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Angola: pour l'opposant Rafael Marques, les jours du régime sont comptés

Depuis vingt ans, il pourfend les turpitudes de l'Angola du président José Eduardo dos Santos. Avant les élections générales de mercredi, le journaliste Rafael Marques de Morais dénonce un scrutin faussé et prédit la chute prochaine du régime.

Au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1975, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) devrait une nouvelle fois l'emporter et placer son candidat, l'ex-ministre de la Défense Joao Lourenço, dans le fauteuil de José Eduardo dos Santos, qui prend sa retraite au terme de trente-huit ans de règne.

Déjà condamné à deux reprises pour avoir dénoncé la corruption du régime, Rafael Marques de Morais, 45 ans, dénonce à l'AFP les conditions d'organisation du scrutin.

Q: Qu'attendez-vous de ces élections ?

R: Ces élections ne sont que de pure forme puisque nous en connaissons déjà les résultats (...). La seule question est de savoir si le MPLA va comprendre à quel point la population du pays est en colère et s'il va offrir un peu plus de place à l'opposition.

Q: Vous attendez-vous à des fraudes massives ?

R: Le MPLA n'a pas besoin de frauder, le scrutin lui-même est déjà arrangé. Dans les endroits reculés du pays, les urnes ont été laissées au domicile des autorités traditionnelles (...) sans contrôle de la police et de la Commission électorale (CNE). Il y a aussi des membres de l'opposition qui n'ont pas été autorisés à contrôler le scrutin. Et il y a enfin de nombreux exemples d'électeurs contraints de voter à des dizaines de kilomètres de leur domicile pour être sûr qu'ils ne pourront pas voter pour l'opposition.

Q: Le président dos Santos se retire après presque quatre décennies de pouvoir. Que restera-t-il de son règne ?

R: L'héritage de dos Santos, c'est la corruption. Elle fait partie intégrante de la structure sociale de l'Angola. Les gens pensent que la corruption est la seule façon d'améliorer leur vie quotidienne, pas le travail, ni l'éducation, ni la contribution au bien commun. Pour l'essentiel c'est, comme on dit en français, +débrouillez-vous+, c'est-à-dire chacun pour soi.    

- 'Le MPLA va disparaître' -

Q: Espérez-vous un quelconque changement de la part de son probable successeur, Joao Lourenço ?

R: Avec ce nouveau président, nous nous attendons à quelqu'un qui va essayer d'asseoir son autorité par la force, pas par la diplomatie, pas en changeant ce qui ne va pas mais étant essentiellement plus arrogant. C'est ce qui va très vite lui causer des problèmes.

Q: Vous pensez que les jours du régime sont comptés ?

R: Je crois que cette élection est la dernière où le peuple parie sur les partis politiques. Le sort du prochain scrutin sera entre les mains des citoyens, le peuple décidera lui-même de son avenir (...), la jeunesse de ce pays a de l'espoir. Nous assistons à un réveil qu'il est important de prendre en considération car il va s'imposer dans les années à venir.

Pour le régime, ce changement de président est le début de la fin. Le MPLA va disparaître. Il va peut-être finir ce mandat mais il tombera ensuite dans l'oubli, il continue à reposer sur la seule corruption.

Q: L'avenir de ce pays réside donc dans la jeunesse de sa population ?

R: Nous sommes un peuple de 24 millions de personnes, il y a beaucoup de gens de valeur parmi elles (...), nous devons créer des espaces publics de débat pour ceux qui ont des idées différentes, afin que ceux qui sont intègres et honnêtes puissent grandir, pas seulement les escrocs.

Q: Pour qui allez-vous voter mercredi ?

R: Je n'irai pas voter. Je préfère rester en dehors du jeu et garder la capacité à observer vraiment ce qui se passe dans ce processus (...). Le parti au pouvoir ne respecte pas la loi et il est de mon devoir de citoyen de continuer à poser ces questions jusqu'à ce qu'il la respecte ou qu'il finisse en prison ou pousser hors du pouvoir".

AFP

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