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Dans les écoles du Liberia, le secteur privé peine

Fin de matinée à l'école élémentaire Cecelia Dunbar, à une heure de route de la capitale du Liberia, Monrovia. Assis sur des bancs de bois individuels, des enfants de sept ans se concentrent sur leur leçon de calcul.

Cecelia Dunbar fait partie des 93 écoles --soit 27.000 élèves au total-- participant au "Partnership Schools Programme" (Programme de partenariat scolaire) lancé en 2016 par des acteurs privés et le gouvernement du Liberia, qui finance les frais de scolarité.

En un an, les élèves de ces écoles ont amélioré de 60% leurs résultats en lecture et en mathématiques. Une preuve de leur réussite, selon les deux parties, dans un pays dont le système éducatif est considéré comme l'un des moins performants au monde.

"Un élève en classe de première (de 6 à 7 ans) a progressé de deux années en lecture", explique à titre d'exemple Christina PioCosta-Lahue, la directrice de Rising Academies Liberia, qui dirige 29 écoles s'inscrivant dans ce programme. 

Les infrastructures et le système éducatif de ce petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest ont été ravagés par la guerre civile des années 1989-2003 et par l'épidémie d'Ebola (2014-2016), qui a entrainé la fermeture de nombreuses écoles pendant des mois.

L'an dernier, l'Unicef a classé le Liberia à la dernière place au monde pour l'accès à l'éducation, alors que l'Afrique en général est le continent présentant le plus mauvais bulletin dans ce domaine.

Le manque de livres scolaires, d'équipements sanitaires et de moyens de transports adéquats, et des parents qui retirent leurs enfants de l'école pour qu'ils contribuent aux revenus de la famille, sont des problèmes fréquents dans ce pays très pauvre.

Les autorités et les acteurs privés ont dès lors accueilli avec enthousiasme les résultats d'une étude du think tank américain Centre for Global Development (CGDEV) indiquant qu'au-delà de l'amélioration des résultats scolaires, la motivation des élèves avait également nettement augmenté dans les écoles partenaires.

Toutefois, des ONG et des mouvements opposés à la privatisation de l'éducation doutent que ces partenariats puissent améliorer le niveau général de l'enseignement, que ça soit au Liberia, au Kenya, au Nigeria ou en Ouganda, où ce type d'écoles ont également été créées.

En raison de la démographie et de l'abolition des frais de scolarité dans plusieurs pays, plus d'enfants africains que jamais fréquentent l'école. Plus de 20% le sont au sein d'établissement privés, un chiffre qui devrait encore augmenter, selon un rapport du consultant Caerus Capital publié en avril.

- Syndicats opposés -

Le principal changement opéré à l'école Cecelia Dunbar concerne la formation et le suivi des enseignants et des élèves, a expliqué à l'AFP son directeur, Jacob Haiwulu.

Les partenaires de l'école "assurent l'évaluation des élèves et s'occupent de la formation des maîtres. Il y a toujours des objectifs à atteindre", souligne-t-il.

Selon l'étude du CGDEV, les élèves de ces écoles bénéficient d'une meilleure éducation, grâce à des classes aux effectifs réduits. Mais ces établissements coûtent plus chers et certains élèves ont été redirigés vers les écoles publiques pour que la taille des classe n'augmente pas.

"Le programme doit encore démontrer sa viabilité pour les écoles type du Liberia, avec des budgets maîtrisables et un niveau d'encadrement maintenu, et sans créer d'effets pervers sur les autres écoles", note le rapport.

Le principal syndicat enseignant du Liberia, qui s'est opposé au partenariat dès le début, estime que la quantité d'argent allouée à ces programmes ne pouvait que produire des résultats, alors qu'il a réclamé en vain une augmentation du budget de l'éducation publique.

- Pauvreté et corruption -

Pour de nombreux enseignants, les principaux problèmes de l'école au Liberia sont connus: pauvreté et corruption.

La William V.S. Tubman High School de Monrovia, l'un des établissements les plus réputés du pays, dispose de quelques ordinateurs, d'une cantine et de toilettes, des équipements manquants dans la plupart des écoles.

Mais même ici, les enseignants sont souvent obligés de travailler le soir ou la nuit pour compenser la maigreur de leurs salaires.

"On ne peut pas faire vivre sa famille avec 240 dollars (un peu plus de 200 euros) par mois", a confié à l'AFP un professeur d'histoire, Boniface Colley. "Et l'utilisation du peu de ressource dont nous disposons pose problème", a-t-il ajouté, en allusion à la mauvaise gestion des fonds publics dans le pays.

L'administration de la présidente sortante, Ellen Johnson Sirleaf, a tenté d'assainir les finances en écartant des fiches de paie les "fonctionnaires fantômes", y compris dans l'enseignement.

- Grossesses précoces -

"Nous avons beaucoup de contraintes financières... donc nous comptons sur les organismes internationaux pour nous aider à rencontrer les besoins des citoyens", reconnaît Gbovadeh Gbilia, vice-ministre de la Planification, de la Recherche et du Développement.

Un travailleur social, visiteur habitué de la William V.S. Tubman High School, estime toutefois que la pauvreté freine encore les capacités d'apprentissage et pousse les enfants hors de l'école.

Souvent, les élèves ont trop faim pour rester concentrés pendant les cours. Et de nombreuses jeunes filles décrochent en premier, dès la puberté, souligne-t-il. Soit parce qu'elles n'osent pas aller aux cours pendant leurs règles, faute de  protection hygiénique, soit après être tombées enceintes, dans un pays où plus de 30% des jeunes femmes ont un enfant avant l'âge de 18 ans.

AFP

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