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Laurent Gbagbo devant la CPI le 5 décembre 2011. REUTERS / Peter Dejong
Laurent Gbagbo devant la CPI le 5 décembre 2011. REUTERS / Peter Dejong

Absence de repentance: nouveau crime contre l’humanité?

Selon les autorités ivoiriennes, l'ex-président Laurent Gbagbo est jugé à la Cour Pénale Internationale en raison de son «absence de repentance». Est-ce un vraiment motif légitime?

Après le choc du transfèrement du président Gbagbo à la CPI pour ses partisans, et la surprise suscitée par la rapidité de l’acte par ses adversaires politiques, l’ensemble de la population ivoirienne ainsi que la communauté internationale attendaient avec impatience, la déclaration officielle du gouvernement. A la surprise générale, le communiqué lu par le Premier ministre Soro Guillaume a précisé entre autres, que le transfèrement de l’ex-chef d’Etat ivoirien est dû «à l’absence de repentance et le manque d’humilité du FPI», le parti de Gbagbo. Comment interpréter alors cette stratégie de communication gouvernementale inattendue et surprenante au regard des enjeux judiciaires et politiques que représente cet acte? L’absence de repentance et le manque d’humilité d’un parti politique peuvent-ils être désormais considérés comme de nouveaux crimes contre l’humanité?

Manque d’humilité du parti de Gbagbo

Sur le plan judiciaire, ce communiqué de Soro pose de fait la question de la juridicité de «l’absence de repentance et du manque d’humilité du FPI» qui seraient à l’origine de ce transfèrement. On s’attendait à ce que ce communiqué indique l’engagement de la responsabilité pénale individuelle de Gbagbo en tant que «coauteur indirect» (selon le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo) de crimes contre l’humanité. Or, dans un exercice de communication politique étonnant, le gouvernement a préféré donner une importance capitale à «l’absence de repentance et le manque d’humilité du FPI qui ont conduit selon Soro, Gbagbo à la CPI».

Autrement dit, la dimension politique de ce transfèrement a pris le dessus sur l’aspect judiciaire et juridique, relégué au second plan. En analysant le contenu de ce communiqué, on peut comprendre que ce transfèrement aurait pu être évité, si le FPI avait fait preuve de «repentance et d’humilité». Dans ce cas, qu’auraient fait la CPI et l’Etat Ivoirien des crimes contre l’humanité: «meurtres, viols et autres violences sexuelles, actes de persécution et autres actes inhumains» qui menaçaient Gbagbo, depuis sa chute du pouvoir? Selon des juristes ivoiriens et le procureur de la CPI, «d’un point de vue hiérarchique, Gbagbo porte une responsabilité éminente dans les violences qui ont suivi la présidentielle de novembre 2010 en Côte-d’Ivoire». Selon eux, «celles-ci ont éclaté à la suite de son refus de reconnaître sa défaite».

«En tant que président, il assume tous les actes commis par ses subordonnés», note Florent Geel, directeur Afrique à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Avec tous ces éléments juridiques probants qu’attendaient les victimes et parents de victimes de cette crise postélectorale, pourquoi le gouvernement a-t-il décidé de mettre l’accent sur cette stratégie de communication trouble et interrogative?

Contexte politique très mouvant

Peut être que la réponse du choix de cette stratégie de communication trouve son sens dans le contexte politique actuel très mouvant. Si c’est le cas, on peut alors penser que la logique politique a primé sur les considérations judiciaires comme semble traduire ce communiqué gouvernemental. En tant que victime, comment peut-on recevoir et interpréter ce type de communication politique? Toujours selon ce communiqué, les nombreux efforts déployés vis-à-vis du FPI par le Président Ouattara dans le cadre de la réconciliation nationale n’ont pas eu les résultats escomptés. De ce fait, ce parti devient le responsable du transfèrement de Gbagbo. Comment peut-on reprocher au FPI qui est dans l’opposition de refuser son entrée au gouvernement et de tout faire pour mettre en échec ce nouveau pouvoir, dans une démocratie?

Après la surprise de ce communiqué gouvernemental, les victimes et parents de victimes doivent être finalement soulagés par «cette absence de repentance et manque d’humilité du FPI». Le pire a peut-être donc été évité. Une repentance et une humilité du FPI auraient pu peut-être changer le cours de l’Histoire politico-judiciaire en Côte d’Ivoire. L’ex-président aurait donc pu éviter son transfèrement en dépit de toutes ces accusations de crimes contre l’humanité? Mais peut-être qu’en tant qu’historien et habile politicien, il espère faire de ce transfèrement qui souffre déjà de vices de procédures, un acte politique historique majeur et rentrer peut-être dans l’histoire de ce pays, d’une manière ou d’une autre.

Macaire Dagry

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Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

Ses derniers articles: Les Ivoiriens ont déjà les yeux rivés sur la présidentielle de 2015  La France ne peut plus faire l'impasse sur son passé esclavagiste  Les jeunes ivoiriens, prisonniers du désespoir et de la violence 

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