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Comment les Africaines sont victimes du puritanisme américain

«Trop de grossesses non désirées et trop de femmes mortes en couche ou après un avortement clandestin dans les pays pauvres», déplore Sarah Boseley, du blog du Guardian «Global Health». Dans les milieux les plus pauvres d’Afrique francophone, seulement 10% des femmes ont accès à des méthodes modernes de contrôle des naissances: de la pilule aux injections d’hormones, rapporte la journaliste de la conférence internationale sur le planning familial qui s'est tenue à Dakar. Et dans certains quartiers très pauvres de la capitale sénégalaise, ce taux est encore plus bas.

Pour elle, ce n'est pas le conservatisme des pays pauvres concernés qui serait la raison principale du manque d’accès à la contraception et à l’avortement.

«Le gros problème se trouve être au sein des pays donateurs».

Elle explique que les «fonds pour encourager la contraception pour ceux qui désirent l’utiliser sont limités par la position des pays donateurs vis-à-vis du sexe et de l’avortement».

En ligne de mire: les Etats-Unis.

Sarah Boseley développe l’exemple du Sénégal. Certes, ce pays est très conservateur, mais le président Abdoulaye Wade a montré qu’il était plutôt favorable au planning familial, donc à la limitation des naissances. Un imam du quartier de Pikine, à Dakar, s'est même prononcé pour le planning familial en tant que mesure pour améliorer la vie des familles et préserver la santé des femmes. Ici, les mauvais chiffres ne sont pas dûs à des débats «pro-choix»/«pro-vie», c'est à dire pour ou contre l’avortement, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Mais, ce débat américain semble tout de même avoir un impact sur ces familles africaines.

Même si les Américains sont les plus gros financeurs du planning familial dans les pays en voie de développement, avec environ 485 millions d'euros par an, cette aide parait dérisoire comparée aux 11 milliards d'euros dépensés par l’administration Bush sur cinq ans pour lutter contre le sida. La journaliste observe tout de même que ces financements varient au gré de l'opinion américaine et de ses dirigeants:

«Colin Powell était fermement pour. Condoleeza Rice, pas intéressée. Quant à George Bush, fidèle aux positions des républicains, il a fait bloquer l’aide fédérale aux organisations qui soutenaient l’avortement.»

Pour le blog Global Health, le puritanisme des Américains pourraient bien empêcher de faire baisser les chiffres de ces «femmes mortes à la suite d’un avortement clandestin». 

Lu sur le blog Global Health

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