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Un manifestant salafiste au Caire le 29 juillet 2011. Reuters/Amr Dalsh
Un manifestant salafiste au Caire le 29 juillet 2011. Reuters/Amr Dalsh

Qui sont les salafistes?

Comment expliquer la victoire électorale des salafistes en Egypte? Nouveaux venus en politique, ils talonnent les Frères musulmans.

Les salafistes, grand vainqueur des élections législatives en Egypte? Avec 24% des voix pour de la première phase du scrutin, ces novices en politique créent la surprise. Al Nour (la lumière en arabe), allié à deux autres partis salafistes rivalisent aujourd’hui avec les Frères musulmans déjà plus aguerris sur la scène politique. 

Traditionnellement quiétiste et apolitique, les salafistes égyptiens ont pris la révolution politique en cours. Ceux qui critiquaient les Frères musulmans, accusés de préférer le compromis politique au livre sacré, se sont à leur tour lancés dans l’arène politique en juin dernier à Alexandrie, ville-bastion du salafisme égyptien depuis les années 1970.Yasser Borhami, originaire de la ville et co-fondateur du parti Al-Nour appelait déjà depuis plusieurs mois à la création d’un tel parti, «capable d’unifier le mouvement islamique Quelle entrée fracassante pour les salafistes qui talonnent de près voire dépassent le parti des Frères musulmans, dont tous prédisaient la victoire. Dans les gouvernorats de Kafr Al Sheykh, Alexandrie, Damiette et le Fayoum, les deux forces islamistes sont au coude à coude.

Les raisons de la victoire

Comment expliquer la percée de salafistes dont l’engagement politique remonte seulement à quelques mois? Ils offrent certes des visages neufs, mais la nouveauté n’explique pas tout car d’autres partis tous aussi neufs n’ont pas réussi à surfer sur cette virginité politique. La réponse est peut-être dans le discours salafiste. Les tenants du salafisme prônent une pratique de l’islam fondée sur le Coran, la Sunna (la Tradition du Prophète) et l’imitation des pieux ancêtres (salaf al-salih). Le terme salafiste vient de là: les salaf doivent rester un modèle politique efficace pour guider les sociétés modernes. L’avenir est donc dans le passé! Cette lecture littérale de la Sunna puis du Coran les conduit à une pratique rigoriste de l’islam, celui qui prévalait aux temps du prophète Mohammed. L’imitation, une manière de contrecarrer toutes les tentatives de rationalisation et d’exégèse du texte sacré. «L’importance considérable accordée à la pratique du Prophète est l’un des principaux marqueurs du salafisme», note Bernard Rougier, Spécialiste du Moyen-Orient et enseignant à Science Po Paris,  dans l’ouvrage collectif Qu’est ce que le salafisme.

«Nous voulons un Etat islamique»

Jusque là on entendait parler de ces islamistes rigoristes au détour de faits divers qui embrasaient les passions égyptiennes: tensions vives autour des incendies d’églises coptes ou des amourettes entre chrétiens et musulmans…Et la nouveauté, de plus en plus de manifestations dans la rue avec une demande politique: l’établissement de la charia. Yasser Borhami, figure de proue du parti salafiste Al-Nour ne cesse de répèter que l’islam ne peut être détaché du politique et réfute donc la mention des termes «civile» (madania) ou  «séculier» dans la Constitution égyptienne. Ils s’opposent ainsi à l’une des revendications phares des dernières manifestations, réclamant l’avènement d’une société civile. Fin juillet déjà, le sit-in de Tahrir était bousculé par des marches de quelques dizaines de salafistes qui  scandaient fiévreusement: «islamia! islamia! ‘ayzin islamia!»(Nous voulons un Etat islamique!)

Les phrases qui dérangent

Yasser Borhami acceptera qu’un copte accède à la présidence de la république égyptienne, lorsqu’un musulman sera à la tête d’Israël, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, lit-on dans les colonnes du quotidien égyptien Masry al-Yioum. «Les salafistes acceptent la démocratie (…) tant qu'elle n'est pas incompatible avec les exigences du peuple et de la charia islamique», précise Borhami.

Dernièrement, un candidat salafiste aux élections législatives a également déclaré que la littérature du célèbre Naguib Mahfouz (prix Nobel de littérature en 1988) incitait à «la promiscuité [entre les hommes et les femmes], la prostitution et à l'athéisme.» Mixité et péché sont intimement liés dans le discours salafiste. Cloisonner l’espace public, afin d’éviter la rencontre des deux sexes est donc préférable. Au-delà de la mixité, la société occidentale dans son ensemble n’a pas bonne presse. Ils la considèrent comme impie et lieu de tous les vices.

Salafisme, l'islam de la mondialisation...venu du Golfe

«Je suis venu en Egypte pour vivre ma religion dans un pays musulman. En France, ce n’est pas possible» confie Medhi, un jeune Français, étudiant en langue arabe à Madinat al-Nasr, dans la banlieue du Caire. 

Il se dit proche du salafisme comme un certain nombre de jeunes musulmans en France, notamment des convertis. Comme lui, ses amis ont rejoint l’Egypte ou la Syrie pour suivre des cours d’arabe littéraire, l’arabe du Coran, l’arabe pense-t-il des premiers temps. Le salafisme fait également des émules au nord de la Méditerranée, ce que décrit le sociologue Samir Amghar dans sa dernière enquête de terrain sur les mouvements sectaires en Occident. Qu’il soit littéraliste (retrait de la vie politique), réformiste (prêt à l’action politique) ou djihadiste (recourant à la lutte armée), le salafisme trouve un public et concurrence l’islamisme politique plus institutionnalisé des Frères musulmans. Rattaché historiquement à l’Arabie saoudite wahhabite, les financements des mouvements salafistes s’élargissent et des pays comme le Qatar mettent la main au porte-monnaie, ce qui accrédite l'idée d'une influence grandissante du Golfe persique dans la région.

Les islamistes, à l'épreuve du pouvoir

Sur le plan politique, ce bon score inquiète les Occidentaux et les mouvements laïques car il pourrait engendrer un durcissement idéologique des Frères musulmans, voulant surenchérir sur leur droite. Les femmes et les coptes en seraient les premières victimes. Sur le plan économique, les Frères musulmans en tête des élections veulent toutefois rassurer les touristes et les investisseurs. Il y va de l'avenir de l’économie égyptienne. Les Frères musulmans à l’épreuve du pouvoir vont-ils préférer s’allier aux salafistes ou aux libéraux? Quelle marge de manœuvre auront-ils face au Conseil suprême des forces armées, à la tête de l’Egypte pour une durée indéterminée? Les jeux ne sont pas encore faits.

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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