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Des membres de l'Armée de libération du Soudan du Sud. 28 mars 2016. Juba. Albert Gonzalez Farran / AFP
Des membres de l'Armée de libération du Soudan du Sud. 28 mars 2016. Juba. Albert Gonzalez Farran / AFP

Le Soudan du Sud, un pays bientôt placé sous mandat de l'ONU?

Le plus jeune des Etats africains est plongé dans une guerre civile atroce depuis trois ans. Le régime en place n'a aucune emprise sur la majeure partie du territoire.

Dans les rues de Juba, la capitale du Soudan du Sud, les confettis n'ont pas été lancés en l'air depuis trois ans pour fêter l'anniversaire du jour de l'indépendance, le 9 juillet 2011. Le pays le plus jeune du continent, qui s'est détaché du Soudan après des années d'un conflit sanglant, qui a fait environ deux millions de morts, n'a hélas aucune raison de se réjouir. La guerre civile déclenchée le 15 décembre 2013 a plongé dans le chaos une population pauvre et ruinée dans un pays en déliquescence et sans ressources.

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Dans un rapport publié le 4 juillet, l'ONG Amnesty International pointe du doigt l'extension récente des combats dans la province de l'Équatoria-Central, frontalière de l'Ouganda et la République démocratique du Congo. Grenier à blé du pays, cette région avait déjà accueilli des centaines de milliers de réfugiés internes en raison de sa relative sécurité. Mais le front ouvert entre les forces gouvernementales du président Salva Kiir –contesté par quasiment toutes les ethnies du Soudan du Sud sauf la sienne : les Dinka– et les groupes rebelles s'y est déplacé. 

«Les chercheurs de l'organisation se sont rendus dans la région en juin, et on recensé des crimes de droit international et d'autres violations graves des droits humains –y compris des crimes de guerre– commis dans cette région du sud du pays principalement par les forces du gouvernement, mais aussi de l'opposition, contre la population civile. Les atrocités se sont traduites par le déplacement massif de près d'un million de personnes, notamment des réfugiés qui ont fui vers l'Ouganda voisin», note Amnesty dans son rapport. 

«Des jeunes filles sont victimes de viols collectifs»

Dans l'enfer de cette guerre civile, ce sont les populations non armées qui, comme d'habitude, en subissent les conséquences. 

«L'intensification des combats en Equatoria est synonyme de violences accrues contre la population civile. Des hommes, des femmes et des enfants sont abattus, tués à coups de machettes et brûlés vifs chez eux. Des femmes et des jeunes filles sont victimes de viols collectifs et enlevées», ajoute Donatella Rovera, conseillère spéciale sur les crises chez Amnesty et tout juste rentrée de la région. 

Le plus grave, c'est qu'aucune solution plausible ne semble pouvoir émerger de cette crise tant le gouvernement s'est discrédité et rendu coupable de violences ignobles sur ses concitoyens. L'ONU et les Etats-Unis continuent à défendre la "légitimité" du régime issu de l'Armée populaire de libération du Soudan qui a obtenu l'indépendance du pays en 2011. Ce groupe rebelle, actuellement au pouvoir sous la férule de Salva Kiir, était anciennement dirigé par John Garanh jusqu'à la mort accidentelle de ce dernier en 2005. Pourtant, l'actuel président du Soudan du Sud est au moins autant coupable que son rival et ex-vice président Riek Machar, du déclenchement du conflit, comme l'analyse Gérard Prunier, consultant indépendant, membre de l'Atlantic Council, dans les colonnes de Le Monde diplomatique. 

«En 2013, la préparation des élections et la candidature annoncée de M.Machar amènent le président Kiir à purger son gouvernement de toute contestation possible (...) Les observateurs étrangers, surtout les diplomates, "expliquent" la guerre par l'association d'une rivalité personnelle (Machar contre Kiir) à une rivalité ethnique (Nuers contre Dinkas). mais, au fur et à mesure que le temps passe, presque toutes les autres ethnies (...) se soulèvent contre le gouvernement de Juba et le monopole exercé par les Dinkas sur le pouvoir. La guerre se généralise sans que les faibles structures héritées de l'Armée populaire de libération du Soudan puissent y résister. La rébellion ne parvient pas à se structurer tandis que le peu de gouvernement se délite», écrit-il. 

Bientôt sous tutelle? 

Alors que les combats, toujours d'une extrême dureté dans le Haut-Nil et dans les régions frontalières du Soudan où se concentrent les ressources pétrolières, s'intensifient dans la province de l'Équatoria, la seule solution pour sauver la population du carnage en cours –selon l'ONU près de 300.000 habitants sur 12 millions seraient morts des conséquences du conflit depuis 2011– serait de placer le pays sous tutelle via un mandat des Nations unies. Cette solution qui consiste à l'administration d'un territoire par les Nations unies avait prévalu au Kosovo après la guerre pour faciliter le rétablissement de l'ordre public, la promotion des droits de l'Homme et la mise en place des institutions. 

«Sans doute efficace au moins à titre provisoire, une telle décision aurait un coût élevé: ses opposants auraient beau jeu d'opposer à cette dispendieuse générosité le rejet d'un colonialisme suranné», conclut Gérard Prunier. 

Camille Belsoeur et Rodrigue Arnaud Tagnan

Journalistes à Slate Afrique

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