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Le footballeur algérien Kaci Said (à droite), lors de la Coupe du monde 1986. AFP
Le footballeur algérien Kaci Said (à droite), lors de la Coupe du monde 1986. AFP

La génération dorée du foot algérien frappée par le dopage

Adulée à la fin des années 80, la génération dorée du football algérien semble payer, aujourd'hui, les conséquences du dopage.

C'est sans doute l'une des plus belles générations du football algérien. Entre 1980 et 1990, la génération dorée des Menad, Kaci Saïd, Chaib, Madjer, Oudjani, Belloumi, Dahleb... danse sur le ventre de l'Afrique, se qualifiant pour les Coupe du monde 82 et 86 ou remportant la CAN 90. Mais une fois les crampons rangés, les footballeurs sont redevenus des hommes. Et des pères d'enfants lourdement handicapés.

Une coïncidence troublante

Car, aujourd'hui, ils sont une dizaine, tous anciens internationaux, à avoir eu des enfants handicapés. Une étrange coïncidence qui fait polémique en Algérie. Ces ex-Fennecs en sont convaincus : les handicaps qui affectent leurs enfants sont la conséquence de leur prise de produits dopants. Mohammed Kaci Saïd, Mohamed Chaïb, Mustapha Kouici, Salah Larbes ou encore Djamel Menad ont donc rompu le silence. Ces anciens de la sélection algérienne des années 80 réclament une enquête sur ces handicaps et le lien possible avec des produits dopants pris à leur insu.

Près de trente ans après, les témoignages de plusieurs anciens internationaux jettent un voile noir sur cette période. A l'image de Mohamed Chaïb, défenseur international et père de trois filles handicapées, interrogé par El Watan:

«Toutes nos tentatives et entreprises pour savoir la vérité sur le lien qui peut exister entre la maladie de nos enfants et notre statut de footballeur d’élite, donc d’internationaux, se sont heurtées à un mur de silence. On veut connaître la vérité. On a besoin de savoir si ce qu'on nous a donné comme médication pendant des années est la cause de notre souffrance.»

Djamel Menad, le buteur du Mondial 1986 au Mexique, a quant à lui donné naissance à une fille souffrant d'une agnésie du corps calleux, qui entraîne essentiellement une faiblesse musculaire et des crises d'épilepsie.

«Depuis que j'ai découvert que je n'étais pas le seul, j'ai commencé à me poser des questions. Et je veux comprendre les raisons qui ont fait que nos enfants sont nés handicapés.»

L'URSS, un partenaire très sulfureux 

A cette époque, l'Algérie est train de moderniser son football. Clubs et sélection nationale se tournent assez logiquement vers le bloc de l'Est, reconnu pour avoir une longueur d'avance en matière de médecine sportif. Au début des années 80, ce sont d'ailleurs un Russe, Guennadi Rogov, et un Yougoslave, Zdravko Rajkov, qui sont à la tête des Verts. Sous leurs ordres, un autre Russe, le médecin Aleksander ''Sacha'' Tabarchouk. Comme ses coéquipiers, Mohamed Kaci Said, interrogé sur France 2, se pose des questions.

«Après chaque match, chaque entraînement, on nous donnait des vitamines C. Enfin, je pense que c'était des vitamines C. On ne savait pas exactement ce que c'était. Mais on nous disait que c'était des vitamines pour permettre au corps de récupérer plus vite. Nous étions jeunes. Nous avions 21-22 ans. Si on m'avait donné un caillou à manger, je l'aurai fait ! Maintenant, je me demande ce qu'ils nous ont fait.»


Difficile de dire de façon péremptoire que le dopage est la cause de cette bien étrange coïncidence. Mais le doute reste maximal, même si Tabarchouk se défend:

«Les joueurs me disaient: ‘Donnez moi vite des vitamines. Sans vitamine, je suis très fatigué. Donnez moi des vitamines pour que cela se passe bien pendant le match.’ Alors, je leur ai donné des vitamines. Deux ou trois sortes différentes. De l'Avityl pendant un mois. C'est une vitamine française qui est toujours très populaire en Russie. J'ai aussi utilisé des vitamines suisses, de la Supradyn et d'autres. Toutes ont été achetées par la Fédération d'après ma commande. Et c'est moi qui les ai données aux joueurs.»

Rabah Saâdane, sélectionneur des Fennecs lors du Mondial mexicain, dément également:

«Quand je dirigeais la sélection, de 1984 à 1986, il n'y avait pas de médecin européen avec nous", explique-t-il à la presse algérienne.»

Mais un ancien médecin de l'équipe d'Algérie n'écarte pas l'éventualité d'un dopage de joueurs qui aurait entraîné les handicaps de leur progéniture. Le Dr Rachid Hanifi a ainsi affirmé à El Watan (http://forumdesdemocrates.over-blog.com/article-rachid-hanifi-meme-si-on-avait-les-dossiers-on-ne-pourrait-rien-prouver-89013659.html) avoir été écarté une fois son confrère russe arrivé au sein de la sélection:

«Je n'ai plus eu accès aux dossiers médicaux. Je pensais qu'ils faisaient des tests d'évaluation qu'ils ne voulaient pas divulguer. J'ai envoyé un rapport au directeur général du Centre national de médecine du sport et au ministère. On m'a répondu qu'il fallait laisser Rogov travailler avec son médecin. Alors, j'ai démissionné. Le lien avec les produits dopants n'est pas évident mais il est possible.»


Plus inquiétant, le silence du ministère des Sports et de la Fédération algérienne de football. Dopage des parents et malformation des enfants ont un lien mais, dans ce cas-ci, l'Algérie ne semble pas encore prête à se lancer dans une enquête profonde qui remettrait sans doute en cause les résultats obtenus par cette équipe de légende.

Nicholas Mc Anally

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Nicholas Mc Anally

Nicholas Mc Anally. Journaliste spécialiste du football africain. Il a collaboré à Afrik-Foot.

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