéissance civile». Human Rights Watch précise que la plupart sont détenus arbitrairement, sans chef d'accusation.

Depuis l'annonce des résultats provisoires de la présidentielle, «les forces de sécurité ont tiré sur des petites foules, apparemment pour empêcher la tenue de manifestations contre le résultat de l'élection» a déclaré Anneke Van Woudenberg, spécialiste de l'Afrique pour Human Rights Watch.

L'ONG tire ses informations d'enquêtes sur le terrain, de rapports de militants locaux des droits de l'homme et de témoins. Selon le rapport, les forces de sécurité semblent avoir voulu cacher la mort des victimes en retirant rapidement les corps.

«Le gouvernement aurait donné l'instruction aux hôpitaux et aux morgues de ne pas fournir d'informations concernant le nombre de morts ni de détails sur les individus blessés par balles aux membres de leurs familles, aux groupes de défense des droits humains ou au personnel des Nations Unies, entre autres», affirme le rapport.

Parmi les victimes, on compte une jeune femme de 21 ans et sa nièce de 8 ans à Kinshasa. Human Rights Watch a repertorié plusieurs incidents dans la capitale congolaise, parmi lesquels un groupe de jeunes qui auraient jeté des pierres sur un prêtre. Ce dernier aurait succombé par la suite à ses blessures. Radio Okapi rapporte de son côté que des femmes congolaises issues de l'opposition ont accusé la police de les avoir «brutalisé» et «molesté».

«Ces pratiques sanglantes décrédibilisent encore plus le processus électoral et laissent l'impression que le gouvernement fera n'importe quoi pour rester au pouvoir», selon Anneke Van Woudenberge, spécialiste de l'Afrique pour HRW.

Le 16 décembre, la Cour suprême de justice a confirmé la victoire de Joseph Kabila, président sortant, qui a remporté l'élection avec 48,95% des suffrages, contre 32,33% pour l'opposant Etienne Tshisekedi, arrivé second. La cérémonie d'investiture de Joseph Kabila a eu lieu mardi 20 décembre à Kinshasa. Etienne Tshisekedi, après s'être déclaré «président élu», a affirmé qu'il prêterait serment le 23 décembre au stade des Martyrs à Kinshasa. Un défi à Kabila qui fait craindre de graves tensions dans la capitale congolaise.

Lu sur Human Rights Watch, Radio Okapi, Le Monde

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