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A l'ONU, la Centrafrique en crise craint de retomber dans l'oubli

Près de quatre ans après l'intervention française et onusienne en Centrafrique, le pays, toujours plongé dans la violence et sous perfusion internationale, a demandé à l'ONU plus de Casques bleus et une aide accrue pour ne pas sombrer de nouveau dans le chaos.

"La Centrafrique vit un moment critique de son histoire. On a besoin du soutien de nos amis", avait prévenu le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra avant même le début de la réunion présidée par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres et regroupant les principaux bailleurs et partenaires du pays.

"Il y a des risques qu'on nous oublie", s'est-il inquiété lors d'une conférence de presse devant une petite poignée de journalistes.

La réunion à huis clos s'est tenue alors que le pays de 4,5 millions d'habitants s'enfonce dans la crise et que les violences reprennent de plus belle.

Alors que le gouvernement de M. Touadéra peine à établir son autorité au-delà de la capitale Bangui, la majorité de la Centrafrique reste sous la coupe de groupes armés (une quinzaine recensés) qui se livrent, selon des sources diplomatiques et des ONG, à une véritable "prédation" des ressources naturelles (diamants, or, bétail...) et commettent des massacres de civils.

Un haut responsable onusien a récemment mis en garde contre des signes avant-coureurs de "génocide" en Centrafrique, et le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a estimé mi-septembre que le nombre de réfugiés et de déplacés fuyant les violences avait atteint son plus haut niveau, 1,1 million de personnes.

"La seule force capable d'assurer la sécurité, ce sont les Nations unies", a martelé M. Touadéra avant la réunion. "Il faut renforcer les capacités de la Minusca en termes d'hommes et de matériels", a-t-il plaidé, estimant les besoins à "quatre contingents" supplémentaires, soit plusieurs milliers de militaires.

Forte de quelque 12.000 hommes, la mission onusienne, déployée depuis 2014 dans ce pays enclavé d'Afrique centrale, doit voir renouveler son mandat en novembre par le Conseil de sécurité de l'ONU. Plusieurs casques bleus ont été tués depuis son déploiement.

- 'Fiction' -

Le communiqué final de la réunion souligne "l'importance du renforcement des capacités, y compris les effectifs militaires de la Minusca", mais ne s'engage sur aucun chiffre.

Et les participants se sont bornés à faire des déclarations lénifiantes à l'issue de la rencontre, le patron des opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, assurant que les Nations unies étaient "pleinement aux côtés du président Touadéra dans ses efforts", et le représentant de l'Union africaine Smaïl Chergui évoquant "un grand jour pour la Centrafrique".

"C'est un désastre. Le pays se désagrège, il n'existe plus", estime quant à lui Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale pour l'IFRI (Institut français des relations internationales). "On joue une fiction comme quoi il y a toujours un Etat en République centrafricaine. Il y a des gestes de bonne volonté des Européens et de l'ONU, mais globalement tout le monde fait semblant", a-t-il récemment déclaré à l'AFP.

La communauté internationale n'a toutefois pas ménagé ses efforts pour soutenir le pays. En novembre 2016, Bangui s'était vu promettre plus de 2 milliards de dollars lors d'une conférence des donateurs à Bruxelles.

La Centrafrique a basculé dans le chaos en 2013 avec le renversement de l'ancien président François Bozizé par une rébellion à majorité musulmane, la Séléka. Ce coup de force avait entraîné une contre-offensive des anti-Balakas, une milice majoritairement chrétienne, et conduit à des massacres ayant entraîné l'intervention militaire de la France, puis le déploiement de la Minusca.

L'opération française Sangaris (2.000 hommes) s'est retirée de Centrafrique début 2016, et récemment les forces américaines et ougandaises qui opéraient dans l'est du pays contre la rébellion ougandaise de la LRA (Armée de résistance du Seigneur) ont à leur tour quitté le pays, créant, de l'avis de nombreux observateurs, "un appel d'air" pour les groupes armés.

AFP

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