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Laurent Gbagbo le 5 décembre 2011 à La Haye. Reuters
Laurent Gbagbo le 5 décembre 2011 à La Haye. Reuters

Côte d'Ivoire: les partisans de Gbagbo entrent en résistance

Plus d'un an après l'élection présidentielle ivoirienne du 28 novembre, les partisans de l'ex-président ne désarment pas.

Depuis sa chute, le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo conserve des soutiens indéféctibles. Que représentent-ils réellement dans la population ivoirienne? Officiellement 46% si l'on s'en tient aux résultats de la présidentielle du 28 novembre 2010, reconnus par la Communauté internationale, 51,5 % si l'on s'en tient à ceux proclamés par le Conseil constitutionnel le 2 décembre 2010.  Difficile de savoir ce qu'il en est aujourd'hui en Côte d'Ivoire, où beaucoup de ses partisans se taisent par peur des représailles. En Europe, en revanche, des inconditionnels continuent à se mobiliser pour celui qu'ils considèrent toujours comme le président légitime de Côte d'Ivoire.

«no Gbagbo, no peace»

C'était samedi 2 décembre, à Paris. Comme ils le font presque chaque semaine, depuis le début de l'année 2011, quelques centaines de partisans de Laurent Gbagbo sont descendus dans la rue. Dans la foule, des Ivoiriens, des originaires d'autres pays africains, quelques Européens. Des hommes arborant des t-shirt portant le slogan "no Gbagbo, no peace". Des femmes tenant une banderole demandant la libération de l'ex-chef de l'Etat. Les marcheurs partagent une cause commune: la dénonciation du président Ouattara, du "néocolonialisme de la France"  et surtout, la défense de Laurent Gbagbo, à leurs yeux un "vrai démocrate" et "victime d'un complot". Les coupables sont tout désignés:  la France, l'ONU et la rébellion fidèle à Alassane Ouattara et son Premier ministre Guillaume Soro accusés d'avoir renversé l'ancien opposant parvenu au pouvoir en 2000.

La mobilisation se poursuit

Comme toujours, ce rassemblement s'est fait sous haute surveillance policière. Depuis le début de la crise consécutive au deuxième tour de la présidentielle du 28  novembre 2010 en Côte d'Ivoire, les partisans de Laurent Gbagbo ont multiplié les manifestations de ce type à Paris et dans d'autres villes européennes. Après quelques actions spectaculaires, dans les jours suivant l'arrestation de l'ancien président, on aurait pu croire que ces militants allaient s'essouffler, une fois le pouvoir d'Alassane Ouattara consolidé. Pourtant, ils ne se découragent pas. Manifestations, colloques, notamment chez l'éditeur tiers-mondiste l'Harmattan, conférences de presse, soirées dansantes au profit des Ivoiriens exilés au Ghana, au Bénin ou au Togo: la mobilisation se poursuit, même si les grands médias n'en parlent pas.

Chaîne de télévision dite de «la résistance»

Et elle ne se limite pas à la France. Au fil des mois, grâce aux sms, aux courriels et aux réseaux sociaux, les soutiens à Laurent Gbagbo ont bâti une chaîne de solidarité. Deux jours avant son transfèrement à la Haye, des centaines de mails ont été envoyés demandant de faire "exploser" le standard de la CPI... Plusieurs blogs, sites d'information favorables à l'ex-président se chargent, en outre, de prêcher la "bonne information" face à des médias occidentaux jugés partiaux. Une page proposant un décompte de ses jours de détention est même en ligne, "sponsorisée par les cadres du LMP (La majorité présidentielle, coalition qui soutenait sa candidature lors de l'élection de 2010)". Plusieurs pages Facebook ont vu le jour qui servent de lieu d'échange d'information sur les actions futures ou sur les dernières actualités ivoiriennes. Il y a même une chaîne de télévision dite de "la résistance" diffusée sur le web.

Parallèlement à cette mobilisation, les ouvrages contredisant la version officielle du déroulement et du dénouement  de la crise post-électorale fleurissent en France, principalement chez l'Harmattan: Traquenard électoral, signé de l'ex-leader des Jeunes patriotes Charles Blé Goudé, Pustch en Côte d'Ivoire, de Roger Démosthène Casanova, Côte d'Ivoire: le crépuscule d'une démocratie orpheline, de Roger Gballou, préfacé par l'ancien porte-parole du dernier gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello. Le credo est immuable: le vainqueur de la présidentielle du 28 novembre est Laurent Gbagbo, qui a été renversé par un coup de force mené par la France, l'ONU et Alassane Ouattara. 

Renforcement de leur mobilisation

Le journaliste camerounais Charles Onana vient également de publier Coup d'Etat (éditions Duboiris), un livre dans lequel il assure démontrer, documents à l'appui, la même chose, mais en se livrant à un exercice qui ne devrait pas forcément réjouir le prisonnier de La Haye: le comparer à l'ancien président rwandais Habyarimana que l'auteur décrit comme la victime d'un vaste complot médiatique entre les Occidentaux et le FPR de son successeur Paul Kagamé.

Quoiqu'il en soit, même s'ils ne bénéficient pas de la bienveillance des gouvernements européens, comme les partisans d'Alassane Ouattara lorsqu'il était exil, les soutiens de Laurent Gbagbo semblent décidés ne pas abandonner "leur" président. D'ailleurs, le lundi 5 décembre de nombreux militants ont fait le déplacement à La Haye, au Pays-Bas. Ils tenaient à assister à la première audition du chef de l'Etat déchu devant la Cour pénale internationale, ne serait-ce que pour voir leur héros en chair et en os, même diminué. Pour certains, sa détention en Europe est presque un soulagement, car beaucoup craignaient pour sa vie s'il restait détenu dans le nord de la Côte d'Ivoire, sous la surveillance de chefs de guerre fidèles à Alassane Ouattara. La présence de Laurent Gbagbo à la CPI et la procédure qui s'engage, semble même renforcer leur mobilisation.

Etienne Kunde

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Etienne Kunde. Journaliste ivoirien.

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