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Manifestation de soutien à Etienne Tshisekedi à Bruxelles le 5 décembre 2011. Reuters/Francois Lenoir
Manifestation de soutien à Etienne Tshisekedi à Bruxelles le 5 décembre 2011. Reuters/Francois Lenoir

RDC: Kinshasa prêt à s'embraser

Des accrochages ont éclaté peu après l'annonce des résultats provisoires officiels donnant Joseph Kabila vainqueur de la présidentielle. Tshisekedi se proclame président. Le climat est tendu dans la capitale du pays.

Mise à jour du 10 décembre 2011:  Des heurts ont éclaté samedi entre des militants de l'opposition et des forces de l'ordre en République démocratique du Congo. Bilan, un mort selon l'agence Reuters. Plusieurs coups de feu auraient retenti dans la capitale Kinshasa, fief des partisans d'Etienne Tshisekedi. ce dernier a été donné perdant à 32% contre 48,95% contre son rival, le président sortant Joseph Kabila, lors de la présidentielle du 28 novembre. Des chiffres provisoires communiqués le vendredi 9 décembre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Etienne Tshisekedi a contesté ces résultats et s'est autoproclamé «président élu» de RDC.

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Alors que les résultats de la présidentielle en République démocratique du Congo sont quasiment connus, la Céni (Commission électorale nationale indépendante) tarde pourtant à les proclamer. Prévue pour le 6 décembre dernier, la publication officielle des résultats provisoires a été reportée. Qu’est-ce qui bloque pour que l’institution en charge des opérations électorales fasse autant durer le (faux) suspense? Les résultats sont difficiles à proclamer peut-être parce qu’ils sont porteurs de germes de troubles. Et donc, la Céni et le pouvoir peuvent avoir convenu de les publier, quand la situation sécuritaire le permettra. En tout état de cause, comme le dit l’adage, on n’enterre pas un cadavre en laissant ses pieds dehors.

Une attente angoissante

La CéniI doit donc mettre fin à la situation actuelle en publiant les résultats, les bons. Plus que d’ailleurs un suspense, il s’agit d’une attente angoissante, et même d’une peur qu’on fait subir encore plus longtemps aux Congolais. Comme à la présidentielle de 2006, la fin du scrutin et l’attente des résultats sont précédées d’un exode de populations redoutant le pire. Ce n’est pas bon signe. Comment conjurer la malchance de l’après-élection en RDC? En tout cas, ce ne sont pas les dérisoires exhortations de l’UA (Union africaine) et de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) qui ramèneront à la raison les deux principaux prétendants au fauteuil présidentiel, Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi. Tous deux ont chacun des arguments à faire valoir. Le président sortant s’en tiendra aux résultats de la Céni qui le proclameront certainement victorieux et, dans une certaine mesure, à l’avis très positif de certains observateurs sur le déroulement du scrutin. L’opposant historique, lui, aura beau jeu de prétendre le contraire, en invoquant l’organisation chaotique du scrutin qui peut donner lieu à toutes les manipulations.

La position timide de l'Eglise

L’Eglise catholique, attendue par beaucoup comme pouvant aider à dénouer cet imbroglio électoral, n’a finalement pas publié les résultats en sa possession. Avec ses 30.000 observateurs, le plus important contingent de cette présidentielle, elle a sans doute une idée précise de ce qui s’est passé. Mais elle n’ira pas plus loin que les remarques sur les dysfonctionnements et incidents qui ont émaillé les élections. Donner des résultats aurait mis l’Eglise dans une posture délicate, ce qu’elle a soigneusement évité. Même si certains l’accusent d’avoir manqué de courage, c’est certainement un choix raisonnable que l’Eglise a fait. Après tout, ce n’est pas elle qui organise les élections, ni les valide. Elle met ainsi la Céni et les acteurs politiques face à leurs responsabilités. Devant cette impasse, les populations ont donc pris la mesure du risque et ne se sont pas faites prier pour fuir une capitale presque en état de siège.

Quel légitimité pour le président élu?

A l’allure où vont les choses en RDCo, la question de la légitimité du président élu se posera avec acuité. Quelle légitimité aura en effet un président élu dans des circonstances aussi troubles? Ce mal essentiellement africain persiste au moment où ailleurs dans le monde, les élections sont devenues de banales respirations démocratiques. Il faut en finir avec ce sinistre triptyque élections-contestations-violences. Pour la RDC, la persistance des crises post-électorales est un véritable gâchis. Ce sont autant d’années perdues dans la quête vers le développement. Une petite dose d’Etat de droit, de responsabilité politique et de bonne gouvernance aurait pourtant suffi à sortir ce pays aux potentialités énormes de la misère. Mais voilà, ses élites en ont décidé autrement.

Mahorou KANAZO

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Mahorou Kanazoe. Journaliste burkinabè.

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