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Le Tchad vexé d'être rangé par Trump dans la liste des "Etats voyous"

"Incompréhension", "ingratitude", "injustice"... le Tchad reste sonné par le nouveau décret migratoire du président américain Donald Trump, qui l'a placé sur la liste des pays dont les ressortissants sont indésirables aux Etats-Unis, alors que des officiels américains s'inquiètent de cette mesure visant un allié anti-jihadistes en Afrique.

Visé pour manque de coopération avec Washington, N'Djamena se retrouve logé à la même enseigne que des adversaires déclarés des Etats-Unis (Corée du Nord, Iran, Venezuela) ou des pays atomisés par la guerre civile et les groupes armés (Libye, Syrie, Somalie, Yemen), menaçant leurs voisins ou les intérêts et la sécurité des Américains.

"C'est choquant d'être comparé à des Etats voyous comme la Somalie ou la Libye", a déploré mercredi matin sur Radio France Internationale (RFI) un auditeur tchadien, Clément. "Au Tchad, on peut dire tout ce qu'on veut, mais il y a un pays, un Etat et une armée en place".

Le président tchadien Idriss Déby Itno a bénéficié mercredi du soutien de l'Union africaine (UA), qui a exprimé sa "perplexité" face à cette mesure "injuste" frappant N'Djamena, "surtout au vu de son rôle important dans la lutte contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad, dans le nord du Mali et dans le Sahel".

La décision fait des remous jusqu'aux Etats-Unis. Des officiels du Pentagone, du département d'Etat, ainsi que des diplomates en poste au Tchad s'y sont opposés, au nom des "intérêts américains", selon le New York Times.

Cette mesure "n'a aucun sens", a estimé sur Twitter Herman Jay Cohen, ancien secrétaire d'Etat adjoint aux affaires africaines, qui qualifie le Tchad d'"allié" dans la lutte contre le groupe jihadiste nigérian Boko Haram.

"Cette décision n'entame en rien les relations d'excellence entre nos deux pays", a voulu tempéré mardi, face à la presse, l'ambassade américaine à N'Djamena, Geeta Passi.

- Amende astronomique -

Le Tchad a organisé des exercices militaires avec les États-Unis et a reçu une importante aide militaire américaine. Un récent rapport du Département d'Etat jugeait encourageants les résultats de N'Djamena en matière de lutte anti-terroriste. "Le nombre de Tchadiens qui rejoignent des organisations terroristes était peu élevé en 2016", selon le rapport.

Dirigé par Idriss Déby Itno depuis 1990, le Tchad accueille le QG de l'opération militaire française Barkhane. Le pays est de ce fait le pivot de la force anti-jihadiste "G5 Sahel" que la France veut mettre sur pied avec le Niger, le Burkina, le Mali et la Mauritanie.

Avec plus de 1.150 Casques bleus, le Tchad est le troisième contributeur à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma).

Frontalier du Cameroun, de la Centrafrique, du Niger, de la Libye et du Soudan, le Tchad avait provisoirement fermé début 2017 sa frontière avec la Libye, redoutant l'infiltration de groupes jihadistes ou de rebelles tchadiens depuis le sud-libyen.

Washington reproche au Tchad de ne pas "partager des informations liées à la sécurité publique et au terrorisme, et de ne pas remplir au moins un critère de risque", selon le décret présidentiel, sans autre détail.

"Les Etats-Unis ont eu l'impression que le Tchad leur cachait des informations au moment de la tentative d'attentat à N'Djamena contre l'ambassade américaine", analyse Roland Marchal, chercheur au CNRS, joint par téléphone depuis Libreville.

"Mais le fait qu'on ne dise pas tout, même à nos alliés, est aujourd'hui la norme", ajoute-t-il.

Un homme soupçonné d'être un jihadiste avait été arrêté le 30 novembre, après avoir tiré sans faire de blessé sur des policiers tchadiens postés en faction devant l'ambassade des États-Unis à N'Djamena.

L'idée que le décret de Donald Trump "soit dû à de la pure incompétence n'est pas exclue", ajoute le chercheur.

Des observateurs s'interrogent également sur l'influence du secrétaire d'Etat américain, Rex Tillerson, ex-PDG de la société pétrolière ExxonMobil.

Le 6 octobre 2016, la justice tchadienne avait condamné un consortium, initialement composé d'Esso (filiale d'Exxon), Petronas (Malaisie) et Chevron (Etats-Unis), à une amende astronomique de 67,32 milliards d'euros. 

Conclu à la mi-juin, un accord - dont la teneur n'avait pas été communiquée - avait finalement permis d'"arrêter toute poursuite", avait alors indiqué à l'AFP le ministre du Pétrole, Béchir Madet.

AFP

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