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Kenya: le pouvoir "hostile" aux défenseurs des droits de l'homme

Le gouvernement kényan fait preuve depuis quatre ans d'une "hostilité" affichée envers les défenseurs des droits de l'homme, selon un rapport conjoint de plusieurs ONG qui s'inquiètent de la sécurité de ces militants à l'approche des élections générales du 8 août.

"Ces quatre dernières années, l'administration (du président Uhuru Kenyatta) a montré une hostilité ouverte envers les défenseurs des droits de l'homme, considérés comme des ennemis de l'État au service d'intérêts étrangers afin de déstabiliser le pays", écrit l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme (OBS) dans ce rapport publié mercredi.

"Elle a constamment tenté de saper leur travail pourtant légitime par des mesures de harcèlement judiciaire et administratif et une législation restrictive", poursuit l'OBS, fruit d'un partenariat entre l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

Intitulé "Élections 2017: les promesses brisées mettent les défenseurs des droits de l'homme en danger", le rapport détaille sur 50 pages les violences ou pressions dont sont victimes les acteurs de ce secteur au Kenya.

Il revient notamment sur l'enlèvement, la torture et l'assassinat en juin 2016 de l'avocat et défenseur des droits de l'homme Willie Kimani, qui avait suscité un vif émoi dans le pays. Cet avocat défendait un chauffeur de moto-taxi qui accusait devant la justice un policier de l'avoir blessé par balle sans raison. Plusieurs policiers ont été arrêtés dans cette enquête.

Le cas Willie Kimani "n'est que la partie immergée d'un iceberg, celui des violences destinées à faire taire les voix dissidentes et à perpétuer l'impunité et la brutalité de la police et des forces de sécurité de l'État", ajoute le rapport.

Il détaille également le recours excessif à la force de la police pour empêcher la tenue de manifestations pourtant dûment enregistrées et dénonce une litanie de délits du code pénal - "activités subversives", "trahison" - souvent en contradiction avec l'esprit de la nouvelle Constitution de 2010 et permettant de poursuivre les activistes devant les tribunaux.

Il insiste notamment sur la nécessité, selon ses auteurs, de l'entrée en vigueur d'un texte de loi, le "Public benefit organisations Act 2013" (PBO), conçu pour créer un climat favorable et plus protecteur aux organisations de la société civile.

Adopté par le Parlement en janvier 2013, deux mois avant l'élection de l'actuel président Uhuru Kenyatta, ce texte est pour l'instant resté lettre morte.

Et les ONG nationales ou internationales travaillant au Kenya sont toujours sous la coupe d'un organisme, le Conseil des ONG ("NGO Board"), aux "pouvoirs discrétionnaires", qui a multiplié ces dernières années les obstacles administratifs, obtenant le gel des comptes bancaires d'organisations ou bloquant l'attribution de permis de travail à des travailleurs étrangers.

"Alors que les élections prévues le 8 août approchent, une incertitude pèse quant à leur impact potentiel sur la situation des défenseurs des droits de l'homme et des organisations de la société civile", soulignent également les auteurs du rapport.

Le président Kenyatta se représente aux côtés de son vice-président William Ruto à l'élection présidentielle.

Les deux hommes avaient été poursuivis par la Cour pénale internationale (CPI) pour leur implication présumée dans les violences électorales de 2007/2008, qui avaient fait quelque 1.100 victimes et plusieurs centaines de milliers de déplacés.

La CPI a depuis abandonné les poursuites à leur endroit mais, selon de nombreux observateurs kényans, les deux hommes nourrissent depuis une défiance certaine à l'égard d'organisations des droits de l'homme, nationales ou internationales, dont les rapports sur ces violences politico-ethniques ont pu alimenter l'enquête de la CPI.

AFP

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