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Kenya: Kisumu, en première ligne de la résistance

Avec de simples cailloux, des blocs de béton, des arbres ou des fils électriques tendus, les partisans de l'opposition ont quadrillé de barricades jeudi la bouillante ville de Kisumu, le jour où les Kényans étaient appelés aux urnes pour élire de nouveau leur président.

"On ne veut pas que les bulletins de vote et les urnes soient distribués dans les bureaux de vote", explique George Musundu, 24 ans, non loin de l'aéroport de la troisième ville du pays, située sur les rives du lac Victoria, dans l'ouest.

"Donne-nous de l'argent et on vous laisse passer", hurle un peu plus loin un autre "gardien" de barricade, béret sur la tête, dans l'est de la ville.

Car les esprits se sont vite échauffés dans ce bastion de l'opposant Raila Odinga, qui boycottait le scrutin. Les groupes de manifestants défiant la police se sont multipliés. Face aux pierres lancées par des partisans de M. Odinga, les policiers ont répliqué en tirant à balle réelle.

Bilan: au moins un mort et une trentaine de blessés. Il aura finalement fallu que le ciel de suie éclate en trombes d'eau pour rafraîchir l'atmosphère et les esprits, avant la tombée de la nuit.

La journée avait pourtant commencé dans un calme relatif. Les 196 bureaux de vote de la circonscription de Kisumu-Centre sont restés déserts. 

Les bulletins de vote, les urnes, les kits électroniques et les assesseurs n'ont même pas été déployés, les responsables locaux de la Commission électorale (IEBC) craignant pour leur sécurité après avoir reçu des menaces et avoir été, pour certains, agressés la semaine précédente.

C'est que Raila Odinga avait appelé ses ouailles à rester chez eux, estimant que l'IEBC n'était pas en mesure d'organiser une élection crédible, deux mois après l'invalidation en justice de la réélection du chef de l'État, Uhuru Kenyatta, à la présidentielle du 8 août.

Pendant la nuit, des barres de fer avaient été soudées au portail d'une école devant faire office de bureau de vote, afin d'en bloquer l'entrée. "Pour être sûr", explique un passant, sourire aux lèvres.

- Deuil -

Le bidonville de Kondele, théâtre de nombreuses manifestations violemment réprimées ces dernières semaines, était même plutôt calme, malgré quelques jets de gaz lacrymogène par la police contre de petits groupes de manifestants.

Mais tout s'est rapidement envenimé. Si de nombreux habitants de la ville sont restés chez eux, suivant les consignes de M. Odinga, d'autres ont laissé exploser leur colère dans la rue.

Tout l'après-midi, les ambulances ont déboulé dans le parking de l'hôpital Jaramogi Oginga Odinga, faisant crisser leurs pneus avant de déverser les blessés aux urgences, dont au moins 11 touchés par balle. L'un d'entre eux, un jeune homme de 19 ans, atteint sur le haut de la cuisse droite, a succombé à ses blessures.

"C'est fou, ils nous tirent dessus. Nous manifestons et ils nous tirent dessus. De quel genre de pays s'agit-il?", s'est insurgé Samuel Okot, 20 ans, qui accompagnait son ami Joseph Ouma, touché à un genou.

D'autres étaient encore plus mal en point. Felix Omondi, 19 ans, était à peine conscient lorsqu'il est arrivé sur un brancard, d'épais bandages autour du cou. Benson Odhiambo, 20 ans, avait lui l'oreille déchiquetée et les médecins craignent que la balle soit restée dans la boîte crânienne.

Le bras cassé, Duncan Baraza a reçu la visite de policiers chez lui. Ils ont forcé l'entrée et l'ont roué de coups alors qu'il ne participait pas aux manifestations, a-t-il soutenu, comme quatre autres blessés légers interrogés par l'AFP.

Le gouverneur de Kisumu, Anyang' Nyong'o, proche de M. Odinga, a décidé en fin d'après-midi de s'adresser à la presse, mais n'a pas joué l'apaisement. "Je n'appelle pas cela la police, mais une milice", a-t-il vitupéré.

"Ceux d'entre nous qui ont refusé de voter ont été tués", a-t-il ajouté, avant de décréter une semaine de deuil et de rejeter en bloc le report à samedi du scrutin, ordonné par l'IEBC dans quatre comtés de l'ouest du pays où les opérations de vote n'ont pas pu avoir lieu jeudi.

Raila Odinga l'avait promis mercredi: il s'agit désormais de "résistance".

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