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Les manifestations s'achèvent sous tension au Togo

Des milliers de Togolais ont manifesté jeudi à Lomé et en province dans un climat tendu, au deuxième jour de marches pour réclamer des réformes et protester contre le régime de Faure Gnassingbé, qui fait face à une importante contestation populaire depuis plus d'un mois.

Dans la capitale togolaise, les manifestants sont une nouvelle fois descendus dans la rue avant de converger vers le bord de mer, où des centaines d'entre eux se trouvaient toujours en début de soirée. 

A Sokodé, dans le nord du pays, six personnes ont été blessées dans des échauffourées pendant que les forces de sécurité tentaient de disperser la manifestation.  

"La gendarmerie est intervenue en lançant des gaz lacrymogènes pour libérer la route nationale 1 qui était bloquée", a déclaré à l'AFP Aimé Adi, directeur de l'ONG Amnesty international au Togo, qui recensait six blessés à la fin de la journée.

Cinq civils ont été blessés "par des tirs de petites balles" de plomb, et un militaire a eu la main "sérieusement entamée" à la suite d'une mauvaise manipulation d'une grenade lacrymogène. 

Dans cette région, autrefois réputée acquise au pouvoir qui a basculé dans la contestation, d'autres marches ont également rassemblé des milliers de personnes comme à Bafilo et Dapaong, selon des témoignages d'habitants recueillis par l'AFP.

Aucune manifestation n'a revanche eu lieu à Mango, dans l'extrême nord, où un enfant avait été tué lors d'une précédente manifestation le 20 septembre, et où l'opposition avait ensuite dénoncé des "expéditions punitives" de l'armée togolaise terrorisant la population.

L'ambiance était globalement plus tendue dans le pays qu'au cours des rassemblements de la veille qui s'étaient déroulés sans incident. Des barricades ont été dressées dans Lomé où la circulation a été bloquée dans plusieurs quartiers se trouvant sur le passage des défilés.

Gendarmes et militaires étaient déployés en nombre pour encadrer les manifestants et quadriller les principaux carrefours de la capitale.

"Les manifestants ont barré la route depuis Gakpoto jusqu'au collège Saint-Joseph avec des barricades (...) qui empêchent les gens de circuler", a précisé le responsable d'Amnesty. 

Dans le quartier Atikoumé à Lomé, des jeunes en colère ont également érigé des barricades tout en continuant leur marche vers la plage, a constaté un journaliste de l'AFP.

Depuis fin août, c'est la septième grande journée de manifestation organisée par l'opposition pour obtenir des réformes constitutionnelles et le départ du président Gnassingbé. 

- 'Soif du pouvoir' -

"Je ne suis pas fatigué et je ne serai jamais fatigué tant que la lutte n'est pas terminée. Même s'il faut marcher tous les jours, je serai dans la rue", a affirmé à l'AFP un jeune conducteur de moto-taxi de Lomé, Elie Zikla.

Sur une pancarte brandie par une jeune femme, on pouvait lire: "Faure! Combien de Togolais te reste-t-il à tuer pour étancher ta soif du pouvoir".

Au total, au moins quatre personnes ont été tuées et des dizaines blessées en moins d'un mois dans les  affrontements entre forces de l'ordre et manifestants.

Les leaders de 14 partis politiques à l'origine de cette mobilisation populaire ont baptisé cette journée "Marche de la colère", sans toutefois préciser si d'autres marches ou actions étaient programmées à l'avenir. 

"Nous allons maintenir la pression", avait déclaré sans plus de précisions mercredi à l'AFP Jean-Pierre Fabre, le président du principal parti d'opposition, l'Alliance nationale pour le changement (ANC). "Nous exigeons le retour à la Constitution de 1992 avec les conséquences qui en découlent".

Ce texte, qui prévoit un maximum de deux mandats présidentiels, est l'une des principales revendications de l'opposition depuis plus de 10 ans.

Le chef de l'Etat, qui effectue son troisième mandat, a succédé avec le soutien de l'armée à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, décédé en 2005 après avoir dirigé le pays d'une main de fer durant 38 ans.

Faure Gnassingbé a été réélu à deux reprises, en 2010 et en 2015, lors de scrutins très contestés par l'opposition.

Début septembre, le gouvernement avait tenté un geste d'apaisement en soumettant au vote du Parlement un projet de réforme constitutionnelle reprenant notamment le principe de la limitation à deux mandats présidentiels.

Mais l'opposition a boycotté le vote du texte, le projet de loi n'étant pas rétroactif, ce qui permettrait au président de briguer deux nouveaux mandats à partir de 2020.

La modification de la Constitution - basée sur le projet de loi du gouvernement - fera donc l'objet d'un référendum "d'ici à la fin de l'année", selon une source proche de la présidence.

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