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Opération Sangaris en Centrafrique: un goût d'inachevé

La mission militaire française Sangaris, déployée en Centrafrique en 2014 et qui s'est retirée il y a un an, laisse à beaucoup un sentiment de vide et d'inachevé dans un pays de nouveau en proie aux exactions des bandes armées.

Le 31 octobre 2016, Jean Yves Le Drian, alors ministre français de la Défense, avait estimé à l'annonce du retrait de Sangaris que l'opération avait rempli ses trois missions : "mettre fin au chaos, accompagner la montée en puissance des forces internationales et permettre la tenue d'élections démocratiques".

Mais, au premier anniversaire du départ des forces françaises, la violence a repris le dessus. L'Etat n'a de prise que sur deux des seize provinces: plusieurs d'entre elles (nord-ouest, sud-est, centre) ont ces derniers mois été le théâtre de massacres et d'affrontements meurtriers entre groupes armés qui ont tué des centaines de civils.

"On a dit que Sangaris avait fait le travail, ce n'est pas vrai", estime aujourd'hui un diplomate à Bangui. Si Sangaris a permis un retour au calme à Bangui et un vrai recul des groupes armés, les violences ont en effet repris très vite en province après son départ.

Certes, une mission de l'ONU (Minusca, 12.500 hommes) a bien été déployée dès 2014 mais son action est fortement critiquée par la population, qui l'accuse de passivité, de complaisance avec certains groupes, et d'abus sexuels.

En visite en Centrafrique, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a admis une "capacité limitée (de la Minusca) face à la dimension énorme du territoire" et demandé un renforcement de 900 soldats à l'occasion du prochain renouvellement de son mandat, mi-novembre.

"Sangaris avait une option appropriée. Là où elle était présente, les belligérants n'osaient plus agir", analyse Jean-Serge Bokassa, à l'époque ministre de l'Intérieur et aujourd'hui en charge de l'administration du territoire.

"Avec les Français, ça allait mieux et plus vite que les Casques bleus. Pourquoi ils ne veulent pas revenir aujourd'hui?", demande Thierry, un Centrafricain d'une vingtaine d'années.

- Bourbier -

Engagée sur plusieurs fronts, notamment Barkhane au Sahel, la France ne veut pas "repartir dans un bourbier", selon un diplomate français.

"Il y a une peur à Paris d'un Sangaris II", explique la même source à l'AFP, poursuivant: "si ça explose de nouveau, on va être obligés de prendre position".

Autre raison de la non-volonté d'un retour: la mise en cause d'éléments de Sangaris dans des scandales d'abus sexuels, qui ont ébranlé l'armée française.Ces accusations ont abouti à un procès en France, et, en mars, à une demande de non-lieu du parquet de Paris. 

Malgré la fin de Sangaris - baptisée du nom d'un petit papillon rouge local -, au cours de laquelle trois soldats français ont perdu la vie, la France reste présente en Centrafrique avec 50 militaires formateurs de l'EUTM-RCA, une mission de formation de l'armée centrafricaine (Faca) mise en place par l'Union européenne. En mai. Des drones tactiques français ont aussi été détachés en Centrafrique.

Et le gouvernement centrafricain demande depuis de nombreux mois la levée de l'embargo sur les armes imposé par l'ONU en 2013, en vue d'un prochain redéploiement et réarmement des Faca en province.

De passage à Paris fin septembre, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a exprimé sa "reconnaissance" envers la France: sans Sangaris, "la situation aurait pu dégénérer en une tragédie irréparable", a-t-il assuré.

Aussi, face aux difficultés des forces onusiennes, beaucoup de Centrafricains ont confié à l'AFP qu'un retour militaire de la France en Centrafrique était, pour eux, une vraie option de sortie de crise.

"Aujourd'hui, il faut la restauration de l'ordre. Et comment faire pour restaurer l'autorité si la justice est privée de son bras armé?", plaide M. Bokassa.

AFP

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