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Climat sous tension à Kinshasa, 9 décembre 2011. © Stringer/Reuters
Climat sous tension à Kinshasa, 9 décembre 2011. © Stringer/Reuters

RDC: Peur sur la ville à l'annonce des résultats

La proclamation de la victoire de Joseph Kabila à la présidentielle congolaise a plongé Kinshasa, la capitale, dans la peur. Reportage.

Les Congolais étaient préparés. Depuis le 2 décembre, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) annonçait des résultats partiels qui donnaient le chef de l’Etat sortant,Joseph Kabila, avec une bonne longueur d’avance sur son principal rival, l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Alors pas de suspense lors de la proclamation des résultats provisoires de vendredi. La Céni a  proclamé «monsieur Joseph Kabila Joseph élu président de la République démocratique du Congo» pour cinq ans. Selon elle, le candidat indépendant a remporté 8.880 944 des voix (48,95%) contre 5.864 775 pour le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (32,33%).

Effusions des pro-Kabila

Devant la Céni, qui s’est elle-même baptisée «quartier général de la démocratie», c’est l’explosion de joie. De nombreux adultes jeunes et moins jeunes, mais aussi quelques enfants, défilent en plein milieu du boulevard du 30 juin, la principale artère de Kinshasa où la circulation est fortement réduite depuis plusieurs jours en raison de craintes de  violences post-électorales. Ils portent des drapeaux ou des posters «100% rais», où l’on voit Joseph Kabila afficher un sourire éclatant. Sous le regard de dizaines de policiers à pieds, en pick-up ou en camion postés aux abords de la Céni, beaucoup chantent et dansent avec sur le dos un tee-shirt jaune du Parti du peuple pour la démocratie et le progrès social (PPRD, au pouvoir).

Remontant le boulevard, des véhicules bondés de militants klaxonnent, les automobilistes et leurs passagers font le signe de la victoire. Certains militants courent sur le trottoir ou la chaussée désertée. Devant la permanence du PPRD à la Gombe, le quartier huppé de la capitale, la masse des partisans pro-Kabila s'intensifie subitement. Des chansons à la gloire de Joseph Kabila s’échappent des enceintes poussées au maximum, les militants envahissent la rue, s’y assoient, s’y déhanchent. «Voilà! Le jour que nous attendions est arrivé!», se réjouit un vieux policier, le sourire doux.

Sauve-qui-peut en ville

Ngiri-Ngiri, un quartier populaire. Des volutes de fumées noires s’élèvent dans le ciel. Des pneus ont été sacrifiés sur l’autel de la colère. «Je pense que la volonté du peuple n’a pas été respectée», justifie Henri, 52 ans. Il ajoute:

«Ce sont juste des pneus brûlés. On ne dérange personne, on ne vole personne.»

«Tshisekedi président! crie un jeune homme. Nous ne voulons pas de Kabila! Nous, nous devons mourir pour notre pays!»

 Une femme se met à courir avec son bébé dans les bras, en regardant de temps en temps derrière elle. Les renforts de police arrivent à toute vitesse. Un camion à eau, d’ordinaire utilisé pour disperser les manifestants, éteint les feux, tandis que la silhouette des manifestants en fuite se dissout dans l’obscurité. Peu avant, la police avait dû maîtriser un début d’incendie dans un centre de santé pris pour cible parce qu’appartenant à l'église kimbanguiste, qui avait appelé à voter pour Joseph Kabila. Le plus dur pour les forces de l’ordre: évacuer les habitants terrés dans les maisons avoisinantes. Car malgré la menace de propagation du feu, certains refusaient de sortir de peur d’être pris pour des supporters pro-Tshisekedi.

Colère et gravité à Limete

Coupure de courant. «Toi! Viens! Viens!», lance au loin un des policiers venus en renforts.«Je n'ai rien fait! Pourquoi vous m'arrêtez?», rétorque le jeune homme interpellé. «Viens d'abord ici!», lui intime le policier. Plusieurs camions chargés de militaires de la Garde républicaine, l'ex-garde présidentielle, arrivent et font demi-tour en constatant que le repli des manifestants, qui se révèlera temporaire. Une voiture banalisée arrive ensuite, à son bord avec cinq militaires de la Garde. «Qu'est-ce qui se passe là-bas?», demande le conducteur, l'arme à la main. En apprenant que la situation est calme, il demande:

«Qu'est-ce que nous allons faire, alors? Ou y a-t-il des problèmes?»

Pendant ce temps, dans sa résidence à Limete, près de laquelle un important dispositif policier veille jour et nuit, Etienne Tshisekedi ne lâche rien. Plus tôt dans la journée, il s'est autoproclamé «président élu», assurant que les procès-verbaux dont dispose son parti le donnent gagnant avec 54% des voix, contre 26% pour Joseph Kabila. A présent, sous sa véranda, il s’assoit à une table recouverte d’un drapeau de la RDC. Derrière lui, un autre drapeau sur une hampe en bois. Le visage impassible et grave, comme à l'accoutumée, il dit à la presse qu’il compte sur la communauté internationale pour soutenir la «vérité». Qu’en est-il de la Cour suprême de justice, qui doit officiellement déclarer le vainqueur de la présidentielle le 17 décembre? Pas question d’y recourir: il la juge acquise à Joseph Kabila.

Habibou Bangré, à Kinshasa

 

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Habibou Bangré

Habibou Bangré. Journaliste, spécialiste de l'Afrique. Elle collabore notamment avec The Root.

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