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Migrants: la dangereuse route d'Espagne

Des milliers de migrants, désireux d'atteindre l'Europe, prennent à nouveau la mer, non sans drames, en direction de l'Espagne, où les arrivées ont plus que doublé depuis le début de l'année, notamment en raison de la situation en Libye.

Depuis mercredi, huit embarcations transportant 380 personnes ont été secourues au large de l'Andalousie (sud de l'Espagne) en mer d'Alboran, en Méditerannée, entre le Maroc et l'Espagne.

"Nous sommes inquiets car nous observons des chiffres que l'on n'enregistrait pas depuis des années. Et c'est une zone dangereuse, où les courants sont très forts", témoigne le porte-parole de SOS Racisme en Espagne, Mikel Araguas. 

En début de semaine, un canot pneumatique avec 52 migrants à bord a été renversé par une vague. Seules trois personnes ont été retrouvées, les autres ayant été englouties par la mer. "La pire tragédie de la dernière décennie en Méditerranée espagnole" selon le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).  

Entre janvier et la fin du mois de juin, plus de 6.400 personnes ont été secourues en mer entre le Maroc, l'Algérie et l'Espagne, selon l'Organisation internationale des migrations, déjà presque autant que pour l'ensemble de l'année 2016 (8.100).  

Africains venant de Guinée, de Gambie, de Côte d'Ivoire, du Cameroun et du Burkina Faso pour la plupart, ces hommes, femmes et ces enfants fuyant des situations politiques ou économiques instables, semblent se détourner de la route qui passe par le Niger puis la Libye et mène ensuite vers l'Italie.

D'année en année, les routes se modifient, d'Est en Ouest: après la quasi-fermeture en mars 2016 de la "route des Balkans" passant par la Macédoine, la Serbie, la Hongrie puis l'Autriche notamment, les migrants sont passés par la Libye et l'Italie.

- Prisons libyennes -

Mais désormais certains savent qu'elle est risquée et que les contrôles y sont "de plus en plus durs", selon Helena Maleno Garzon, de l'association d'aide aux migrants Caminando Fronteras.

Les récits dramatiques provenant de Libye, livrée au chaos depuis la chute de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, se sont multipliés.

Des migrants affirment avoir été vendus sur des "marchés aux esclaves", selon l'OIM. Le HCR évoque des témoignages de conditions de vie "épouvantables" dans une quarantaine centres de détention pour migrants. Amnesty dénonce emprisonnements et tortures.

Du coup, certains préfèrent passer par le Maroc où l'Algérie pour ensuite traverser la Méditerranée vers l'Espagne. 

Ils sont aussi tentés par un trajet plus court et moins cher.

"Les prix ont baissé et varient désormais autour de 900 euros par personne, contre 1.500 à 2000 euros en 2016. Et pour le même prix, ils ont droit à trois tentatives pour rejoindre l'Espagne", explique Andres Garcia Lorca, sous-préfet de la province d'Almeria (sud). 

Les contrôles au départ du Maroc auraient en outre diminué, d'après Mikel Araguas, même si Frontex de son côté assure n'avoir noté "aucun changement dans la surveillance aux frontières" du Maroc.    

Aux Africains qui évitent la Libye semblent s'être ajoutés des Marocains en provenance de la région du Rif (nord), théâtre d'un mouvement populaire réclamant le développement de cette région marginalisée, non sans arrestations et heurts avec les forces de l'ordre.

"Les migrants venant du Rif ont été nombreux au mois de juin, il n'y a jamais eu autant de Marocains depuis les années 90", assure Helena Maleno.

Le nombre d'arrivées reste toutefois bien inférieur à celui de l'Italie, où près de 85.000 personnes sont arrivées depuis le début de l'année. 

Mais l'Espagne se rapproche de la Grèce, où l'OIM a recensé plus de 9.000 migrants, sur quelque 101.000 au total en Méditerranée depuis janvier.

La dangerosité - au moins 2.297 personnes ont perdu la vie en mer - ne décourage toujours pas les migrants.

"Il est urgent et nécessaire que l'on prenne conscience de la gravité de la situation, ils ne peuvent pas continuer à fermer les portes", dénonce la présidente de l'ONG Acoge Andalucia, Elena Tajuelo.

Si les pays de l'Union européenne "ne leur donnent pas de solution, les passeurs et mafias profiteront (encore) de leur désespoir", déplore aussi Maria Jesus Vega, porte-parole du HCR en Espagne.  

Le ministère de l'Intérieur espagnol, contacté, n'a pas répondu aux questions de l'AFP.

AFP

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