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Paris expose l'histoire mouvementée mais toujours vive des chrétiens d'Orient

Objets liturgiques, Evangiles enluminés, icônes... Paris accueille à partir de mardi une exposition d'une ampleur inédite sur les deux mille ans d'histoire des chrétiens d'Orient, décrits comme composante à part entière d'un monde arabe dont l'avenir dépend du sort de ses minorités.

L'Institut du monde arabe (IMA) présente jusqu'au 14 janvier, avant le Musée des beaux-arts de Tourcoing (22 février-12 juin), ce parcours chronologique balisé par quelque 360 pièces et centré sur six territoires (Irak, Syrie, Egypte, Liban, Jordanie et Palestine).

L'exposition résonne évidemment avec l'actualité dramatique des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, sur des territoires soumis à des conflits régionaux meurtriers et aux violences perpétrées par des groupes jihadistes.

Mais la perspective historique permet d'aller plus loin que le constat d'une minorité prise en tenaille entre l'inquiétude, la persécution et l'exil. Il s'agit d'"essayer de relire un peu mieux la question", explique à l'AFP Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l'Oeuvre d'Orient, organisation catholique partenaire de l'exposition.

Qui sont-ils? "Pas simplement les pauvres chrétiens persécutés, pas simplement les gens qui émigrent, pas simplement les protégés de l'Occident, qu'ils ne sont d'ailleurs pas", énumère le prélat, qui souhaite "rappeler cette évidence que le monde chrétien au Moyen-Orient est une composante civilisationnelle, culturelle du monde arabe".

C'est d'abord en Orient que le christianisme, né à Jérusalem, s'est développé et enraciné, comme le montre bien l'IMA.

Premiers siècles, premières persécutions qui obligent les fidèles du Christ à célébrer leurs rites dans le cadre domestique de la "domus ecclesiae" ("maison de l'assemblée"). Conservées à Yale (Etats-Unis), les plus anciennes fresques connues ornant un de ces lieux de culte, dans la Syrie du IIIe siècle, sont exposées pour la première fois en Europe.

Outre les oeuvres et objets venus de grandes institutions occidentales, l'IMA a pu bénéficier de prêts exceptionnels par les communautés orientales elles-mêmes, grâce à l'entremise de l'Oeuvre d'Orient. Ainsi de cet évangéliaire du XIe siècle richement coloré, exfiltré de Damas vers Beyrouth par le patriarcat syriaque orthodoxe pour le mettre en sécurité.

D'une icône peinte de la Dormition de la Vierge à un calice en argent doré, d'un firman (décret royal) ottoman à une maquette en bois du Saint-Sépulcre, l'exposition atteste de l'Orient chrétien dans la diversité de ses églises (grecque, copte, assyro-chaldéenne, syriaque, arménienne, maronite), de ses rites et de ses langues liturgiques.

L'expansion musulmane à partir du VIIe siècle n'a pas éteint la vitalité chrétienne dans la cité. "On s'attache à montrer que le statut de dhimmis (protégés) imposé aux chrétiens n'a pas empêché qu'ils participent à la vie politique", confie Elodie Bouffard, l'une des deux commissaires de l'exposition.

- 'Pédagogie' -

L'histoire a alterné périodes de persécutions et temps plus propices aux "interactions culturelles", entre communautés chrétiennes ou avec les musulmans. Certaines oeuvres témoignent de ce dialogue, comme une bouteille décorée de scènes monastiques à la manière islamique (Syrie, XIIIe siècle).

Participants actifs à l'éveil du nationalisme arabe au XIXe siècle, les chrétiens en Orient vivent aujourd'hui avec la "sensation que malheureusement, depuis le début du XXe siècle, l'histoire se répète" à leur encontre, souligne Elodie Bouffard devant de riches images d'archives. 

Mais dans l'adversité, "les pèlerinages, les monastères reprennent vie, on assiste à un vrai retour au religieux", ajoute la commissaire, reportages photo à l'appui, de Beyrouth au Caire.

"On dit que les gens qui sont partis ne reviendront jamais: moi je suis très prudent avec ce genre de prophétie", abonde Mgr Gollnisch, alors que des pays comme l'Irak ou la Syrie se sont vidés de la moitié de leur population chrétienne en quelques années.

Pour lui, il n'y a pas de "crise des chrétiens, mais une crise complète du monde arabe qui doit avancer vers la modernité, la pleine citoyenneté, la liberté religieuse".

"Si les chrétiens quittent l'Irak, par exemple, c'est un drame pour l'Eglise, mais c'est surtout un drame pour l'Irak qui va perdre une population cultivée, capable de médiation entre les différents groupes, et qui a une ouverture universelle", poursuit le prêtre, heureux que l'exposition de l'IMA puisse faire oeuvre de "pédagogie" sur cette réalité.

AFP

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