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Niger - Des terres et des femmes pour une révolution verte

En zones rurales, lutter pour la parité hommes-femmes n'est pas un vain mot. Selon le dernier rapport annuel de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les femmes occupent une part importante de la main-d'oeuvre agricole, estimée à 43% en moyenne dans les pays en développement.

En Afrique subsaharienne, ce taux peut varier, de 36% en Côte d'Ivoire et au Niger à 60% au Lesotho. Mais ces agricultrices souffrent d'un accès limité aux ressources agricoles, en terres, en intrants mais aussi aux services financiers, aux marchés et à l'instruction, rapporte le site de l'organisation.

Or, lutter contre ces inégalités de genre en zones rurales permettrait d'augmenter de 20 à 30% les rendements des terres cultivées par les femmes, ce qui pourrait réduire de 12 à 17% le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, soit 100 à 150 millions de personnes, indique le rapport. Pour Jacques Diouf, directeur général de la FAO:

«Nous devons éliminer toute forme de discrimination à l'égard des femmes dans les législations, leur assurer un accès plus équitable aux ressources, adopter des politiques et des programmes agricoles soucieux de l'équité entre les sexes et faire entendre la voix des femmes lors des prises de décision, à tous les niveaux. Les femmes doivent être considérées comme des partenaires, oeuvrant en faveur du développement durable, sur un pied d'égalité avec les hommes.»

Combler le fossé hommes-femmes dans l'agriculture augmenterait également les revenus des femmes, ce qui aurait un impact positif sur la santé, la nutrition et l'instruction des enfants. C'est le principe directeur suivi par l'Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (Icrisat), présent dans le Sahel.

Le professeur Dov Pasternak raconte sur Trust.org l'histoire du village de Sadore, près de la capitale nigérienne Niamey, où les femmes agricultrices rendent utiles des surfaces de terres dégradées de la région du Sahel.

Un résultat rendu possible par l'Icrisat, qui a mis au point un système d'irrigation adapté, le Bioreclamation Degraded Land (BDL). Il combine la récupération ingénieuse d'eau de pluie à la culture de plantes supportant la période de sécheresse. Des champs arboricoles et maraîchers ont ainsi vu le jour. En outre, ces terres sont également utilisées pour des plantes traditionnelles à haute valeur ajoutée, financière ou nutritionnelle, comme le gombo et le moringa.

Du coup, les associations de femmes en charge de ces terres autrefois ingrates génèrent un surplus de revenus salutaires qui renforcent à la fois leur statut social mais aussi le bien-être de leurs familles et de leur communauté.

«Nous sommes moins dépendantes de nos maris et mieux considérées car nous pourvoyons aux dépenses familliales. J'ai mon propre téléphone mobile et j'ai pu acheter quelques moutons», confie Oumou, 35 ans, mère de cinq enfants et chef de l'association des femmes de Sadore.

Selon l'Icrisat, «avec le système BDL, l'arboriculture a été implantée en 2009-2010 dans trois villages de la région de Zinder du Niger avec le même succès. En 2011, le BDL sera étendu à 50 autres villages et bénéficiant directement à environ 8.000 Nigériennes».

Lu sur FAO, Trust.org, Icrisat