mis à jour le

Joseph Kabila devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 22 septembre. REUTERS/Chip East
Joseph Kabila devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 22 septembre. REUTERS/Chip East

RDC: vers une cohabitation à la zimbabwéenne?

La réelection de Jospeh Kabila est très contestable. Mais les partisans de Tshisekedi n'ont d'autre choix que d'accepter la défaite de leur favori.

Mise à jour du 15 décembre: Rejettant les résultats officiels, le parti de l'opposant Etienne Tshisekedi, l'UDPS, a appelé hier le "peuple à protéger sa victoire" à travers des "manifestations pacifiques" en RDC, où plusieurs opposants ont été blessés lors de la dispersion d'une marche par des soldats de la Garde républicaine.

***

La République démocratique du Congo est dans une apnée post-électorale. Tout le monde (observateurs, commission électorale nationale indépendante, candidats, etc.) semble plongé dans une attente. Le pays lui-même apparaît figé dans un calme trompeur qui n’augure rien de bon.

Car les candidats aux élections du 28 novembre dernier ne font pas le même rêve. Joseph Kabila, le président sortant proclamé victorieux par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), attend tranquillement la confirmation des résultats par la Cour suprême. Ses adversaires, eux, ont une toute autre lecture des événements.

Convaincus de la victoire de leur leader Etienne Tshisekedi, ils espèrent que la justice leur rendra ce que la CENI leur a volé. Mais ils ne sont pas dupes, et savent qu’un tel scénario relève du rêve.

C’est pourquoi sans doute le candidat Tshisekedi n’a pas pris la peine d’introduire des recours auprès de la Justice, comme l’a fait Vital Kamerhe (autre figure de l'opposition). Il préfère en appeler directement à une médiation africaine. Mais que viendra faire l’Afrique dans cette galère congolaise? Faire recompter les voix, déclarer Tshisekedi vainqueur ou œuvrer à un partage du pouvoir?

Les modèles kényans et zimbabwéens

A la limite, l’opposition ne peut espérer que cette formule de la cohabitation, comme cela s’est vu lors des crises post-électorales au Kenya et au Zimbabwe. Mais encore faut-il que le pouvoir accède à une telle requête. Convaincu de son bon droit, le camp Kabila sera tenté de s’arroger tout le pouvoir, sauf si bien sûr le contexte le contraint à une ouverture vers l’opposition. Toujours est-il qu’en l’état actuel des choses, on voit mal comment Tshisekedi peut inverser les tendances des urnes données par la CENI.

Ni le recours à la justice, encore moins les manifestations, ne changeront la donne. La solution du gouvernement d’union n’est certes pas la panacée. Elle est même une option boiteuse, et de surcroît injuste, puisqu’elle permet le maintien au pouvoir d’un dirigeant qui, visiblement, a perdu des élections.

Mais parfois, il s’agit du moindre mal, surtout quand l’opposition risque de faire massacrer ses partisans. On a vu qu’au Kenya et au Zimbabwe, le partage du pouvoir, sans avoir réglé définitivement la crise, a tout de même permis un apaisement et évité des morts supplémentaires. La priorité en RD Congo, c’est justement d’éviter à tout prix des violences post-électorales meurtrières.

«Dix-huit morts pour des élections, c’est trop!», s’est indigné, à juste titre, le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa.

Joseph Kabila, par dépit

Son sentiment reflète certainement celui de bien des Congolais, fatigués de la violence politique. On risque donc, à ce rythme, d’aller vers le fait accompli, à savoir la validation de la victoire de Kabila. Les récriminations sur l’organisation du scrutin n’y feront rien.

Le Congo, qui n’a de démocratique que son nom, restera encore sous la férule du même homme, Kabila, qui ne se fait aucun scrupule. Quand Mgr Monsengwo jette un pavé dans la mare en assenant que les résultats des élections «ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice», lui, rétorque qu’il s’agit de simples « erreurs». Peut-on convertir un individu d’un tel cynisme aux préceptes de la démocratie?

Mahorou Kanazo (Le pays)

A lire aussi

En RDC, c'est la fraude qui a gagné

La part d'ombre de Joseph Kabila

RDC: Peur sur la ville à l'annonce des résultats

RDC: Kinshasa prêt à s'embraser

RDC: un climat lourd de tensions post-électorales

RDC: Kinshasa va-t-elle retrouver la paix?

Mahorou KANAZOE

Mahorou Kanazoe. Journaliste burkinabè.

Ses derniers articles: A quoi jouent les groupes armés?  Les Etats-Unis renforcent le front anti-islamiste  La paix des braves entre Accra et Abidjan? 

élection présidentielle

Election présidentielle

Le site de la commission électorale piraté au Ghana avant l'annonce des résultats

Le site de la commission électorale piraté au Ghana avant l'annonce des résultats

Une année d'élections

La «révolution des smartphones» n'a pas encore vaincu la fraude électorale en Afrique

La «révolution des smartphones» n'a pas encore vaincu la fraude électorale en Afrique

Liberté d'expression

En Côte d'Ivoire, l'élection présidentielle est-elle vraiment démocratique?

En Côte d'Ivoire, l'élection présidentielle est-elle vraiment démocratique?

Etienne Tshisekedi

Ambiance Congo

RDC: l'opposition radicale se cherche un nouveau souffle

RDC: l'opposition radicale se cherche un nouveau souffle

Francophonie

Hollande ne pouvait pas snober Kinshasa

Hollande ne pouvait pas snober Kinshasa

RDC

A quoi joue l’opposition congolaise?

A quoi joue l’opposition congolaise?

Joseph Kabila

République démocratique du Congo

Selon un sondage, seuls 7,8% des Congolais sont prêts à voter pour Kabila

Selon un sondage, seuls 7,8% des Congolais sont prêts à voter pour Kabila

Politique

Kinshasa, une bulle d'insouciance dans un Congo inquiet de son futur

Kinshasa, une bulle d'insouciance dans un Congo inquiet de son futur

Cinéma

Film démontant les clichés sur la sorcellerie, «Kinshasa Kids» arrive enfin au Congo

Film démontant les clichés sur la sorcellerie, «Kinshasa Kids» arrive enfin au Congo