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Le secrétaire général de l'ONU au coeur du chaos centrafricain

Temps fort de sa visite en Centrafrique, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est arrivé mercredi à Bangassou pour une visite de quelques heures dans cette ville mise en coupe réglée par les miliciens dans le sud-est du pays, une région où les Casques bleus s'efforcent de prévenir affrontements entre groupes armés et massacres de civils.

L'avion du patron de l'ONU a atterri à 12H00 (11H00 GMT) à Bangassou, à 700 km à l'est de la capitale, où il a été accueilli avec sa délégation par le préfet fraichement nommé Auguste Sillo, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les 35.000 habitants de cette ville à majorité chrétienne, frontalière de la RD Congo, vivent depuis mai sous le joug des miliciens antibalaka, prétendant défendre la minorité chrétienne, contre les groupes armés peuls et musulmans actifs dans les localités environnantes.

C'est dans cette zone où neuf Casques bleus ont été tués entre mai et juillet, et où ces mêmes Casques bleus tentent aujourd'hui de prévenir l'attaque par les antibalaka d'environ 2.000 déplacés musulmans qui ont trouvé refuge dans un séminaire local sous la protection l'église.

Durant les trois heures de sa visite, M. Guterres doit visiter ces déplacés, rendre un hommage officiel aux Casques bleus tués et s'entretenir avec des éléments des contingents gabonais, marocains et sénégalais déployés sur place.

La tension s'est notablement accrue ces derniers jours dans la ville, à mesure que s'est intensifiée la "guerre" dans la région entre antibalaka, pilotés depuis Bangassou, et l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC), un groupe peul. Des affrontements ont eu lieu à Kembé et Pombolo notamment ces dernières semaines, qui ont fait des dizaines de victimes, selon des sources onusiennes.

- Plus de Casques bleus -

Arrivé mardi à Bangui, pour sa première visite à une mission de paix de l'ONU depuis sa prise de fonction en janvier, M. Guterres a appelé le soir même la communauté internationale à mobiliser davantage de "ressources et de capacités pour aider la République centrafricaine".

Il a plaidé pour un renforcement de 900 Casques bleus de la mission de l'ONU dans le pays, la Minusca, forte actuellement d'un peu plus de 12.500 hommes. Cette demande doit encore être actée par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui renouvelle en novembre le mandat de la mission.

"Il nous faut renforcer la dimension et les capacités" de la Minusca et oeuvrer à une "solidarité active" avec Bangui, a-t-il martelé mercredi matin, après un entretien avec le président centrafricain Faustin Archange Touadéra.

La visite du secrétaire général intervient dans un contexte sécuritaire tendu en Centrafrique, presque un an après le départ de la force militaire française Sangaris: si la capitale reste épargnée par les violences, groupes armés et autre milices "d'autodéfense" ont repris leurs affrontements et commettent des massacres à grande échelle dans le sud-est, dans le centre et dans le nord-ouest, faisant des centaines de morts parmi les populations civiles, invariablement prises pour cibles.

La visite de M. Guterres en République centrafricaine est également un message politique fort, à un moment où les critiques pleuvent sur la mission de l'ONU.

Accusés par leurs détracteurs de "passivité" et parfois même de "parti pris" (cette accusation visant plus particulièrement les militaires marocains à Bangassou), les contingents onusiens font aussi face à une avalanche d'accusations d'agressions sexuelles (renvoi du contingent congolais en juin, plus de 600 soldats).

A son retour de Bangassou, le secrétaire général devrait rencontrer des victimes d'abus sexuels et leurs familles. Il sera accompagné de Jane Connors, avocate des droits des victimes de l'ONU.

A Bangui, il rencontrera également des ONG opérant sur le territoire. La Centrafrique est en 2017 le pays le plus dangereux au monde pour les humanitaires, de plus en plus cibles d'attaques.

Le secrétaire général doit aussi rencontrer les membres de la plateforme inter-religieuse centrafricaine, qui tente avec difficulté de prévenir les violences inrtercommunautaires et n'ont de cesse de dénoncer l'instrumentalisation de la religion par les belligérants.

Enfin, M. Guterres se rendra au quartier musulman de Bangui, le PK5, poumon économique de la capitale et vivier de violences par le passé.

La Centrafrique est en proie depuis 2013 à des violences intercommunautaires, après le renversement de l'ex-président François Bozizé par les milices de la Séléka prétendant défendre la minorité musulmane, ce qui avait entraîné une contre-offensive des milices antibalaka.

Les groupes armés se battent aujourd'hui essentiellement pour le contrôle de territoires et de ressources naturelles, dans un pays où près de 1,1 des 4,5 millions d'habitants ont du fuir leur foyer.

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