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Gbagbo face à ses juges de la Cour Pénale Internationale

La Cour Pénale Internationale joue la carte de la transparence dans ce premier procès d’un ancien chef d’Etat. Sur le site de la CPI, sont diffusées les photos de l’audience du 5 décembre de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. L’audience initiale de l'affaire Le Procureur contre Laurent Koudou Gbagbo a été retransmise en direct. Le site de la CPI annonce d’ores et déjà que «des résumés audio et vidéo seront disponibles prochainement.»

Habillé d’un costume sombre, sur une chemise blanche nouée d’une cravate bleu foncée, l’ancien président ivoirien Laurent Gbgabo est apparu pour la première fois devant la Cour Pénale Internationale à La Haye quelques jours après son transfèrement hors de sa cellule en Côte d’Ivoire le 29 novembre. Il a déclaré qu’il était bien traité, rapporte Reuters Africa.

En revanche Laurent Gbagbo a déploré ses conditions de détention à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Selon lui, il n'avait droit qu'à un lit, une moustiquaire, une douche et deux repas par jour et n'a pu voir la lumière du jour. Et de poursuivre: «Je ne suis plus un jeune homme, j'ai 66 ans. Mon épaule me fait mal, mes poignets me font mal.»

Par ailleurs, l’ex-président ivoirien a dénoncé ses conditions d’arrestation, rapporte Europe 1.

«J'ai été arrêté le 11 avril sous les bombes françaises.»

Et d’ajouter:

«C'est l'armée française qui a fait le travail.»

Un communiqué de la CPI résume l’objet de l’audience du jour qui a duré moins d’une demi heure:

«en présence de l’Accusation et de la Défense, représentée par Me Emmanuel Altit, la Chambre préliminaire III a vérifié l’identité de M. Gbagbo et s’est assurée qu’il a été informé des crimes qui lui sont reprochés et des droits que lui reconnaît le Statut de Rome.»

«La Chambre préliminaire III a conclu qu’il y a des motifs raisonnables de croire que Laurent Gbagbo ait engagé sa responsabilité pénale individuelle, en tant que coauteur indirect, pour quatre chefs de crimes contre l’humanité à raison de meurtres, de viols et d’autres violences sexuelles, d’actes de persécution et d’autres actes inhumains, qui auraient été perpétrés dans le contexte des violences post‑électorales survenues sur le territoire de la Côte d’Ivoire entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011.»

L’audience initiale de Gbagbo à La Haye a été retransmise à la télévision à Abidjan, ce qui a pu surprendre certains de ses concitoyens rapporte Reuters Africa.

«J’étais frappé de voir Gbagbo à la télévision cet après-midi, répondant aux questions du juge comme un homme normal. Il y a à peine quelque mois il était notre président et était craint et respecté», confie Simplice Dali, un informaticien de 31 ans.

D’autres ont témoigné une certaine satisfaction, à l'instar de l'homme d'affaire Bakary Kone, 41 ans:

«Nous voulons que cela serve de leçon pour quiconque tenterait de faire ce qu’il a fait… Gbago devait être jugé pour toutes les souffrances que nous avons endurées, mais il est également nécessaire que les FRCI (les forces pro-Ouattarra) soient jugées aussi parce qu’elles ont tué nos familles même après la fin du conflit».

Lu sur icc-cpi.int, Reuters Africa, Europe 1

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