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Maroc: le leader de la contestation dans le nord recherché

Le leader de la contestation populaire qui secoue depuis six mois le nord du Maroc était officiellement recherché vendredi soir, après avoir interrompu le prêche d'un imam dans une mosquée d'Al-Hoceïma.

Nasser Zefzafi, le leader du "hirak" (la mouvance), "a perturbé gravement la prière, il a insulté le prédicateur" à la mosquée Mohammed V, a déclaré à l'AFP le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufik.

"Ce qu'il a fait ce matin est un acte sans précédent (...), un délit grave", a accusé le ministre.

Deux hauts responsables, dont M. Toufik, ont annoncé à la mi-journée à l'AFP son arrestation, une information qui s'est avérée par la suite inexacte. 

Un proche de M. Zefzafi qui a souhaité garder l'anonymat a expliqué que ce dernier avait en fait réussi à échapper aux policiers, venus l'interpeller à la sortie de la mosquée. Des partisans du "hirak" ont fait état de leur côté d'une "tentative d'arrestation".

M. Zefzafi est intervenu peu après en direct sur les réseaux sociaux depuis le toit de sa maison à Al-Hoceïma, entouré d'une foule de ses partisans. "Je n'ai pas peur. S'ils veulent m'arrêter, qu'ils viennent!", a-t-il lancé, tenant des propos très virulents contre les autorités.

Dans une autre vidéo, publiée peu après et où il apparaît seul à l'écran dans une pièce sur fond blanc, il a dit être "sain et sauf" et a appelé ses partisans au calme. 

Une source autorisée au ministère de l'Intérieur a confirmé qu'il n'avait pas été arrêté, faisant par ailleurs état de jets de pierres sur les forces de l'ordre.

- Nombreuses revendications -

"La situation est tendue et agitée dans la ville, ça pourrait vite dégénérer", a commenté un proche du leader du "hirak", alors que les forces de l'ordre se sont déployées en nombre dans la ville de 56.000 habitants.

Des groupes de jeunes se sont rassemblés en fin d'après-midi dans les rues, notamment sur une place du centre-ville où les partisans de la contestation ont coutume de se réunir.

En début de soirée, un mandat d'arrêt a été finalement officiellement diffusé: "le procureur du roi a ordonné l'arrestation de Nasser Zefzafi pour enquête, avant de le déférer devant le parquet", indique ce communiqué relayé par l'agence de presse officielle MAP.

Dans la région du Rif, réputée frondeuse et conservatrice, la province d'Al-Hoceïma est le théâtre de manifestations récurrentes depuis la mort fin octobre 2016 d'un vendeur de poisson, broyé accidentellement dans une benne à ordures.

L'incident avait suscité l'indignation dans le pays, prenant la forme à Al-Hoceïma d'un mouvement plus social et politique.

Mené par un groupe d'activistes locaux, le "hirak" a de nombreuses revendications pour le développement du Rif, qu'il estime marginalisé. Son leader, M. Zefzafi, multiplie sur les réseaux sociaux les harangues enflammées contre l'exécutif et en faveur du Rif, sur fond de discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques.

L'Etat marocain s'est depuis lors fortement mobilisé, annonçant la mise en oeuvre d'un catalogue de projets de développement de la région, désormais une "priorité stratégique". Pas moins de sept ministres se sont rendus sur place en début de semaine.

Selon le procureur du roi, Zefzafi a vendredi matin "empêché le prédicateur de poursuivre son prêche, prononçant un discours provocateur où il a insulté l'imam et semé des troubles qui ont attenté au calme et à la sacralité de ce lieu de culte".

Une vidéo de l'incident a été filmée par téléphone portable et diffusée sur Facebook, où l'on voit M. Zefzafi s'en prendre avec véhémence à l'imam, qu'il traite de "menteur".

"Est-ce que les mosquées sont faites pour Dieu ou le makhzen?", s'écrit-il, avant de dénoncer "ceux qui veulent faire capituler le Rif" et "les étrangers qui viennent violer nos femmes", tandis que ses compagnons saluent ce discours aux cris de "Allah akbar".

"Nous ne céderons pas", ajoute Nasser Zefzafi. Et de fustiger le festival de musique Mawazine (qui vient de s'achever à Rabat) "avec des habits dénudés, des corps nus, que l'on voit en direct sur la télévision d'un Etat qui se dit musulman".

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