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Il faut "un nouveau pacte pour redonner confiance aux Kényans" très "divisés"

Le Kenya doit lancer urgemment des réformes pour partager plus équitablement pouvoir politique et ressources entre ses communautés, et redonner confiance à la population envers son exécutif, exhorte Edward Kisiangani, professeur d'histoire politique depuis 28 ans à l'université Kenyatta de Nairobi. 

QUESTION: Le Kenya traverse une crise politique grave, à quel point la société est-elle divisée ? 

REPONSE: Cette situation est sans précédent. Nous sommes plus divisés que jamais. C'est le résultat d'années de crise sur le partage du pouvoir qui ne s'est pas fait correctement, qui ont exacerbé les problèmes d'appartenance ethnique et de tribalisme. 

Le sentiment général persistant reste que le moyen de devenir riche et de capter des ressources pour sa communauté est d'accéder au pouvoir politique. Et que ceux qui ont concentré le pouvoir ces dernières années l'ont utilisé au bénéfice de leur ethnie et non au bénéfice de l'ensemble du pays. Et donc les gens persistent à penser que leur seul recours est de se battre pour accéder au pouvoir. Ce sentiment qu'il n'y a aucun espoir dans le pays sans accès au pouvoir politique est vraiment malsain. 

Les gens protestent aujourd'hui contre ce qui les blessent au quotidien, le facteur ethnique, le sentiment d'exclusion, la corruption. A chaque élection, la population réalise que ces questions n'ont pas été résolues, et cela transforme ces périodes électorales en question de vie ou de mort.

Q: Quelles sont les solutions pour sortir de cette impasse et de ces crises électorales ? 

R: Nous avons besoin d'un nouveau pacte qui redonne confiance aux Kényans et dans le fait que nous sommes une famille. Un nouveau pacte qui rendra criminel le fait d'attribuer des postes gouvernementaux à des parents ou des amis aux dépens d'autres citoyens, qui empêchera les politiques d'utiliser les élections pour dominer ou menacer les autres.  

Nombre de personnes issus de l'ethnie kikuyu comme de l'ethnie luo - les deux communautés dont sont issus le président Uhuru Kenyatta et son rival, le chef de l'opposition Raila Odinga - sont d'avis que le pays ne va pas dans la bonne direction. Nombre d'ethnies (le Kenya en compte 44, NDLR) pensent qu'il faut renégocier la manière dont les ressources et le pouvoir sont partagés, et dont on règle nos problèmes sociaux pour éviter de se faire du mal. Il faut s'assurer que tout le monde est inclus dans le discours nationaliste et se sent appartenir au pays.  

Q: La Constitution de 2010 a initié une décentralisation pour permettre justement une meilleure répartition de ces ressources de l'Etat ? Faut-il aller plus loin ? 

R: Oui, il faut faire des réformes structurelles, peut-être à l'aide d'un référendum organisé d'ici un an, pour que l'exécutif concentre moins les pouvoirs et que les institutions fonctionnent mieux. Quand la Cour suprême a invalidé pour "irrégularités" la réélection d'Uhuru Kenyatta lors de la présidentielle du 8 août, le président a mobilisé ses partisans en leur disant que la justice étaient contre eux, contre sa communauté... Nous sommes loin d'être au bout de nos peines!

Que l'élection ait lieu jeudi ou pas, la première chose à faire est de lancer un grand débat national et initier ces réformes pour partager plus équitablement le pouvoir et les ressources dans la Constitution. Il y a aussi des mesures que nous pouvons envisager pour affaiblir le statut de président, notamment en créant une Constitution fédérale qui donnera plus de pouvoirs aux gouverneurs et augmentera le budget alloués aux (47) comtés. Notre Sénat a été affaibli, il faut renforcer son rôle (de contre-pouvoir) dans notre système politique.

Dans cette crise que nous traversons, les gens protestent contre les injustices. Il faut à l'avenir que l'Etat de droit soit respecté, que la corruption et les discriminations soient réprimées. Faire que les gens ne se réfugient plus derrière le bloc de leur ethnie.

Propos recueillis à Nairobi par Lucie Peytermann.

AFP

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