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Des soldats célèbrent la libération du peuple libyen le 2 décembre 2011.  Reuters/Mohammed Salem
Des soldats célèbrent la libération du peuple libyen le 2 décembre 2011. Reuters/Mohammed Salem

Libye: ceux qui rêvent d'exporter la révolution en Syrie

En Libye, les milices sont en voie de désarmement. C'est en tout cas ce qu'espèrent le nouveau gouvernement et leurs alliés.

«Kadhafi est tombé, nous ne voulons plus d’armes».  Mercredi 7 décembre, le mot d’ordre des Tripolitains rassemblés sur la place des martyrs était clair : «non au chaos, oui à la stabilité». Depuis plusieurs jours, les autorités se sont lancées dans un ambitieux plan de désarmement des katibas. Si l’objectif principal est bien évidemment de sécuriser la Libye, les armes récoltées pourraient également permettre d’exporter la révolution en Syrie.

Une population exaspérée par les affrontements entre milices rivales

«Des manifestations auront lieu sur la place des martyrs en faveur du désarmement et du départ des milices armées de Tripoli.  Ces manifestations continueront tous les jours et prendront de plus en plus d’ampleur jusqu’au 20 décembre. Si le 20 décembre, les milices ne quittent pas la ville, la population de Tripoli et le gouvernement fermeront la ville à la circulation»

Abdel Rahim al-Kib, le premier ministre par intérim, a décidé de taper sur la table et de poser un ultimatum aux milices armées. Malgré les injonctions des dirigeants locaux et de la population, les katibas présentes à Tripoli refusent de désarmer et de rentrer dans leurs régions. Avant l’intervention d’ Abdel Rahim al-Kib, c’est Abdul Razzak Abuhajar, président du conseil de Tripoli, qui avait appelé les miliciens à retourner chez eux et aider à reconstruire leurs villes.

Il faut dire que la population n’en peut plus des affrontements  impliquant plusieurs brigades de «thowars», les rebelles ayant combattu le régime de Mouammar Kadhafi.

Le Qatar, au centre du dossier libyen et syrien

Pour aider au désarmement des milices armées, les autorités libyennes peuvent compter sur leurs alliés qataris. Le Qatar, bientôt à la tête d’une nouvelle alliance militaire sur le terrain devant comprendre 13 pays, dont les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne, mène actuellement d’intenses opérations de récupération d'une partie des armes fournies à la rébellion libyenne. Que doivent devenir ces armes? Doha souhaiterait qu’elles soient fournies aux soldats de l’Armée syrienne libre (ASL), actuellement forte de 8000 à 15 000, pour l’instant encore sous-équipés.

Selon Ruth Sherlock, correspondante du Daily Telegraph en Libye, des dirigeants du CNS (mouvement d’opposition à Bachar al-Assad basé à Istanbul) se seraient rendus à plusieurs reprises en Libye afin d’obtenir un plein soutien de la part des nouvelles autorités.  Wissan Tarif, directeur de l’ONG Insan, explique que les Libyens vont offrir des armes, de l’argent et un entraînement intensif à l’ASL, composée en majorité de combattants (contrairement au CNS, plus politique) avec l’aide du Qatar et de la Turquie, qui héberge les dirigeants du CNS ainsi le colonel Riyad Al-Asaad, chef de l’ASL.

Les combattants des katibas libyennes, financées par Doha durant la guerre civile, et qui sont souvent des militants islamistes radicaux, sont également encouragés à se rendre en Turquie auprès de l'ASL pour collaborer avec l'organisation. Qui de mieux placé pour apprendre la révolution aux Syriens qu’Abdelhakim Belhadj, chef militaire de Tripoli?

Abdelhakim Belhadj, un Guevara islamiste ?

Avec la bénédiction du président libyen par intérim, Moustafa Abdeljalil, probablement heureux d’écarter temporairement Belhadj du jeu politique libyen, et des services secrets du Qatar, l’ancien chef du Groupe Islamique Combattant (GIC) s’est rendu à Istanbul et à la frontière turco-syrienne pour rencontrer des dirigeants de l’ASL. L’affaire aurait pu rester secrète si Belhadj n’avait pas été arrêté à l’aéroport de Tripoli par une milice rivale qui l’accusait de chercher à quitter la Libye avec un faux passeport au nom de Samer Elwani. Seule une intervention d’Abdeljalil a permis de débloquer la situation et de permettre à Abdelhakim Belhadj de proposer ses services aux rebelles syriens.

«Tout le monde veut y aller. Nous avons libéré notre pays, maintenant nous devons aider les autres. C’est l’unité arabe.» a-t-il déclaré, promettant d’envoyer des centaines de combattants libyens en Syrie aider l’ASL. La semaine dernière, quatre Libyens auraient d’ailleurs été arrêtés à la frontière syro-turque en tentant d’entrer sur le territoire syrien.

De telles opérations ne peuvent se faire sans le soutien financier du Qatar et le soutien logistique de la Turquie qui devrait voir transiter des armes sur son territoire. La France n’est pas écartée, bien au contraire, celle-ci soutient pleinement Ankara dans l’aide apportée à l’ASL.

Ainsi, la révolution syrienne permettrait à Abdelhakim Belhadj de s’imposer, non seulement auprès des Libyens et des Qataris, mais également auprès d’Ankara, de Paris et de l’opposition syrienne. Curieux destin pour cet ex-djihadiste et motif d’inquiétude pour certains qui verraient en lui un facteur d’islamisation de l’opposition syrienne.

Arnaud Castaignet

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