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Au Cameroun, les ossements humains rendent puissants

Après chaque enterrement, dans nombre de villages camerounais, de costauds jeunes hommes et quelques anciens montent aussitôt la garde pendant plusieurs semaines. Une façon de veiller à ce que personne ne vienne voler la dépouille. Les trafiquants d’ossements humains ne sont jamais loin, dit-on. Et la panique est toujours très forte après une inhumation. Simple superstition ou réel danger? Toujours est-il que personne n’a jamais pu vérifier quoi que ce soit, mais le bruit continue de courir comme une de ces légendes séculaires. 

Seulement voilà, le 2 décembre, les populations au Cameroun, peuvent mettre des visages sur ces fameux voleurs d’ossements humains dont tout le monde parle depuis des lustres. Le quotidien pro-gouvernemental, Cameroon Tribune, rend compte d’un coup de filet opéré par des gendarmes de Yaoundé, la capitale du pays. Deux hommes, respectivement âgés de 37 et 28 ans, auraient été pris en flagrant délit devant un hôtel de la ville. Ils s’apprêtaient à écouler leur «marchandise» —un sac d’ossements considérés par les autorités comme étant des ossements humains— à un client pour la rondelette somme de 20 millions de francs CFA (environ 30.500 euros). 

Selon Cameroon Tribune, dont l’un des reporters a assisté à la présentation au public de ces deux hommes, la cargaison comprenait «des fémurs, péronés,  des côtes et un crâne sur lequel ont pouvait encore distinguer quelques cheveux,  vraisemblablement, des parties appartenant à un seul individu.»

 Les suspects, tous deux d’anciens repris de justice, auraient déclarés qu’ils en sont à leur première tentative, et qu’ils auraient reçu le coli d’un fournisseur basé dans la région de l’Ouest.

Avec cette arrestation, c’est donc la première fois que les Camerounais mettent des images à cette affaire de trafic d’ossements humains. Tout le monde en parle, mais personne ne connaît ­—si cela est vrai— le mode opératoire des trafiquants ni la destination finale de ces ossements. La gendarmerie camerounaise évoque des profanations de tombe ou encore des assassinats de femmes dans les champs. Le site d’information Le Journal du Cameroun, quant à lui, évoque des cas de vols de dépouilles dans les morgues des hôpitaux. Les corps sont ensuite dépecés et désossés. Les ossements serviraient à fabriquer des remèdes traditionnels pouvant soigner des maux tels que l’infécondité, la cécité, les mauvais sorts. Par ailleurs, ils conféreraient à leurs détenteurs des pouvoirs surnaturels.

Lu sur Cameroon Tribune, Le Journal du Cameroun