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Activistes écologistes en soutien à l'Afrique, à Durban, Afrique du Sud, 9 décembre 2011. REUTERS/Mike Hutching.
Activistes écologistes en soutien à l'Afrique, à Durban, Afrique du Sud, 9 décembre 2011. REUTERS/Mike Hutching.

Sommet sur le climat: Durban si loin des préoccupations de l’Afrique

Le sommet contre le réchauffement climatique n'a guère mobilisé l'opinion publique africaine.

«Conflit autour des terres arables, de l’eau et des forêts liées aux migrations environnementales. (…) L’Afrique subit le poids d’un réchauffement imparable qui ne dit pas son nom. (…) Et l’Algérie ne pourrait, dans un futur proche, que récolter les fruits d’une mauvaise gouvernance en matière d’environnement», s’alarme le quotidien algérien Liberté. Au moment des négociations sur le climat à Durban en Afrique du Sud, du 28 novembre au 11 décembre, cet éditorial a pris la mesure de l’importance de se prémunir des «dégâts collatéraux du réchauffement climatique». 

Mais de manière générale, les  pays du continent africain où se déroulait pour la première fois la conférence sur le climat, dite Cop-17, n’ont pas eu l’air de se sentir aussi concernés par les négociations, au vu du peu de retombées de l’évènement dans la presse africaine. En effet, rares sont les titres à avoir consacré plus que quelques dépêches sur la conférence.

Les 194 pays de l’ONU réunis pour établir une feuille de route pour lutter contre le réchauffement climatique se sont mis d’accord le 11 décembre pour s’inscrire dans un accord global de réduction des émissions de gaz à effet de serre avant 2015. Un accord à minima, pour beaucoup, même si ces discussions auront eu le mérite de prolonger le protocole de Kyoto visant à réduire les émissions de Co2 des pays signataires, jusqu’en 2017 ou 2020. Aussi, la mise en marche d’un «Fonds vert» de 100 milliards de dollars par an (environ 76 milliards d’euros) pour aider les pays en voie de développement à lutter contre le réchauffement climatique a été programmé à partir de 2020. La question de son financement n’a cependant pas été élucidée.

L’Afrique, parmi les plus vulnérables

Cette 17ème conférence sur le changement climatique à Durban a été perçue comme cruciale pour les pays les plus vulnérables aux risques engendrés par les changements climatiques. En premier lieu, l’Afrique. De nombreuses ONG ont d’ailleurs milité pour que les plus gros pays émetteurs de gaz à effet de serre (en ligne de mire, les Etats-Unis) ne retardent pas les négociations après 2020, ce qui aurait vraiment été de mauvaises augures pour les pays africains. C’est le cas de l’organisation Avaaz.org basée à New York, qui a incité les pays émergents à être «du côté des pays africains». Une pétition a recueilli plus de 700.000 signatures, selon l’agence Panapress.

Proximité de l’évènement oblige, les médias sud-africains se sont un peu plus penchés sur le sujet, en fournissant de nombreux articles de fond. C’est le cas de l'hebdomadaire The Mail & Guardian qui a consacré une page spéciale de son site à la couverture de l’évènement. Outre tous les articles évoquant les différents enjeux sur le climat débattus à Durban, le site a proposé divers points de vue, celui des ONG et des scientifiques, où celui de la ministre sud-africaine de l’Eau et de l’Environnement Edna Molewa qui a accueilli la conférence et l’a qualifié de «succès remarquable». On n’y apprend aussi que, même s’il trouve que l’avancée des négociations est plutôt inespérée, le négociateur sud-africain Alf Wills aurait voulu qu’un protocole (un accord strict et contraignant légalement) ressorte de cette conférence, mais, «il a réalisé que cela n’allait pas être possible», relate The Mail & Guardian.

Les Africains lésés

Un autre article du Mail & Guardian montre que les négociations de Durban ont non seulement tourné à l’avantage des pays développés, mais ont aussi créé des divisions parmi les 53 pays africains, sur la question de l’agriculture. L’objet du désaccord: fallait-il ou non céder à la demande des pays développés de rentrer dans le marché des gaz à effet de serre? L’un des négociateurs pour l’Afrique de l’ouest a expliqué à l'hebdomadaire que cette approche de l’agriculture (appelée mitigation) visant à réduire l’impact négatif de son activité sur l’environnement n’est pas dans l’intérêt de l’Afrique. D’abord, elle ne vise pas à réfléchir et développer un nouveau modèle agricole pour ce continent. Ensuite, le marché des émissions de dioxyde de carbone qui permet des transactions de droits d’émissions de gaz à effet de serre entre les pays ne serait pas intéressant pour les pays africains:

«Ce marché ne peut pas fonctionner en Afrique parce que la majorité des agriculteurs africains ont moins de deux hectares de terres, ce qui est insuffisant pour pouvoir capter une quantité non négligeable de gaz à effet de serre et la vendre», explique le président du groupe Afrique à la conférence, Tosi Mpanu-Mpanu.

Parmi les pays hostiles à l’entrée dans ce marché, le Ghana, la Tanzanie ou encore le Mali.

Pollueurs-Payeurs

Dans un article titré «Durban, échec et mat pour l’Afrique?», le site Journal du Mali se demande ce que l’Afrique peut bien tirer de Cop-17. Il évoque la position de Tiémoko Sangaré, le ministre malien de l’Environnement, qui insiste sur l’importance de «l’engagement des pays européens à financer le changement climatique en Afrique», notamment à travers le «Fonds vert». Car après tout, comme l’a déclaré le ministre algérien de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire, Chérif Rahmani, répris dans la Dépêche de Kabilye:

«c’est aux responsables de la pollution d’assumer la dépollution. L’Afrique ne pollue pas au-delà de 4% de l’ensemble de la pollution mondiale. Il faut qu’on règle le passif d’un ou deux siècles de pollution».  

Le ministre malien salue déjà le don de 10 millions d’euros par l’Allemagne au Mali pour «les mécanismes d’adaptation et d’atténuation aux effets du changement climatique», précise-t-il, optimiste.

Certains sont plus sceptiques, voire blasés, comme l’un des participants africains aux discussions cité par le site malien:

«Les Américains ont, eux, plus de 200 négociateurs qui se relaient, et nous on en a 2 ou 3 [par pays], et il suffit d'une minute d'inattention de notre part pour nous faire avoir.»

Se faire avoir. C’est peut-être l’une des raisons pour laquelle ces négociations semblent être à mille lieues des préoccupations des Africains. Une impression que, de toute façon, on (les pays développés) décidera à leur place. Et puis, la priorité des Africains semble ailleurs. Les troubles politiques qui déchirent la République démocratique du Congo ou la Côte d’Ivoire, le fléau de la famine dans la Corne de l’Afrique, le terrorisme dans le Sahel, les transitions démocratiques des pays arabes ou encore la corruption en Afrique du Sud paraissent préoccuper davantage les populations.

Alors oui, aujourd’hui encore, la sauvegarde de l'environnement est une question qui, si elle est décisive dans les pays africains touchés par le réchauffement climatique, semble être considérée comme un luxe pour beaucoup d’entre eux.

Fanny Roux

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