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La maltraitance des malades mentaux sud-africains au coeur d'un scandale

Comment ? Comment, dans la riche Afrique du Sud, plus d'une centaine de patients atteints de troubles mentaux ont-ils pu mourir en l'espace de quelques mois dans des centres d'accueil privés, faute de soins, de médicaments et même de nourriture ?

Depuis maintenant trois semaines, la justice tente de répondre à cette question lancinante en éclairant les ressorts de ce scandale d'un autre temps, qu'un avocat a qualifié de "plus grave violation des droits de l'Homme depuis l'aube de notre démocratie".

Chaque jour, les familles des 141 victimes recensées à cette heure déversent devant une commission d'indemnisation les détails accablants des mauvais traitements infligés à leurs proches, jusqu'à ce que mort s'ensuive. 

Au fil des auditions, leurs récits ont pris les allures d'une longue plongée dans l'horreur.

"Ma mère a été affamée et déshydratée jusqu'à la mort", a raconté sa fille, Boitumelo Mangena. "Un animal n'aurait pas été traité comme ça", a lâché la soeur d'une victime, Sandra de Villiers. "Ils ont tué mon fils", a résumé un père, Christian Ngqondwana.

Les mots de ces parents ou proches sont à l'aune de leur désarroi et de leurs souffrances. Terribles et souvent insupportables. A la mesure du choc provoqué par l'affaire.

Elle éclate en février. Saisie par des familles, une commission révèle dans un rapport officiel qu'une centaine de malades de l'hôpital psychiatrique privé Life Esidimeni à Johannesburg sont morts après leur transfèrement vers 27 centres de soins "mal préparés" et "sans autorisation" tenus par des ONG.

Au total, plus de 1.700 patients ont été déplacés en quelques jours, sur ordre du département de la Santé de la province du Gauteng, officiellement pour faire des économies.

- 'Du bétail' -

Leur sort a été résumé par une avocate des familles de victimes à l'ouverture des auditions de la commission d'indemnisation.

"Une histoire navrante d'absence de soins, de nourriture mauvaise voire insuffisante, d'exposition au froid, de manque de médicaments, de surpopulation, de maltraitance, de mort, de retards dans l'annonce des décès, de corps empilés les uns sur les autres à la morgue...", a dit Adila Hassim.

Un pasteur, Joseph Maboe, a raconté comment il avait été le témoin fortuit du déplacement des malades, un jour qu'il venait rendre visite à son fils épileptique Billy à l'hôpital Life Esidimeni.

"J'ai vu deux camions remplis, les pauvres étaient sortis de leurs chambres par des infirmières, ils étaient totalement désemparés (...), on aurait dit du bétail à une vente aux enchères..."

Les malades sont répartis au hasard dans des institutions inadaptées, sans moyens, sans personnels qualifiés. Livrés à eux-mêmes, loin du regard de leur famille, que l'administration n'a de toute façon pas pris la peine d'informer.    

Lorsque, parfois après plusieurs semaines, leurs proches retrouvent leur trace, ils sont effarés. "La première fois que j'ai revu Billy, j'ai eu le choc de ma vie", s'est souvenu M. Maboe. "Il avait l'air frêle, il était sale, affamé, désorienté, il puait..."

Leurs familles sont persuadées que la maltraitance a tué leurs proches. "Tous ces gens ont été envoyés à la mort", a estimé Boitumelo Mangena.

- 'Erreurs' -

Face à ces accusations, les autorités provinciales et des ONG se sont toutes platement excusées.

L'opération de transfèrement "était irrationnelle, précipitée", a avoué, en pleurs, un responsable du département provincial de la Santé, Levy Mosenogi. 

"Nous savions que nous ne rendions pas justice à nos patients, mais c'était les instructions", s'est défendue la responsable d'une des ONG, Daphney Ndhlovu.

Ces explications n'ont pas satisfait les familles, qui réclament un procès pénal et accusent les autorités locales et le gouvernement sud-africain, dirigés par le Congrès national africain (ANC) de feu Nelson Mandela.

"Le gouvernement m'a fait beaucoup de mal (...), je ne lui pardonnerai pas tant que justice ne sera pas faite", a dit la soeur d'un patient, Ntombifuthi Dladla. "Vos excuses ne suffiront pas", a renchéri un autre parent, Lesiba Legwabe, "nous avons élu un gouvernement pour nous diriger, pas pour nous tuer".

L'opposition a fait de cette affaire une tragique illustration de l'incompétence et de la corruption de l'ANC.

"Elle montre que beaucoup de nos responsables sont incompétents et sans conscience, prêts à obéir aux ordres même s'ils violent l'éthique", a regretté auprès de l'AFP un élu local de l'Alliance démocratique (DA), Jack Bloom. 

Après ces témoignages, tous les regards se tournent désormais vers l'ancienne "ministre" provinciale de la Santé, Qedani Mahlangu. Présentée par ses subalternes comme la responsable de toute l'opération, elle a démissionné après le scandale et étudie désormais en Grande-Bretagne.

Elle a promis de venir témoigner. Plus tard.

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