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Kodjovi Obilalé, le 11 juillet 2009. Jean-Philippe Tranvouez/Freestins/AFP
Kodjovi Obilalé, le 11 juillet 2009. Jean-Philippe Tranvouez/Freestins/AFP

Kodjovi Obilalé, la CAN m'a TuER!

Ancien gardien de buts togolais, Kodjovi Obilalé essaie d'oublier le drame qui a brisé sa carrière lors de la CAN 2010. Sans se faire oublier.

Mise à jour du 26 janvier: Deux ans après le mitraillage du car de l'équipe du Togo lors de la Coupe d'Afrique des nations 2010 en Angola, Kodjovi Obilalé, handicapé à vie depuis cet attentat, se débat parmi les difficultés matérielles et dresse un portrait peu amène d'un certain monde du foot. Le gardien de but Kodjovi Obilalé vient de créer une fondation portant son nom destinée à aider les handicapés sportifs. Pour soutenir l'initiative du Togolais, les plus grandes stars du football africain (Drogba, Eto'o...) se retrouveront lors d'un match prévu pour 2012.

***

La star de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2010, c'est lui. En janvier 2010, Kodjovi Obilalé s'est immiscé dans tous les médias, y compris les non-spécialisés. Pourtant, il n'a pas joué un seul match ni marqué un seul but. Non, le gardien des Eperviers du Togo s'est «contenté» de se faire tirer dessus.

Le drame du Cabinda

Petit retour en arrière: après une préparation à Pointe-Noire, en République du Congo, la sélection du Togo se rend dans la province du Cabinda, pour y disputer la CAN, dans un groupe B où ils affrontent la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Burkina Faso.

Les hommes d'Hubert Velud, l'entraîneur d'alors, se déplacent en bus, contrairement aux indications de la Confédération Africaine de Football (CAF) qui oblige les équipes à se rendre à leur camp de base en avion.

Dans une région qui a commencé sa lutte contre l'annexion bien avant l'indépendance de l'Angola, en 1975, le résultat était prévisible: le FLEC, le Front de libération de l'enclave du Cabinda, fait feu de tout bois sur les deux bus des Eperviers. Bilan de l'expédition: deux morts, la retraite internationale pour Emmanuel Adebayor et de nombreux blessés dans l'effectif. Parmi eux, Kodjovi Obilalé, touché à la vessie et dans le bas du dos. Près de deux ans plus tard, le gardien de buts, qui évoluait à la GSI Pontivy à l'époque, tente de tourner la page. Mais c'est loin d'être évident, comme il l'explique à Slate Afrique.

«Je ne dors plus la nuit. J'ai encore des séquelles. Là, j'ai mal au dos et au pied. Cela arrive souvent. Je fais des malaises régulièrement. Je suis fatigué... Aujourd'hui, j'ai encore mal. Je suis déjà mort, un mort-vivant.»

Le temps a passé depuis le désormais tristement célèbre «drame du Cabinda». Mais Obilalé reste marqué dans sa chair. Sa vie de tous les jours s'est compliquée: l'ancien sportif si dynamique ne tient pas debout très longtemps et alterne entre béquilles et chaise roulante alors qu'il n'a pas retrouvé sa vigueur d'«avant», comme il dit.

«Pour aller aux toilettes, j'ai encore, parfois, besoin d'aide. Je n'ai plus de force: je voudrais pouvoir tenir mes enfants dans les bras, les faire sauter...»

Car, à 27 ans, il a encore toute la vie devant lui. Une vie et une carrière brisées par deux balles en Angola.

«Tout ça pour un match de foot. Honnêtement, si je m’appelais Samuel Eto’o ou Didier Drogba, ça ne se serait pas passé comme ça. Il faut être honnête: avant, personne ne me connaissait. Maintenant, tout le monde m'a oublié. Et, moi, aujourd’hui, je traîne mes béquilles...»

Abandonné de tous 

Obilalé est dépité. Dégoûté par le milieu du football. L'ancien gardien se sent abandonné. La FIFA, la CAF, la fédération togolaise... tous l'ont oublié.

«Tous ces gens qui, à l'époque de l'accident, venaient me promettre monts et merveilles. Il y a beaucoup de gens qui sont venus me dire qu'ils seraient là, pour me soutenir, pour m'aider. Aujourd'hui, il n'y a rien. Ils m'ont oublié. Ils m'ont laissé tomber.»

L'instance dirigeante du football mondial lui a pourtant donné 100.000 dollars (environ 75.000 euros) au début de l'année 2010. Mais, entre les frais d’hôpital en Afrique du Sud, où il était soigné, et le rapatriement en France, où il vit, il ne lui reste que 3.000 dollars. C'est peu pour commencer une nouvelle vie.

Même ses anciens coéquipiers de sélection semblent l'avoir délaissé.

«Pas tous. Je suis encore en contact avec Romao, Akakpo, Gakpé, Nidombé... Ils m'appellent mais ce n'est pas souvent. C'est déjà pas mal. Je les comprends. Ils ont aussi leurs soucis et je ne leur en veux pas.»

Un nouveau départ 

Aidé, soutenu, ce père de famille (un fils de 3 ans et une fille de 9 ans) l'est pourtant. Par l'Union nationale des footballeurs professionnels, notamment. Ce syndicat français l’aide en effet à trouver une formation pour pouvoir, enfin, entamer sa reconversion.

«Ce sont des gens géniaux. Je n’étais pas pro, mes problèmes ne les regardent pas mais ils m’aident quand même financièrement et moralement.»

C'est d'ailleurs l'un des leitmotiv du garçon: pas question de laisser tomber. Ni de se laisser abattre. Début 2012, l'ancien gardien des Eperviers va commencer une formation. Une réorientation totale pour une nouvelle vie.

«J'attends la délivrance de reconnaissance pour une formation adaptée à mon handicap. Là, je pourrai tourner la page. Je ne demande pas l’aumône. L'Etat togolais m'a donné un peu d'argent. Mais, ce n'est pas ça que je veux. Je veux juste un travail pour pouvoir me regarder dans un miroir et vivre une vie normale. L'argent ne fait pas tout: je veux redevenir un homme.»

Nicholas Mc Anally

 

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Nicholas Mc Anally

Nicholas Mc Anally. Journaliste spécialiste du football africain. Il a collaboré à Afrik-Foot.

Ses derniers articles: Les 10 footballeurs africains de l'année  Les grandes équipes, c'est fini!  Pourquoi Eto'o dit non à son pays 

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