Papa Noël otage en Afrique

Décompte de Noël après une année 2011 tourmentée. Rallye mouvementé pour le Père Noël. Texte et dessin inédits de Damien Glez.

À la fin du mois d’octobre, le Père Noël se réveilla de sa longue hibernation annuelle. Au moment où il dégourdissait ses membres, il apprit que la planète Terre comptait désormais sept milliards d’humains. Sept milliards de cadeaux à livrer! Devant la tâche herculéenne qui l’attendait, Papa Noël décida de commencer sa tournée plus tôt que les autres années. Il entreprit de prendre de l’avance sur son périple, en commençant par le continent où les urgences se faisaient le plus sentir. Cap sur l’Afrique!

Ses lutins -en fait, des enfants béninois qui avaient accepté de travailler moins cher que des farfadets- aidèrent le vieil homme à placer toutes les offrandes dans sa hotte et sur le traîneau: poches urinaires pour présidents octogénaires, niqab pour madame Marzouki ou écharpe présidentielle contrefaite pour Tshisekedi. Et bien, sûr, les cadeaux traditionnellement concédés à l’Afrique: baladeurs à cassettes analogiques, ordinateurs à système MS-Dos, films “VHS” de Chuck Norris sous-titrés en persan, jouets jugés dangereux en Europe, friperie démodée, lait à la mélamine et autres arbres à came “France au revoir” pourtant made in Nigeria. Le plus dur n’était pas de trouver les cadeaux pour les Africains, mais de trouver, en Afrique, les cheminées par où les déposer. Et même si un filao fait parfois office de sapin de Noël, les enfants n’ont pas toujours de chaussures fermées à y déposer au cours de la nuit de la Nativité. Qu’importe…

Comme le continent noir, lui aussi, est traditionnellement fournisseur de cadeaux, le Père Noël savait qu’avant le 24 décembre, il ne rentrerait pas à vide. D’ailleurs, il partait avec une longue liste de requêtes de jeunes enfants résidant au Nord. Ainsi, les petits Laurent G., Charles T. et Jean-Pierre B. lui avait écrit d’un internat de La Haye pour lui demander un petit Omar el-B., afin de pouvoir envisager un tournoi de belote. Le petit Claude G., de France, souhaitait quelques ingénieurs thermonucléaires africains pour remplacer d’anciens cadeaux de Noël de l’époque giscardienne: les balayeurs sans qualification qui mangent le pain des Français. Depuis Hollywood, les petits Brad P. et Angelina J. avaient demandé une nouvelle poupée éthiopienne. Papa Noël savait, par ailleurs, que l’uranium nigérien, le pétrole angolais, les mallettes gabonaises ou les djembés burkinabè feraient toujours des heureux. Le traîneau est toujours aussi plein à l’aller qu’au retour. Surtout certaines années où des passagers clandestins se dissimulent dans la hotte…

En deux temps trois mouvements, on fit lustrer le poil des six rennes du traîneau. Le Père Noël décolla de la Laponie et fendit l’air, évitant soigneusement la tempête Joachim qui balayait l’Europe. Rapidement, il aperçut la Méditerranée. Soudain, alors qu’il planait à la verticale de la ville espagnole nord-ouest-africaine de Ceuta, il fut intercepté par un hélicoptère du Système intégré de surveillance extérieure qui inspectait les eaux entre le Maroc et la péninsule ibérique.

Gardé au frais, Papa Noël endura trois jours d’interrogatoire dans un centre de rétention. Lorsque la police des frontières constata qu’il n’était pas roumain, elle en déduisit qu’il était africain. Après lui avoir fait payer quelques taxes douanières pour marchandise d’exportation non déclarée, ils expulsèrent donc le traîneau en Libye. Entre temps, hélas, deux rennes avaient entendu une interview de Claude Guéant qui évoquait que «le nombre d'étrangers que la France accueille chaque année» était «l'équivalent d'une ville comme Rennes». Persuadés que Rennes devait être le paradis des animaux du même nom, deux des cervidés échappèrent à la vigilance des gardes-chiourmes espagnols. L’un serait actuellement en captivité au château Parc zoologique de loisirs de la Bourbansais. La tête de l’autre, braconnée par un taxidermiste, servirait de portemanteaux dans un cottage cosy de Normandie, tandis que sa fourrure grisâtre ornerait un manteau de Liliane Bettencourt.

Papa Noël, un membre déguisé de la famille Kadhafi?

C’est donc avec quatre rennes que le Père Noël se retrouva à Tripoli. On le prit d’abord pour un membre déguisé de la famille Kadhafi. On tira sa barbe pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’un postiche, puis on en mesura la longueur. Celle dernière fut jugé honorable, au regard des normes de la charia.

On laissa donc repartir le vieil homme, à la condition qu’il ne fasse plus, du Maroc d’Abdelilah Benkirane à l’Egypte des Frères musulmans, la promotion de cette fête de la Nativité à forts relents chrétiens; et à la condition qu’il laisse en souvenir l’un des quatre dromadaires sans bosse qui tiraient son traîneau. C’est tellement plus confortable pour les parties intimes…

C’est donc avec trois rennes que Petit papa Noël commença son survol du Sahara. Soudain, un missile Sa-7, lui-même directement arrivé de Libye, cloua au sol le traîneau, blessant gravement un renne. Le père Noël devint otage d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Les autorités européennes, trop préoccupées par la crise de l’euro, prirent la demande de rançon pour un canular. Dépités, les terroristes d’AQMI expulsèrent, vers le Sud, le traîneau, son conducteur et ses deux derniers rennes valides. Non sans avoir volé les poches urinaires pour s’en faire des gourdes.

Après avoir laissé un autre renne en bakchich à des membres de la secte Boko Haram, au Nigeria, le Père Noël dut tirer lui-même son traîneau, le dernier animal, épuisé, devant se reposer dans le “cockpit”. Ce n’était pas si lourd, puisque tous les cadeaux avaient été pillés. Ils arrivèrent dans la Corne de l’Afrique. N’ayant plus rien à offrir aux enfants affamés, le Père Noël accepta que le dernier renne soit sacrifié en méchoui de Noël, fourré au sabaayad. Pendant que des Shebabs désossaient le traîneau pour y récupérer des pièces pour leurs pick-ups, le propriétaire fila à l’anglaise (c’est-à-dire sans racheter la dette grecque) sur une embarcation qui devait rallier la Laponie. La coquille de noix fut hélas arraisonnée par des pirates qui dépecèrent le manteau écarlate du Père Noël pour s’en faire des amulettes. En caleçon rouge, Papa Noël rejoignit la rive à la nage, non sans avoir heurté la dépouille d’Oussama Ben Laden qui, fermentée, avait fini par remonter à la surface et dérivait vers les côtes africaines.

Le jour du réveillon, Le Père Noël put –enfin!- prendre un avion qui –hélas!- fut retardé de 48 heures, en plein transit, suite à une nouvelle grève des agents de sécurité dans un aéroport parisien…

C’est après avoir manqué la date de la Nativité que, découragé, le Père Noël perdit la foi. Il finit par ne plus croire à la légende de Santa Claus. Souffrant aujourd’hui du syndrome d'Asperger, il est devenu sosie de lui-même dans un supermarché de Brønnøysund…

Damien Glez

Retrouvez tous ses Coupé-Décalé 

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1 réaction
Trop bien !
Soumis par patricemeyer, le 24/12/2011 à 08h49

Merci beaucoup pour cette belle (et triste) histoire.

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mise à jour 23/12/2011, 1 réaction (réagir)

 
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